Platon, i*^ Akibiade, 133 B, 134 E
Malebranche ne peut toucher à Pâme sans entrer en pieu. On peut dire qu'avec la conscience il fait l'histoire de l'âme; mais dès qu^il essaie d'en faire la science, c'est la science de Dieu même qu'il fait. Descartes cherche l'âme en^elle-même et Dieu dans l'âme; Malebranche cherche Dieu en Dieu même et l'âme en Dieu.
Nous venons de voir en quoi Malebranche modifie la méthode de Descartes, là où il veut et semble le suivre. Dans sa manière d'envisager les rapports de la raison et de la foi, il s'écarte complètement du sentiment de son maître.
On peut opposer la raison à la foi et sacrifier l'une ou l'autre; on peut, tout en les conciliant, les tenir séparées, renfermant chacune d'elles dans son domaine; enfin, on peut les unir sans pourtant les confondre. Voilà trois partis. Le premier est un parti extrême qu'on ne peut prendre que si on est incrédule en religion ou sceptique en philosophie ; le second est celui de Descartes, le troisième celui de Malebranche.
Dans les Méditations , le Maître intérieur dit à son disciple : c Sache que l'évidence et la foi ne peuvent jamais tromper : mais ne prends pas la vraisemblance pour l'évidence, ni l'opinion de quelques docteurs pour la foi ^ » Et quelques instants aupa-
l. Médit, chrél.j m, 6. — Voir aussi Recherche de la ver,, 1. IV,
ravarit le Maître divin avait dit: c Lorsque mes disciples rentrent en eux-mêmes et me consultent avec tout le respect et toute l'attention nécessaire, je découvre à leur esprit avec évidence plusieurs vérités qu'ils savaient seulement avec certitude à cause de l'infaillibilité de ma parole. >
Ces quelques mots contiennent toute la doctrine de Malebranche sur les rapports de la raison et de la foi. On peut la réduire à deux propositions principales. Voici la première : les idées claires et les dogmes, obscurs mai^ certains, étant deux sources infaillibles de connaissance, la raison et la foi sont choses distinctes, mais ont une égale autorité.
Voici maintenant la seconde : comme d'une part il est sage et parfois indispensable de s'aider de la révélation en philosophant, et que d'une autre part il est permis et même bon de philosopher sur les vérités révélées pour les découvrir d'une façon intelligible et claire, il y a un certain usage de la foi en philosophie qui est un des points les plus importants de la méthode.
Descartes eût souscrit sans hésiter à la première proposition ; mais dans la seconde il n'eût pas reconnu son esprit. En effet, quand Descartes veut
ch. III, 3, où Malebranche parle de ces personnes dont « la foi s*étend quelquefois, s* il est permis de le dire ainsi, jusqu*à des opinions philosophiques, » et de ces autres personnes a trop hardies »au contraire, qui «^parlent des choses divines ^sans respect, avec une espèce de fierté^ » et méprisent Tautorité de TËglise.
Malebranche ne peut toucher à l'âm^ '^- ^^ ^
en Dieu. On peut dire qu'avec la cr respect
l'histoire de l'âme; mais dès qxC' . ^^ ?^^, ^^ la science, c'est la science de F *^^P '^^'"^^
Descartes cherche l'âme en.
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fie la méthode ^«^'«"^ craintives, mais m n^est
, . r» ^Cisé à s'en aider dans ses recherches le suivre. T.'^^^
1 1 • jX\-/hfldir par ses réflexions. Les vérités
de la TB)'J*:,0i^^^ ^
, ^ jj^'^'iay^ tant de vigueur, ce sont celles que
r é*^ m& usant bien de sa raison peut et doit
r ^^ Lire' S^°^ doute, sans le christianisme, il n'au-
^f\gs cette décision et cette netteté ; les ques-
^\ qu'il agite l'embarrasseraient un peu plus, et
«solutions qu'il en donne ne seraient pas si assu-
l. « Pr8eter cotera autcm memoria) nostraB pro summa régula est in- ^odum, ea quse nobis a Deo revelata sunt, ut omnium certissima ggQQ credenda, et quamvis forte lumen rationis quam maximum clafum et evidens aliud quid nobis suggerere videretur , soli tamen auctoritati divinse potius quam proprio nostro judicio Ûdem esse addendam. Sed in iis de quibus fidcs divina nihil nos docet, minime decere hominem philosophum, aliquid pro vero assumere, quod verum esse nunquam perspexit. £t magis iidere sensibus hoc est inconsideratis infantiœ su» judiciis quam matune rationi. » Princ. I, g 76. Et avant, il avait dit : « Si forte nobis Deus de se ipso vel aliis aliquid revelet quod naturales ingenii nostri vires excédât... non recusabimus illa credere quamvis non clare intelligamus. » § 26. — Paroles trèsremarquables. J*ai cité tout cela en latin, parce que les expressions latines me paraissent avoir une précision et une vigueur que 4a traduction française ne rend pas»
sent bien qu'il se démontre la vérité qu'il
^e cherche point ce qu'il n'a pas, et, s'il
sa raison, il le doit en partie à la foi
.^^, autre côté sa philosophie, en dé-
anière solide l'existence d'une "^ ^ de l'être parfait, rend service
^ sait et s'en réjouit. Mais les vérités -.lis le Discours de la méthode et dans les citations sont indépendantes de toute foi positive, et telles qu'un païen à qui on supposera une raison droite, saine et ferme, les peut toutes accepter, sans connaître même de nom le christianisme. C'est l'homme t purement homme * » qui pense dans Descartes, et sa philosophie est tout humaine. Bien loin d'arrêter volontiers sa pensée sur les dogmes propres au christianisme, il se borne, dans la métaphysique même, à deux ou trois points fondamentaux, les seuls qui importent à son dessein ; pour les autres questions si graves et si séduisantes, il les écarte. Par quels motifs? parce qu'elles le détourneraient de son but, oui, mais aussi (cela se devine à la manière dont il en parle), parce qu'il en .a peur. Ces grands problèmes ne tourmentent pas son âme qui se repose dans les solutions données par la foi, ils effraient son esprit : peut-être les juge-t-il humainement insolubles, ou tout au