‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 221 sur 237 · i(Z.,II, ch. VI, VII, VIII · texte numérisé non relu

i(Z.,II, ch. VI, VII, VIII

Quand unie âme aimant inviolablement Tordre et décidée à lui tout sacrifier, aime souverainement Dieu comme seul bon au sens propre, comme seul puissant, comme seul capable d'agir sur elle, de la perfectionner, de la rendre heureuse ou malheureuse ; quand elle a pour les créatures un amour d'estime et de bienveillance fondé sur la connaissance des perfections absolues ou relatives des choses; quand elle rend à l'autorité et aux perfections naturelles des honneurs qui ont Dieu pour objet immédiatement, et au mérite et aux perfections personnelles des honneurs qui remontent par les créatures jusqu'à Dieu auteur de tout bien; quand enfin elle ne se contente pas de jugements et d'aifections stériles, mais que, ses désirs pratiques étant causes occasionnelles de certains effets, elle fait tous ses efforts pour procurer aux êtres raisonnables qui l'entourent une solide vertu afin qu'ils méritent par là les vrais biens qui en sont la récompense: alors cette âme est bien réglée, elle conforme ses pensées, son amour, sa vie aux prescriptions de la morale; elle accomplit tous ses devoirs envers Dieu qu'elle honore et aime comme il le mérite, envers les autres hommes, pour qui elle a cette estime, cet amour de bienveillance, ce respect et cette soumission extérieure et relative qui leur sont dus, envers elle-même enfin, puisque son amourpropre étant éclairé, corrigé, réglé, elle ne travaille

qu*à sa perfection et à son bonheur véritable*.

Il y a dans cette morale un singulier mélange de délicatesse et de dureté.

Toutes les fois que Malebranche considère dans les hommes leur qualité d'êtres raisonnables, il a pour eux des ménagements infinis. Il veut qu'on donne des marques d'estime non-seulement aux pauvres et aux derniers des hommes, mais encore aux pécheurs et à ceux qui commettent les plus, grands crimes. « Leur vie est abominable, leur conduite est méprisable, et il ne faut jamais l'approuver, quelque éclat de grandeur qui la relève. Mais leur personne mérite toujours de l'estime; car rien n'est digne de mépris que le néant, et le péché, néant véritable qui corrompt la nature, qui anéantit le mérite, mais qui ne détruit point l'excellence de la personne. » Il veut donc qu'on se dise que le plus grand des pécheurs peut devenir, par le secours de Dieu, pur et saint comme les anges. Il demande quel droit on a de juger des intentions secrètes, quand Dieu seul pénètre les cœurs. Il montre le pécheur commettant le crime peut-être sans le vouloir faire, parce que son esprit faible et troublé, ses passions allumées l'ont peut-être privé dans ce moment de l'usage de sa liberté, ou bien s'il a agi Jibrement, déjà peut-être revenu à Dieu

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