‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 27 sur 237 · I. Mémoires du P. tèloog · texte numérisé non relu

I. Mémoires du P. tèloog

* ORIGINE^ m, iLA- PHILOSOjPfllE DE MALBQRANGHE. 71

Supposons la doctrine de Descartes tout autre qu'elle n'esit^ mettona^y un sentiment plus profond de la réalité des êtres créés, une notion plus vraie de; la -substance; une telle doctrine ôtera-t-elle à Malebranche quelque chose de sa sève chrétienne ? Non ). apparemment; mais une telle doctrine sera pour, lui un frein, salutaire. Sans diminuer Dieu dans sa métaphysique, elle l'empêchera de réduire, comme il l'a fait» les créatures, de les anéantir près* que par ses étranges théories, et elle le sauvera de biw des erreurs^ Sa philosophie restera la même dans le fond, la même par l'esprit, la même par tout ce qui en fait la grandeur et la beauté; seul, le système sera autre. Les doctrines cartésiennes, au contraire, loin de tempérer la pensée de Malebranche en s'y unissamt, l'ont précipitée sur la pente où d^à lelle glissait. Sur tous les points déjà médités par iMalebranche^ elles ne lui ont offert, c'est vrai, que des vues> que des théories un peu flottantes, mais trop bien faites pour lui plaire, et par cela même très-propres à l'égarer. En dehors de l'existence de l'âme et de l'existence de Dieu, les grandes questions métaphysiques ne tiennent dans la philosophie de Descartes qu'une place secondaire. 11 les évite la plupart du temps ; si, se rendant à des instances pressantes, il les aborde, c'est à regret, et dans ses réponses, ou sages ou hardies, on sent à je ne sais quoi d'incomplet qu'il ne traite point là de

ces^ choses où sa pensée s -est arrêtée avec complais santeet persistance; Mais quoi qu-U en soit, ce qu'on Die peut pas ne pas remarquer dasKs ces rares «t tR'» pides aperçus, c'est la conviction avec laquelle De»cartes affirme sans cesse la toute-*puissance divine', il adn^et presque la passivité universelle dôs ètces», il se plait à proclanaer ia défaillance perpétuBUei;de la créature, et il a une tendance manifeste à amdînr drîr l'être des substancescréées pour exalter la piris^ isarice souveraine du Créateur. C'en était assez pour entraîner Màlebranche, avtec le tempérament d'ème que nous lui connaissons et la préparation qpe noua avons racontée. Ces vues jetées en paiÉsant^ ces théories accessoires ou seuleni^t ébauchées^ ces tendances indécise et à peines aperçues^ Je^frap»^ pênt tout d'abord; bientôt tout œla est approfondi, <lételoppë, achevé. Telle idée était à peine indiquée dans Descartes, elle est devenue précise dans Male^ tranche; tel mot, dansla bouche du maître, n^'éûît t|ne ^expression forte d'une vérité commune îce itfème mofrpi^end sur les lèvres du disciple- un sens aWèté et syètématique. il est allé^roit à ce qui avait leplte de conformité avec ^ propre pensée, ètîli'a :feît""sien";'^- '■' -■ ;=:..:.-. ■;*; ■•;•)!•»>;!

Ncnu^ connaissons maintenant les origines de la phîlo^sophie de Malebranche. La nature et l'édnca^ tion, le génie et la piété, tout le portait à la meta-

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physique. Initié à la méditatioa des choses divines parsa mère, et érlsuite par i6es maîtres de TOra» toire,' il a longteatps philosophé sans le savoir^ et sdorà même qu'il était peut-être tenté de dire comme Pascal.* la phâosophie ne vaut pas une heure de peînei Descartes lui a révélé sa vocation véritable, a satiéfait ses exigences scientifiques, Ta armé d'une méthode. Sainit Augustiil mieux compris par lui et plùifr ardemment étudié après cette rencontre avec DesGfirtesy lui a révélé les secrets de la philosophie morale et religieuse, instruit par ces deux grands espritsi, et méditant avec eux sous le regard de Dieu, iLa;édifié une métaphysique où il a prétendu mettre la* t^igueur mathématique, expliquer la nature ' m^aniquemeni, et mener à Dieu par les principes d'une' science solide et claire , toujours d'accord alireçia foi. Mais s-arrètant de préférence dans Des-cartes à certaines; théories périlleuses, il a fait un sptème excessif où ia^grande vérité delà présence et de l'action universelle de Dieu, qu'il voulait établir, est sans cesse compromise par l'exagération, et gâtée souvent par l'erreur* Il a eu des maîtres, mais le grand i?i^Va/^ est lui-même plus qu'un disciple. Être original, ce n'est pas proposer des théories qui ne se rencontrent nulle part ailleurs, qui n'aient pas d'histoire; c'est dire sou vent pe que d'autres disent ou ont dit, mais le dire d'une façon telle qu'il faut en.ichercher Vorigine vraie dans

l'âme même : on peut montrer au dehors les conditions ou les matériaux de l'œuvre, on peut signaler des ressemblances avec ceci ou cela, même des influences reçues ; de l'âme seule part le souffle de vie qui anime tout. A ce titre, qui donc a plus d'originalité que Malebranche? Qu'on lise ses ouvrages, et l'on sentira qu'elle est bien le fruit de son génie et de son âme, cette philosophie des idées, comme l'appelèrent les contemporains, chrétienne à la fois et cartésienne, noble et religieuse jusque dans ses excès, exposée dans une suite de beaux écrits où il a si souvent « ces expressions claires et véritables, vives et animées, dignes de Dieu*, i^ qu'il demandait au Maître intérieur de lui donner, pour t pénétrer les esprits de l'éclat de la lumière divine et bx^àler les cœurs de l'ardeur du divin amour. »

1« Prière qui précède les Méditations chréliennes.

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