‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 48 sur 237 · Recherche de la vériléj préface · texte numérisé non relu

Recherche de la vériléj préface

2. Voir Rech. de la vér., liv.III, part, ii, ch. x.— Liv. VI, part.iîj, ch. II et m. — Entret. métaph», passim et surtout vu. — Méd. chréU

dit-il avec émotion, d'être né dans un siècle et dans un pays assez heureux pour nous délivrer de la peine d'aller chercher dans les siècles passés parmi les païens, et dans les extrémités de la terre parmi les barbares ou les étrangers, un docteur pour nous instruire de la -vérité ou plutôt un moniteur assez fidèle pour nous disposer à en être instruits*. > Ainsi cette philosophie cartésienne, moderne et française, est essentiellement chrétienne : elle secoue le joug d'Aristote et des païens, le joug des commentateurs arabes ou scolastiques, le joug des formules et des mots, elle brise toutes les idoles: le corps, utile à sa place, mais destiné à servir ,.non à commander ; les prétendues causes naturelles, occasions de l'action divine mais dénuées par ellesmêmes de toute efficace ; les syllogismes, procédé quelquefois commode, mais obstacle à la science, si on les croit capables de produire la lumière; l'autorité enfin des opinions érigées en dogmes infaillibles et consultées au lieu du maître intérieur : elle brise tout cela, et sur ces ruines dont un chrétien doit se réjouir, elle rétablit l'empire souverain

1. Rech, de la vér. Conclus, des trois derniers livres. — Voir aussi le ch. m de la 2« part, du liv. VI. Là, Malebranche oppose à la « misérable philosophie » païenne « qui ruine le culte du vrai Dieu» la philosophie « que Ton appelle nouvelle^ » laquelle « ruine toutes les raisons des libertins par rétablissement du plus grand de ses principes, qui s'accorde parfaitement avec le premier principe de la religion chrétienne : qu'il ne faut aimer et craindre qu'un Dieu... »

de Dieu, seule lumière des esprits et seule cause efficace de toutes choses.

Nous devons mieux voir maintenant comment la pensée qui inspire la philosophie de Malebranche est étroitement liée à la foi ; on ne comprend rien à son système ni à sa méthode, si on ne tient pas compte du sentiment chrétien qui chez lui anime tout. Il aime la métaphysique, il l'aime passionnément, mais il la veut chrétienne dans ses principes et dans sa fin. Il donne des préceptes de méthode et fait une logique, mais c'est une logique tout imprégnée de christianisme et faite pour des chrétiens. Il admire Descartes, c'est pour des raisons chrétiennes ; il le suit souvent, c'est en chrétien. « La religion c'est la vraie philosophie, » dit-il quelque part^ et il ajoute: « Ce n'est pas, je l'avoue, la philosophie des païens, ni celle des discoureurs qui disent ce qu'ils ne conçoiveinit pas, qui parlent aux autres avant que la vérité leur ait parlé à eux-mêmes. » Lui tâche d'écouter la raison, cette raison infaillible, immuable, incorruptible, qui doit toujours être la maîtresse et que Dieu môme suit. En recueillant les divines réponses, il se fait une philosophie où tout ce que la foi possède implicitement et obscurément se retrouve déployé en quelque sorte et lumineux ; et de cette manière, la religion même, mais

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