Traité de morale, I, ch. v
5. Rechercheiie la vérité^ liv. IV, ch. m, 3. Deux excès: a Ceux qui veulent toujours croire aveuglément, ceux qui veulent toujours voir évidemmeiU, »
pas à dire que la philosophie soit inutile. La foi conduit, mais l'évidence éclaire; chercher l'évidence serait-ce donc perdre sa peine ? ou bien, serait-ce se rendre coupable? Pourquoi? n'est-ce pas pour arriver à l'évidence, c'est-à-dire à l'intelligence que la foi nous a été donnée? Le Verbe fait chair n'est notre modèle que pour nous conformer à la raison : modèle indispensable de toutes les intelligences, modèle sur lequel le premier homme a été formé, modèle sur lequel nous devons être réformés par la folie apparente de la foi, qui nous conduit par nos sens à notre raison, à la contemplation de notre modèle intelligible *. « L'homme renversé par terre s'appuie sur la terre, mais c'est pour se relever. Jésus-Christ s'accommode à notre faiblesse, mais c'est pour nous en tirer. La foi ne parle à l'esprit que par le corps, il est vrai ; mais c'est afin que l'homme n'écoute plus son corps, qu'il rentre en lui-même, qu'il contemple les véritables idées des choses, et fasse taire ses sens, son imagination et ses passions. C'est afin qu'il commence sur la terre à faire de son esprit l'usage qu'il en fera dans le ciel, où l'intelligence succédera à la foi, où le corps sera soumis à l'esprit, où la raison seule sera la maîtresse ; car le corps de lui-même ne parle à l'esprit que pour le bien du corps, c'est une vérité es-
1. TraUé de morale, 1, ch. v, 12. — Voir aussi Recherche de la vérité f liv. VI, part, i, ch. m, à la fin.
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sentielle dont on ne peut trop se convaincre. » .S'il en est ainsi, comment la foi rendrait-elle la philosophie inutile, ou comment la philosophie pourrait-elle inquiéter, alarmer la foi ? La philosophie consiste essentiellement dans le libre usage de la raison et dans un effort réglé pour contempler les véritables idées des choses. La philosophie c'est la recherche de l'évidence, de l'intelligence. C'est donc une belle et sainte chose que la philosophie : par elle, l'homme régénéré commence à user des prérogatives que le péché lui avait ôtées. Par elle il s'essaye à voir ce que la foi lui fait croire ; par elle il tâche dé se placer dans ce bienheureux état pour lequel il est fait et qui ne sera stable et achevé que dans l'autre vie. « Il commence sur la terre à faire de son esprit l'usage qu'il en fera dans le ciel, où l'intelligence succédera à la foi. » Oui, « l'évidence, l'intelligence, succédera à la foi. Car la foi passera, mais l'intelligence subsistera éternellement ^ »
Qu'on ne dise donc pas que les chrétiens n'ont pas besoin de philosophie ^ C'est à eux proprement