‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 34 sur 237 · De môme dans la Recherche, liv. IV, ch, xi · texte numérisé non relu

De môme dans la Recherche, liv. IV, ch, xi

tt Je conclus que je suis, parce que je me sens, et que le néant ne peut être senti. )»

sion d'une irrésistible nécessité : conclusion, en apparence seulement. Au fond, il n'y a là aucun raisonnement : il y a un fait, et il y a une vérité; il y a une donnée de l'expérience, et une vue de la raison; mais le fait, manifeste par lui-même, n'est point connu à titre de conséquence d'un principe qui devrait être préalablement affirmé, et c'est précisément à propos du fait même que le principe apparaît dans l'esprit. Quoi qu'il en soit, comme il y a là un acte de raison, on peut être tenté d'y voir quelque raisonnement. C'est pour cela que Descartes a paru hésiter lui-même sur la valeur véritable de ce donc^ qu'il a introduit dans l'expression de son grand principe : on croirait qu'il n*est pas bien sûr d'avoir, oui ou non, raisonné : tantôt il s'en défend d'une manière formelle et déclare explicitement que le donc ne marque pas tant un raisonnement qu'un lien naturel et réel entre deux faits saisis simultanément parla simple inspection de V esprit *y tantôt il se sert des mots de raisonnement, de conclusion, d'argument^. Il rpconnait, dans les ^réponses aux objections, que s'il avait raisonné,' il aurait fait une pétition de prin-

i. Rép, aux sec. obj. § 22.

2. Voyez les Principes y i, 52; et aussi la Recherche de la vérité par les lumières naturelles où Descartes emploie ces mots de raisonnementy d'argument, de conclusion , et cela après avoir dit : « La seule chose que je ne puis séparer de moi, que je sache avec certitude être moi, et que je puisse maintenant afiQrmer sans craindre de me tromper, c'est que je suis un être pensant. » § 59.

cipe, et il dit, avec beaucoup de vérité, que Fesprît connaît les choses particulières avant ces propositions générales qui servent de majeures aux syllogismes. Et néanmoins dans les Principes il écrit : € Nous avons tant de répugnance à concevoir que ce qui pense n'est pas véritablement au noième temps que ce qu'il pense, que, nonobstant toutes les plus extravagantes suppositions, nous ne saurions nous empêcher de croire que cette conclusion, je pensey donc je suis, ne soit vraie et par conséquent la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre. > Les mêmes variations se retrouvent dans Malebranche : il déclare que l'on connaît l'âme par simple vue ou par sentiment intérieur ; mais quand il commence l'exposition de sa philosophie, il écrit tont d'abord : le néant n'a pas de propriétés, exprimant avant toute chose cette prétendue majeure que son maître sousentendait ordinairement, et que, interrogé par ses adversaires il rejetait de la façon la plus catégorique. Est-ce donc inadvertance? Non, c'est que Malebranche attache plus de prix à la vérité rationnelle qu'au témoignage du sens intime. La conscience, c'est l'expérience qu'a l'âme de ce qui se passe en elle, expérience certaine, Malebranche en convient, mais enfin expérience, c'est-à-dire, sentiment confus et obscur quoique infaillible, et non pas connaissance nette et lumineuse. Or quand

une âme a été une fois frappée de la lumière éclatante des idées, elle donne aux faits un regard à peine et se hâte de considérer les vérités qu'ils cachent ou supposent, parce que le demi-jour qu'ils envoient cause à cette âme une sorte de malaise et de souffrance. .

Malebranche part de la conscience, mais ne s'y arrête pas longtemps. Il connaît admirablement les plis et les replis du cœur ; habitué à s'étudier avec Tœil attentif et pénétrant du chrétien qui veut détruire en soi ou prévenir les moindres imperfections, il excelle à raconter son âme ; quoiqu'il ne parle guère de lui, on surprend, nous le savons, dans ces peintures vivantes et émues ses propres sentiments, et tout cela est plein de précision et de délicatesse, de vérité et de charme. Il a l'expérience du fidèle, du religieux et du moraliste, il reconnaît qu'il faut « s'étudier et s'observer soi-même ^ ; » il recommande maintes fois cette étude, et place trèshaut la connaissance de l'âme, disant que < si un homme grossier et stupide est infiniment au-dessus de la matière, parce qu'il sait qu'il est, et que la matière ne le sait pas, ceux qui connaissent l'homme sont beaucoup au-dessus des personnes grossières et stupides, parce qu'ils savent ce qu'ils sont, et que

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