Le p. de Condren, Letlres
reuse, débarrassée des entraves syllogistiques, mais très-méthodique dans sa marche. Cette austère image de la science lui plut : en contemplant Descartes, il se reconnut philosophe. Et puis cette explication toute mécanique des choses convenait à son esprit. Peut-être trouvait-il dans ce livre la solution d'une question qui l'avait inquiété. Tout rempli de la présence et de la toute-puissance de Dieu, il ne savait que faire sans doute de ces puissances occultes et de ces prétendues forces que le péripatétisme scolastique supposait partout : Descartes dissipait ces fantômes.
Dès ce moment, Malebranche se mit sous la discipline du nouveau maître qu'il venait de rencontrer; et, apprenant dans Descartes la méthode de raisonner et les principes de la philosophie fondée sur les idées claires et la mécanique *, dans saint Augustirt la méthode morale ^ et les principes de la philosophie religieuse, il se proposa de porter l'exactitude et' la rigueur .de la science dans la métaphysique, et en même temps « de rendre les choses les plus abstraites, non-seulement sensibles, mais touchantes et agréables, et d'en montrer l'influence dans la morale^. »
1 . Mémoires du P. Lelong, Cousin, ouvr. cilôplus haut, t. II, p. 403.
2. C'est le titre d'une thèse remarquable soutenue devant la Faculté des lettres de Nancy, par M. Charles Charaux (Ladrange, 1 8C6).
3. Nous avons déjà cité, p. 28, ces paroles, tirées delà G« lettre de Leibnitz à Malebranche.
Pendant dix ans, de 1664 à 1674, Malebranche, résolu à philosopher, travaille dans la retraite. Il ne publie rien, il ne fait point parler de lui. Mais nous pouvons sans peine deviner ce qui l'occupe, alors même que ses amis ne nous donnent aucun renseignement précis.
D'abord, il lit Descartes et saint ÂLUgustin,ou plutôt il médite dans la compagnie de ces deux grands maîtres. Il parle, en l'un de ses ouvrages, de ceux qui n'ont la philosophie nouvelle que dans la mémoire et dans l'imagination, et il leur oppose ceux qui l'ont vraiment dans l'esprit ^ C'est bien de ceux-ci qu'il est, et ce qu'il dit de la philosophie de Descartes, il pourrait le dire de la philosophie de saint Augustin, tant il les a étudiées l'une et l'autre. C'est à cette époque de travail solitaire que je place la lecture d'Ambrosius Victor : elle a pu précéder l'apparition de la seconde édition, en 1667 ; elle ne peut pas vraisemblablement être reculée au delà de cette date ^. Or, la lecture de la Philosophia christiana a de l'importance. Si l'on examine avec quelque soin cet ouvrage, on se convainc bien vite qu'il a dû être pour Malebranche d'un grand secours. Là, c'est saint Augustin lui-même qui parle, mais