Entret, méiaph., I
expériences, ce sont, pour le philosophe, les faits' dont nous sommes convaincus par le sentiment intérieur de ce qui se passe en nous, ce sont aussi les faits que la foi nous enseigne. La connaissance dès dogmes n'est pas la science, elle la rend possible et la prépare.
Dans le quatorzième entretien sur la métaphysique, Malebranche nous explique toute sa pensée, ce Je tâche de bien m'assurer des dogmes sur lesquels je veux méditer pour en avoir quelque intelligence, et alors je fais de mon esprit le même usage que font ceux qui étudient la physique. Je consulte, avec toute l'attention dont je suis capable, l'idée que j'ai de mon sujet, telle que la foi me la propose ^ Je remonte toujours à ce qui me paraît de plus simple et de plus général, afin de trouver quelque lumière: lorsque j'en trouve, je la contemple, mais je ne la suis qu'autant qu'elle m'attire invinciblement par la force de son évidence. La moindre obscurité fait que je me rabats sur le dogme qui, dans la crainte que j'ai de l'erreur, est et sera toujours inévitablement ma règle dans les questions qui regardent la foi.
a Ceux qui étudient la physique ne raisonnent jamais contre l'expérience, mais aussi ne concluentils jamais par l'expérience contre la raison : ils hé-
1. C'est là ce que Malebranche appelait tout à l'heure «tâcher de bien s'assurer des dogmes sur lesquels on veut méditer. »
sitent, ne voyant pas le moyen de passer de Tune à l'autre. Les faits de la religion ou les dogmes décidés sont mes expériences en matière de théologie. Jamais je ne les révoque en doute : c'est ce qui me règle et me conduit à l'intelligence. Mais lorsque, en croyant les suivre, je me sens heurter contre la raison, je m'arrête tout court, sachant bien que les dogmes de la foi et les principes de la raison doivent être d'accord dans la vérité^ quelque opposition qu'ils aient dans mon esprit. Je demeure donc soumis à l'autorité, plein de respect pour la raison, convaincu seulement de la. faiblesse de mon esprit et dans une perpétuelle défiance de moi-même. Enfin, si l'ardeur pour la vérité se rallume, je recommence de nouveau mes recherches ; et par une attention alternative aux idées qui m'éclairent et aux dogmes qui me soutiennent et qui me conduisent, je découvre, sans autre méthode particulière, le moyen de passer de la foi à l'intelligence. Mais pour l'ordinaire, fatigué de mes efforts, je laisse aux personnes plus éclairées ou plus laborieuses que moi, une recherche dont je ne me crois pas capable, et toute la récompense que je tire de mon travail, c'est que je sens toujours, de mieux en mieux, la petitesse de mon esprit, la profondeur de nos mystères et le besoin extrême que nous avons tous d'une autorité qui nous conduise K »