Traité de morale^ 1, ch. v
4. Voir le Traité de morale. — Fontenelle dit dans ï Éloge de
Ainsi, sans la foi, la philosophie, mal assurée dans ses commencements, hésitante souvent et prête à défaillir dans sa marche ou à s'égarer, sans secours contre les tentations et les difficultés de la route, a encore cet inévitable inconvénient de ne pouvoir pas embrasser son objet tout entier et de ne pas atteindre son but total, puisque le surnaturel lui demeure fermé et que dans le surnaturel se trouve l'explication suprême de tout le reste. C'est donc une méthode incomplète que celle qui dît : garde ta foi, mais philosophie comme si tu ne croyais pas. La vraie méthode dit : philosophe avec ta foi, tu cherches l'intelligence, tâche de l'acquérir par la science et par la foi réunies.
Telles sont les différences que l'on découvre entre la méthode de Malebranche et celle de Descartes, quand on les compare attentivement. Ces différen- . . ces se retrouvent dans le style des deux philosophes. Je ne vois guère qu'un seul trait qui soit commun à l'un et à l'autre : c'est, dans une simplicité parfaite, la distinction naturelle et aisée. Hors de là tout est dissemblable. Quand Descartes expose, c'est avec une précision sévère et une sorte de hau-
Renaud iVÉlisagaray : « Jamais Malebranchiste ne l'a été plus parfaitement, et comme on ne peut l'être à ce point sans une forte per^ suasion des vérités du Christianisme et, ce qui est infiniment plus difficile, sans la pratique des vertus qu'il demande, M. Renaud suivit le système jusque-là. »
teur : il explique sa pensée et la prouve, attentif à convaincre, non à toucher. Malebranche, non moins amoureux que Descartes de netteté et de rigueur, cherche dans les termes abstraits une exactitude toute scientifique. Mais, d'une part, voulant rendre avec la dernière précision des pensées parfois subtiles, il écrit çà et là des phrases étranges et obscures ; d'autre part, il porte dans l'abstraction et dans la science l'éclat ou la séduction d'un langage vif, animé *, tour à tour éloquent et poétique. Au milieu même de ses démonstrations, il dit, selon le mot de Leibnitz, » beaucoup de belles choses^. » Veut-il, comme dans la Recherche de la Vérité^ nous mettre sous les yeux nos faiblesses : il juge qu'il faut nous les « faire sentir^ ; » et de là ces ingénieuses analyses, ces vives peintures, et aussi ces véhémentes exhortations où l'on admire la sagacité exquise du moraliste et la verve heureuse de l'écrivain. Comme cela diffère du Discours de la Méthode, du Traité des Passions et des Règles pour la direction de V esprit ! A-t-il le dessein de
1 . Prière qui précède les MédiL chrét, a Donnez-moi dans le cours de cet ouvrage, que je compose uniquement pour votre gloire, des expressions claires et véritables, vives et animées, et telles qu'elles puissent augmenter en moi ou dans ceux qui voudront bien méditer avec moi, la connaissance de vos grandeurs et le sentiment de vos bienfaits. »
2. Leibnitz, 6« lettre à Malebranche, (Cousin, Fragments de phi" losophie moderne^ t. II, p. 53.)