‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 7 sur 237 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le P. André se proposait d'écrire une vie de Malebranche vraiment complète : toute la personne du philosophe devait y être représentée au naturel, grâce à ces mille détails qui nous font entrer dans rintimité d'un homme ; toutes les circonstances de son éducation et de ses études devaient être rapportées ; le plan de la constitution de l'Oratoire, où il entra, fidèlement tracé; l'éiat des esprits et de la ' philosophie au moment où il commença d'écrire, nettement exposé ; les divers systèmes qui pendaut sa vie causèrent tant de disputes, jansénisme, thomisme, molinisme,quiétisme, ramenés à leurs traits essentiels et appréciés sans parti pris ; les hommes avec qui il eut des relations peints et jugés ; sa doctrine donnée tout entière en raccourci, pour qu'elle

fit plus d'effet sur les esprits, à cause de Teiichaînement qui paraîtrait partout ; enfin les controverses où il fut mêlé débrouillées avec soin, racontées avec impartialité, et égayées de ces traits particuliers qui, bien choisis et bien placés, tempèrent à propos la gravité du sujet et préviennent Tennui. Les plus importantes vérités et d'utiles réflexions mêlées à un récit exact et animé, devaient rendre ce livre propre à former la raison et le cœur des personnes qui le liraient. Tel était le dessein du P. André ; et voulant faire un ouvrage solide et durable, il demandait de tous côtés des détails précis, des renseignements sûrs, des éclaircissements, des explications, c Lorsqu'on écrit sur une matière, pensait-il, on ne saurait trop avoir à dire, quoiqu'il ne faille pas tout dire. > En même temps il relisait tous les écrits de Malebranche et en faisait des abrégés qui lui coûtaient parfois bien des efforts ; mais enfin il en venait à bout, c La méditation, disait-il, éclaircit tout, excepté les faits ^ »

Cette vie de Malebranche, entreprise avec tant d'amour, poursuivie avec tant de persévérance, et achevée presque malgré mille traverses, André ne put la publier. M. Cousin a raconté les causes qui en empêchèrent la publication, et il a éloquemment adjuré ceux qui doivent l'avoir maintenant, de la

1. Vie et correspondance inédite du P. André, dans la 2« partie des Fragments de philosophie moderne de M. Cousin (5« édit., 1866).

mettre au jour*. Où est-elle? Selon toute apparence, le manuscrit récemment découvert par M. l'abbé Blam pignon à la bibliothèque publique de Troyes en est une partie ; et c'est un fragment considérable, du plus haut intérêt^. Le P. Adolphe Perraud, de l'Oratoire, a eu un instant l'espoir de retrouver le tout : cet espoir a été déçu ®.

Il semble que, connaissant le plan de l'ouvrage, on pourrait être tenté de le refaire, à l'aide des documents nouveaux disposés selon le dessein du P. André. Malebranche aurait ainsi, selon le vœu de son zélé disciple, une biographie c complète et intéressante. » Ce n'est pas ce travail que nous nous proposons de faire ici. Comme l'examen de la philo-

Sophie de Malebranche est notre souci et notre but, nous n'avons pas à raconter sa vie en détail. Quelques indications précises mais rapides nous suffiront; nous insisterons ensuite sur les points qui touchent plus particulièrement à l'objet de notre étude.

Nicolas Malebranche, né à Paris le 6 août 1638, était le dernier des nombreux enfants de Nicolas Malebranche, secrétaire du roi, trésorier des cinq grosses fermes sous Richelieu , et de Catherine de

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