‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 213 sur 237 · Ibid., liv. V, ch. vu; Traité de morale, I, ch. xii · texte numérisé non relu

Ibid., liv. V, ch. vu; Traité de morale, I, ch. xii

sonne de qualité, s'il est suivi d'un grand train, s'il parle avec autorité et gravité, si les autres Técoutent avec respect et en silence, s'il a quelque réputation et quelque commerce avec les esprits du premier ordre, enfin s'il est assez heureux pour plaire ou pour être estimé, il aura raison dans tout ce qu'il avancera, et il n'y aura pas jusqu'à son collet et ses manchettes qui ne prouvent quelque. chose. Mais s'il est assez malheureux pour avoir des qualités contraires à celles-ci, il aura beau démontrer, il ne prouvera jamais rien; qu'il dise les plus belles choses du monde, on ne les apercevra jamais. L'attention des auditeurs n'étant qu'à ce qui touche les sens, le dégoût qu'ils auront de voir un homme si mal composé les occupera tout entiers et empêchera l'application qu'ils devraient avoir à ses pensées. Ce collet sale et chiffonné fera mépriser celui qui le porte et tout ce qui peut venir de lui ; et cette manière de parler de philosophe et de rêveur fera traiter de rêveries et d'extravagances ces hautes et sublimes vérités dont le commun du monde n'est pas capable*. »

Quand l'hypocrisie se joint à la fausse science pour persécuter la science véritable, alors Malebranche éclate, et, dans sa colère, il écrit cette page terrible où il montre Voët, ce petit homme, ardent

l. Rech, de la ver., liv. I, ch. xviii, 2.

et véhément déclamateur, respecté des peuples par le zèle qu'il fait paraître pour leur religion, s'élevant contre Descartes et accusant d'athéisme celui qui vient de prouver démonstrativement l'existence de Dieu. Et puis, quelle sérénité après cet éclat de colère! quelle confiance dans la force invincible de la vérité! « La vérité aime la douceur et la paix, et, toute forte qu'elle est, elle cède quelquefois à l'orgueil et à la fierté du mensonge qui se pare et qui s'arme de ses apparences. Elle sait bien que l'erreur ne peut rien contre elle ; et enfin la victoire lui reste, et elle paraît plus forte et plus éclatante que jamais dans le lieu même de son oppression *. p J'ai montré comment Malebranche s'y prend pour dissiper les illusions des sens, les fantômes de l'imagination, les fausses abstractions de l'esprit pur, et enfin toutes les erreurs où nos inclinations et nos passions ont coutume de nous jeter. Nous nous trompons parce que nous jugeons trop vite; nous jugeons trop vite parce que nos sens, notre imagination, nos passions nous entraînent. Résister à cet entraînement, user de notre liberté, pour ne juger que dans la lumière, voilà le grand principe d'où tout dépend dans la recherche de la vérité. € On ne doit jamais donner un consentement entier qu'aux propositions qui paraissent si évidemment

l. Rech. de la vér,^ liv. IV, ch. vi, 3 et 4.

ferme beaucoup de physiologie, ce qui ne déplaisai pas à Malebranche. Mais, de plus, il y a dans ce traita des observations morales d'une grande valeur, e ces définitions un peu sèches, mais fort précises, d< nos principales passions, ont dû ouvrir plus d'ui aperçu à un homme qui ne lisait qu'en méditant Ici encore Descartes a été vraiment le maître de Ma lebranche. Le disciple a ajouté l'abondance de détails , l'agrément d'un esprit vif et brillant , e cette préoccupation morale et religieuse qui n< le quitte pas.

Quant aux règles de la méthode, elles viennen de Descartes, disons-nous*. Qu'on lise les Régula ad directionem ingenii^ avant ou après le VP livn de la Recherche de la vérité^ on sera frappé de h ressemblance de ces deux ouvrages. Seulement oi se convaincra une fois de plus que Malebranche pense lui-même tout ce qu'il emprunte, et le fai sien.

Nous venons de le voir, il y a un art de penseï qui donne « toutes les règles sur lesquelles l'espril doit régler toutes ses démarches dans la recherche de la vérité. » C'est la logique proprement dite ; e1 ceux-là seuls sont obligés de l'étudier à fond qui

1 . Nous no parlons pas ici de la Méthode en général, nous l'avons étudiée dans notre chapitre ii : nous ne parlons en ce moment que des règles particulières de méthode.

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veulent être en état de découvrir la vérité sur toutes sortes de sujets *. Mais il y a un bon emploi de l'esprit, un soin de bien juger, qui est nécessaire à tous les hommes, aussi bien que la morale ellemême, dont à vrai dire il fait partie. Ne point supporter le travail de l'attention, se décourager parce qu'il est pénible, se croire inhabile à la méditation et y renoncer, c'est renoncer à la raison même. Et « si cela est, quoi qu'on dise pour justifier sa paresse et sa négligence, on renonce à la vertu, du moins en partie; car, sans le travail de l'attention, on ne comprendra jamais la grandeur de la religion, la sainteté de la morale, la petitesse de tout ce qui n'est pas Dieu, le ridicule des passions, et toutes les misères intérieures^. » Ajoutons à cela que les efforts mêmes qu'il faut faire pour acquérir les connaissances utiles, sont des vertus, ainsi que nous l'avons montré plus haut. Pour être savant de la bonne manière ou tout simplement pour être vraiment sage et éclairé, il faut s'efforcer d'être vertueux. Puis, à leur tour, cette science ou cette sagesse aident singulièrement à la vertu. En effet, quand on est vraiment éclairé, on n'attribue point aux choses créées une puissance qu'elles n'ont pas: on les juge telles qu'elles sont parce qu'on ne prononce que d'après les idées claires; on reconnaît

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