‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 57 sur 237 · Recherche de la vérité\ liv. I, ch. xx · texte numérisé non relu

Recherche de la vérité\ liv. I, ch. xx

réduire ses principes à quelques propositions brèves, précises, semblables à des formules, comme

dans le Traité de Morale et surtout dans le Traité de la Nature et de la Grâce : bientôt il s'échappe, et il ne peut se défendre d'être éloquent : tant il est touch^des choses qu'il dit, et soucieux de toucher les autres ! Considérez maintenant Descartes et Malebranche écrivant l'un et l'autre des Méditations : dans Descartes vous saisissez le travail d'une pensée vigoureuse se surveillant elle-même sévèrement et marchant froidement à son but ; dans Malebranche vous assistez à l'entretien d'une âme avec le Verbe divin : l'âme consulte le maître intérieur et l'interroge, lui soumet ses doutes et ses inquiétudes, lui oppose parfois quelque résistance, et puis se soumet et se rend : la divine lumière la pénètre et dissipe tous les nuages ; la voix intérieure l'instruit et triomphe de toutes les oppositions. Et dans tout cela, rien de factice, rien qui ressemble à une fantaisie d'artiste ; Malebranche est là dans son naturel : il ne fait pas îin livre, il médite et il prie.

Quand le dialogue, au lieu d'être institué entre l'esprit créé et la Sagesse éternelle, se passe entre plusieurs personnages humains, la différence avec Descartes n'est pas moins éclatante. Qu'à Vlnquisitio veritatis per lumen naturale^ le seul dialogue que Descartes ait écrit, on compare les Conversa-lions chrétiennes et les Entretiens métaphysiques.

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Descartes a voulu montrer par une conversation philosophique entre honnêtes gens, que l'application simple et régulière de l'esprit sans aucun appareil logique, sans grand savoir puisé dans les livres, sans aucun fatras d'école, est ce qu'il y a de plus efficace pour atteindre la vérité. Malebranche a de plus une préoccupation morale partout présente, et les écrits que je viens de nommer nous offrent l'image de ces entretiens où il se plaisait* et dont Dieu seul , selon ses propres expressions , était < l'âme, » en même temps que « le principe et la fin ^. »

Ainsi, au plus absolu mépris pour tous les artifices de style il unit le soin de « rendre la vérité sensible, agréable, touchante^. » Et il y réussit sans effort. Métaphysicien profond et hardi, il écrit avec son âme, en présence de la vérité, c'est-à-dire de Dieu même, et avec le souci constant de faire du bien aux âmes de ses lecteurs. Là est le secret du charme irrésistible de ces « paroles par lesquelles il pénètre dans les esprits et verse dans les cœurs ce que le sien ne peut contenir*. > Je ne connais pas de langage plus complètement sincère. Quand il emploie des expressions fortes ou gracieuses, qui semblent poétiques, quand il a recours, comme Pla-

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