‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 219 sur 237 · Traité de moralCj II, ch. ii · texte numérisé non relu

Traité de moralCj II, ch. ii

celui qui en est le principe et l'auteur; rentrer en soi-même autant qu'on peut, et écouter la raison plus volontiers que les hommes; ne se rendre qu'à l'évidence et à l'autorité infaillible; lorsque les hommes parlent, ne pas manquer de confronter ce qu'ils disent à nos oreilles avec ce que la raison répond à notre esprit; ne leur parler jamais, du moins avec un air de confiance, avant que la raison nous ait parlé à nous-mêmes; leur parler toujours en moniteurs et non en maîtres; les interroger souvent, et les mener insensiblement au Maître, à la Raison universelle, en les obligeant à rentrer en eux-mêmes; ne disputer jamais pour disputer; ne consulter jamais la raison que sur des sujets dignes d'elle et qui nous soient vraiment utiles ; ne conserver chèrement dans sa mémoire que des principes certains et féconds en conséquences, que des vérités nécessaires, que les réponses précieuses de la vérité intérieure; négliger ordinairement les faits; ne pas suivre l'exemple ou la coutume sans es confronter avec l'ordre, puisque ce serait agir en bête et uniquement par machine; mépriser la délicatesse, la beauté, la force de l'imagination, comparant souvent à la lumière intérieure ce qui brille à l'imagination afin de faire évanouir l'éclat trompeur et charmant dont elle couvre ses folles pensées; fermer avec soin les avenues par lesquelles l'âme sort de la présence de son Dieu, et se

répand dans les créatures; aimer ardemment la vérité, la sagesse, la raison universelle; la prier sans cesse par son attention, faire son plaisir de la consulter, de l'écouter, de lui obéir, comme elle-même fait ses délices de converser parmi nous *.

Enfin Dieu seul nous rend capables d'aimer par l'impression continuelle de l'amour qu'il se porte à lui-même, qui seul est le bien véritable. Tout mouvement d'amour qui ne tend pas vers Dieu est donc inutile et vain , et de plus conduit au mal. Tout mouvement d'amour qui n'est pas conforme à l'ordre immuable, est déréglé et oblige Dieu, qui est juste, à devenir tôt ou tard notre mal ou la cause de notre misère : on ne peut s*unir à Dieu comme à son bien si on ne se conforme à Dieu comme à sa loi; et on ne peut se conformer à la loi divine, et par cette conformité devenir parfait, sans devenir heureux. Par conséquent, n'aimons que Dieu d'un amour d'union, eA lorsque nous sentons s'eocciter en nous quelque amour pour la créature^ quelque joie dans la créature, étouffons ces sentiments. Fuyons les plaisirs , car ils nous séduisent et nous corrompent. « L'amour de la grandeur, de l'élévation, de l'indépendance est abominable; celui qui désire qu'on l'estime et qu'on Taime fait horreur. Quoi !

1. Traité de morale^ II, ch. m. Là est rAsumé ce qui se retrouve à chaque page dans les autres écrits, surtout dans la Recherche y dans les Mcdilalions, et dans les Entretiens métaphysiques.

les esprits faits pour contempler la raison universelle, pour aimer la puissance du vrai bien, s'occuperont de nous et nous aimeront. Impuissants comme nous sommes, nous souffrirons des adorateurs? Corrompus et ignorants comme nous sommes, nous voudrions des admirateurs, des imitateurs, des sectateurs? Certainement celui qui ne voit pas l'injustice de l'orgueil n'a nul commerce avec la raison ; et celui-là y renonce entièrement, qui connaît cette injustice, et ne craint point de la commettre, d Contemplons incessamment la raison, aimons ardemment la sagesse, suivons inviolablement la loi divine. Réformons-nous sur notre modèle, le Verbe incarné, qui s'est fait semblable à nous pour nous rendre semblables à lui, qui s'est mis à notre portée, et s'est proportionné à notre faiblesse, pour que par lui, notre victime en même temps que notre modèle, nous ayons accès auprès de Dieu, société avec Dieu, part à la félicité de Dieu ^ .

Voilà nos devoirs envers Dieu : on voit sur quoi ils reposent et en quoi- ils consistent. Quels sont nos devoirs envers les créatures ?

Dieu communique réellement aux créatures quelques perfections. Elles sont bonnes, en ce sens qu'elles expriment plus ou moins les qualités excellentes du Créateur^. Elles sont donc estimables et

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