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possibilité d'être est éternelle : mais, qu'est-ce à dire? n'est-ce pas que les choses sont éternellement vues telles qu'elles peuvent être par une intelligence qui, sans aucune lumière étrangère, les connaît ? Et si elles sont possibles, si elles sont faisables, n'est-ce pas qu'il y a une souveraine puissance qui de toute éternité est capable de les créer? L'idée d'une chose, c'est donc la connaissance étemelle que Dieu en a, et, Dieu la connaissant comme possible, c'est précisément aussi la puissance que Dieu a de la faire être. L'idée est représentative des corps et elle est participahle par eux : modèle idéal qu'ils expriment, s'ils reçoivent en efifet l'existence, source primitive, d'où ils tirent cette existence même, et qui, si rien n'existait, n'en serait pas moins éternellement capable de' donner l'être à tout ce qui est et peut être. L'idée, c'est donc Dieu même, Dieu connaissant tout. Dieu tout-puissant ; l'idée c'est la substance divine en tant qu'elle a rapport aux êtres créés, en tant qu'elle les connaît et peut les faire ; ou plutôt, il faut dire, en tant qu'elle les représente, car elle les connaît, ces êtres, en ellemême et dans sa propre lumière ; et il faut dire, en tant qu'elle est participahle par eux, car c'est par son énergie propre, sans avoir besoin d'une matière empruntée, qu'elle les fait subsister. Elle leur fournit toute leur intelligibilité et toute leur
i70 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III.
réalité: sa pensée fait leur essence, sa puissance leur possibilité ; et ils n'ont point d'autre modèle ni d'autre principe que la substance divine qui en est représentative et qui est participable par eux. Voilà ce qu'est l'idée; et l'ensemble des idées, c'est le monde intelligible, le monde en Dieu, tel que Dieu le voit et tel que Dieu peut le faire, et par conséquent Dieu même en tant qu'il voit le monde et qu'il peut lui donner l'être. Dans les profondeurs de la sagesse divine se trouve le modèle de tout ce qui est, et dans les entrailles de la puissance divine se trouve la cause productrice de tout ce qui est. Dieu n'a pas fait le monde de sa substance S mais Dieu porte en soi l'idée du monde et l'énergie créatrice qui a produit le monde; et cela c'est dans sa substance, et cela c'est sa substance même en tant qu'elle est représentative des corps et participable par ces mêmes corps.
Ainsi, la considération des essences a mené Malebranche jusqu'à Dieu. Dieu connu d'ailleurs. Descartes rattachait les essences à Dieu par un lien presque extérieur. Connaissant d'abord les essences, Malebranche entre, par elles, au plus intime de la substance divine. « L'idée du cercle en général, ou l'essence du cercle, représente des
t. EntreL métaph., u^ 4.
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cercles infinis, convient à des cercles infinis. Cette idée renferme celle de l'infini ; car penser à un cercle en général, c'est apercevoir comme un seul cercle, des cercles infinis*. > Réfléchissons, et nous voilà conduits jusqu'à Dieu, être infini, à qui tous les êtres particuliers participent, mais qu'aucun être particulier n'égale : que dis-je ? que tous les êtres créés et possibles, avec toute leur multiplicité, ne peuvent égaler.
Des idées des objets matériels nous allons à Dieu qui renferme toutes ces idées, à Dieu substance universelle et par cela même seule intelligible, source et modèle des êtres, lumière desesprits; mais toutes ces idées des choses matérielles se résument en une seule. Quelle est l'essence des corps? c'est l'étendue. L'idée des corps, l'archétype des corps, c'est donc l'étendue intelligible ; et ce n*est pas là une entité imaginaire, une idée de logique : non, c'est tout ce qu'il y a de plus réel. Ce n'est pas une abstraction, une forme vide; c'est le fonds commun de tous les corps, la source et l'exemplaire de toutes les créatures matérielles. Entendons-le bien, dans la pensée de Malebranche, remonter des idées à l'étendue intelligible qui les comprend toutes, ce n'est pas s'élever par un procédé purement lo-