Médit, chrét,,i3Lf
de volonté. Cette comparaison est développée lon« guement au commencement de la Recherche de la Vérité. Mais bientôt ce n'est plus dajns la matière, c'est en Dieu même qu'il va chercher l'explication de nos facultés. Faut-il s'étonner de trouver ici ce mélange d'expérience et de métaphysique? C'est une nécessité du système. Comprenons-le bien : Malebranche ne dédaigne pas l'expérience de la conscience : comment connaître quelque chose de l'âme dont, selon lui, nous n'avons pas d'idée claire, san% avoir recours au sentiment intérieur qu'elle a de ses modalités ? Elle se sent en elle-même : c'est là, dans cette expérience intime, confuse mais vive, obscure mais certaine, qu'est l'origine de tout ce que nous pouvons dire de l'âme. La mépriser est donc insensé^ la rejeter impossible, et Malebranche ne le tenie pas. Mais le moyen de s'en contenter? Quand on sait que la vraie science consiste dans les idées claires, comment ne pas chercher à édifier sur ce fondement des idées la connaissance de l'âme? Rien ne serait plus focile si nous pouvions découvrir l'archétype des substances spirituelles comme nous découvrons celui des corps. Cet archétype ne nous est pas connu :. que faire? Regarder Dieu même. Nous ne connaissons pas clairement notre âme; mais avec le peu que nous apprend d'elle Texpérience du sentiment joint à des considérations métaphysiques de l'ordre moral et religieux, nous
la connaissons assez pour savoir qu*elle est faite à l'image de Dieu. Contemplons le divin modèle : considérons dans la pureté de l'original ce que nous ne pouvons connaître que confusément en nous sentant en nous-mêmes. Nous ne savons pas bien ce qu'est l'âme parce que nous ne faisons que la sentir et que nous ne voyons pas son idée en Dieu ; mais nous pouvons savoir ce qu'elle doit être parce que nous apercevons Dieu même; et en comparant ce que la raison nous apprend de Dieu et ce que le sentiment nous apprend de notre âme, nous pouvons nous former une sorte de connaissance de l'esprit à la fois expérimentale et rationnelle qui n'est pas indigne du nom de science. Dès lors il est clair que la métaphysique et la théodicée doivent être mêlées à toutes les recherches psychologiques, guider et éclairer l'observation intérieure, et la corriger même d'une certaine façon ; car l'âme se sent telle qu'elle est, c'est-à-dire dégradée et corrompue, et celui qui la connaîtrait par l'expérience seule, non-seulement n'en aurait aucune connaissance scientifique, mais risquerait d'attribuer à sa nature même ce qui est contre l'ordre de la nature et provient de la déchéance originelle*. Si donc l'on veut se connaître, il ne suffit pas de
1. Recherche de la vèr., liv. IV, ch. i, 1. — EnireL méL, iv, 18. «c Pour parler juste de l'homme innocent et fait à Timage de Dieu, il faut consulter les idées de l'ordre immuable ; c'est là que se trouve le modèle de l'homme parfait, tel qu'était notre père avant son péché. »
s'observer, t II faut prendre un autre tour, > et expliquer les choses < d une manière plus relevée qui paraîtra peu solide à ceux qui n'estiment que ce qui se fait sentir*. » Il faut regarder Dieu. J'avoue qu'il y a une sorte de subtilité à dire que pour savoir ce que doit être Tâme il faut considérer Dieu même, quand d'un autre côté on soutient que l'archétype de l'âme en Dieu ne se voit pas. Cependant je crois qu'on peut expliquer la pensée de Malebranch^. Dieu ne se montre pas à nous comme archétype des esprits, nous ne voyons pas la substance divine en tant que représentative des esprits et participable par eux; seulement, connaissant les attributs moraux de cette d?v^ine substance, nous pouvons juger par là des propriétés que les esprits, étant des êtres moraux, doivent eux-mêmes posséder.
Aussi bien, ce qu'il importe d'établir ici, ce sont les raisons qui dans la doctrine de Malebranche rendent la métaphysique nécessaire partout, particulièrement en psychologie : pour se connaître il faut rentrer en soi-même et regarder où Dieu nous éclaire ^, consulter le sens intérieur et considérer ce point lumineux et divin, comme aurait dit Platon^, où Dieu même nous apparaît avec ses adorables perfections.