Lettre à André, 24 août
2. Au livre IV, ch, vi, § 2, je remarque encore le passage suivant: « Si un homme grossier et stupide est infiniment au-dessus de la matière, parce qu'il sait qu*il est, et que la matière ne le sait pas, ceux qui connaissent Thomme sont beaucoup au-dessus des personnes grossières et istupides, parce qu'ils savent ce qu'ils sont, et que les autres ne le savent point, i»
a riçn de plus. D'une profonde influence exercée par le livre des Pensées sur notre philosophe , aucune trace ne reste. Trop de choses le choquaient dans ce livre : les attaques contre la raison, les critiques adressées à Descai^tes, la condamnation de toute philosophie, et presque partout je ne sais quoi de violent, qui agite et qui trouble. Pascal n'était point de ceux avec qui Malebranche pouvait méditera
Je ne serais pas étonné qu'il eût lu le Traité de Vdme humaine de Louis de la Forge, fait d'après les principes de Descartes, le titre l'indique, publié à Paris en 1666, écrit par un catholique pieux, médecin et physiologiste, qui avait connu personnellement Descartes et travaillé avec Clerselier à la publication du Traité de l'homme^ qui enfin expose avec complaisance dans sa préface les ressemblances de la philosophie cartésienne et de la doctrine de saint Augustin. Autant de titres pour attirer l'attention de Malebranche et la retenir quelque peu. Mais rien n'autorise à croire que cette lecture^ s'il l'a faite, lui ait beaucoup appris.
1. La Rochefoucauld qui devait déplaire à Malebranche, parce qu'il est trop peu chrétien, lui plaisait d'un autre côté par ce rigorisme satirique qui inspire les Maximes. Nous en trouvons une citation au liv. rv àQ}di Recherche^ ch. vi,§ U «Si Ton peut dire que les hommes se mettent moins en peine de paraître riches que de Fêtre, écrit Malebranche, on peut dire aussi qiit*ils se mettent souvent moins en peme d'être vertueux que de le paraître; car, cçmme: dit agréable*^ ment Tauteur des Réflexions tnorales : « La vertu n'irait pas loin, si la vanité ne lui tenait compagnie, »
Les Discours de Géraud de Cordemoy sur le discernement de l'âme et du corps * Tont arrêté plus longtemps. 11 fait à Cordemoy l'honneur de le citer : « On peut le lire et le méditer, » dit-il au chapitre X du premier livre de la Recherche^ et le passage est déjà dans les premières éditions. Une clarté élégante, des agréments propres à attirer les esprits peu accoutumés aux choses philosophiques, enfin un sentiment religieux très-vif, tout cela faisait de Cordemoy un excellent initiateur à la philosophie cartésienne, et c'est ce que Malebranche a goûté en lui. En a-t-il tiré un plus sérieux profit? Est-ce dans ces Discours qu'il a puisé la première idée de la théorie des causes occasionnelles ? 11 y a lu € qu'aucun corps n'en peut mouvoir un autre, que notre volonté ne produit pas le mouvement et ne peut même pas le conserver, que notre souhait n'est qu'une occasion à la puissance qui meut déjà un corps d'en diriger le mouvement vers un certain côté répondant à notre pensée, qu'il est aussi impossible à nos âmes d'avoir de nouvelles perceptions sans Dieu qu'il est impossible au corps d'avoir de nouveaux mouvements sans lui, enfin que si l'on peut dire qu'on a un corps, ce n'est pas que cela soit évident par la lumière naturelle, mais il suffit de la foi pour empêcher d'en douter^ >i Mais en méditant Descartes, n'avait-il pas lui-même toutes