Duc. de la méthode, part
moins très-difficiles, et surtout il redoute sur ce
terrain brûlant le voisinage de la théologie et de la foi; il évite avec une prudence timide toute approche qui pourrait devenir une occasion de brouille. Malebranche ne pouvait pas garder la même réserve : tel que nous le connaissons, si foncièrement pieux et initié par sa piété même aux recherches philosophiques, comment aurait-il tenu à l'écart, même un instant, ces vérités de la foi, nourrices et institutrices de sa pensée? Par quelle fiction, vaine et dangereuse à ses yeux, en aurait-il fait abstraction pour philosopher? H y tenait irop pour s*en séparer jamais. II y a des âmes «n qui la philosophie et la foi se rencontrent et s'unissent sans effort. Chez elles l'humble docilité n'est point une entrave à la liberté et à la hardiesse des réflexions : c'est leur foi qui appelle la lumière, et leur pensée, en la cherchant, se contient et se règle comme d'elle-même; il n'y a point là de concessions ni de transactions, de sacrifices ni de luttes ; l'accord se fait naturellement, et ces âmes où règne l'harmonie ont dans toutes leurs démarches une aisance et une grâce qui ravit. Si le génie s'y joint, alors se font de grandes œuvres où la doctrine philosophique du temps apparaît vivifiée et transfigurée par l'esprit religieux. Malebranche appartient à cette famille d'âmes. Mais parmi ceux de sa race, il y en a qui sont plus théologiens que philosophes : en faisant
usage de leur raison, ils songent surtout à oi^aniser la foi, si je puis m'exprimer ainsi, à la constituer en science, et c'est dans ce dessein qu'ils s'aident de la philosophie de leur époque. Malebranche, lui, ne se propose rien de semblable. Il veut être et il est véritablement philosophe; sa philosophie, qui est née dans la foi, qui se développe dans la foi, qui aboutit au même terme que la foi, demeure néanmoins indépendante. Emporté sur plus d'un point à de téméraires opinions et encourant pour ces témérités des blâmes dont il souffre, il n'a pas même la tentation de regarder la foi comme une gêne: mais portant dans sa philosophie son âme tout entière, sa foi et sa piété, il entend que cette philosophie soit le fruit de la libre réflexion; et comme il n'en emprunte pas les principes à l'autorité, il veut qu'elle soit autre chose que le comment taire pur et simple du dogme. Voilà bien le philosophe chrétien.
Ce qui le rend si ferme dans sa résolution de ne suivre que la raison et la foi, < toujours soumis à l'autorité de l'Église, toujours prêt de se rendre à la raison*, > comme il ledit lui-même, c'est qu'il est convaincu que le même Maître, le Verbe de Dieu, nous instruit au dedans, d'une manière intelligible, par l'évidence dont il éclaire tous les esprits, au