‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 212 sur 237 · Ibid.f liv. II, part, ii, ch. viii · texte numérisé non relu

Ibid.f liv. II, part, ii, ch. viii

nation des grands parleurs et des beaux diseurs. Ce sont des « pédants à la cavalière S > comme Malebranche le dit de Montaigne ; il ne peut les souffrir. Avec toute la beauté de leur esprit et toute la vigueur de leur imagination, ils ne sont que plus incapables d'atteindre la vérité. Ces superbes sont « comme un homme riche et puissant, qui a un grand équipage, qui mesure sa grandeur par celle de son train, et sa force par celle des chevaux qui tirent son carrosse ; » et il y a de faux humbles que cet attirail éblouit : ils s'imaginent qu'ils ne sont rien parce qu'ils ne possèdent rien, et ils se trouvent misérables; pauvres, faibles et languissants. Mais enfin « notre équipage n'est pas nous, > et l'abondance du sang et des esprits, la vigueur et l'impétuosité de l'imagination ne servent de rien pour conduire à la vérité. Au contraire, rien ne nous en détourne davantage. Tout cela n'est bon que pour nous faire briller dans le monde d'un éclat non moins dangereux que vain^. Voulez-vous vous en convaincre? Voyez ce double portrait que l'on ne peut considérer sans songer aux admirables caractères de Giton et de Phédon dans La Bruyère : « Si celui qui parle s'énonce avec facilité, s'il garde une mesure agréable dans ses périodes, s'il a l'air d'un honnête homme et d'un homme d'esprit, si c'est une per-

1. Rech, de la vér., liv. II, part, m, cli. v. Voir plus haut, p. 421.

Page 1