‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 78 sur 237 · De lib. arb., liv. II, ch. xvi, 42 et · texte numérisé non relu

De lib. arb., liv. II, ch. xvi, 42 et

Maintenant, il y a dans saint Augustin, outre ces analogies avec les platoniciens, quelque chose qui lui est propre, quelque chose qui vient de lui et du christianisme, une profondeur de vues et une exactitude tout à fait remarquables, avec une foi vive, ardente, en un Dieu vivant et personnel. Il distingue très-nettement Tintelligence créée de Tintelligence divine, et, regardant la vérité qui est Dieu même comme la lumière éternelle qui nous éclaire et nous vivifie, il ne fait pas de nos esprits des émanations de la souveraine intelligence. Ensuite, il n'établit pas entre la raison première, chose divine, et Dieu même une inégalité injustifiable ; il ne suppose pas qu'au delà de l'intelligence et de la vérité, il y a quelque chose de supérieur et de meilleur, qui serait le principe vraiment premier ; il regarde la Sagesse éternelle, le Verbe où subsiste toute vérité, comme étant Dieu même. Enfin, il conserve à l'auteur des choses sa liberté et le considère comme véritablement créateur; il ne le fait pas agir par une nécessité naturelle, il veut que la divine Sagesse accomplisse ce merveilleux ouvrage qui est le monde, avec une indépendance souveraine aussi bien qu'avecf un art infini. Ainsi, la théorie des idées, entendue surtout à la façon de Plotin, mais dégagée des erreurs que Plotin y mêlait, se retrouve ici avec une précision supérieure, et comme animée d'un nouvel esprit.

Saint Augustin se plaît à dire que le monde, œuvre de Dieu, n'a 'pas été fait sans dessein, que Dieu porte dans son intelligence infinie l'idée éternelle de toutes les choses que sa puissance produit, enfin que Dieu voit de toute éternité ce qui n'est pas, tel qu'il sera ; autrement il faudrait dire qu'il agit au hasard, sans raison et sans sagesse. Remarquons-le bien, ce que Dieu voit ainsi, ce ne sont pas seulement les genres et les types, non, ce sont les choses elles-mêmes, ce sont les individus; et quand il forme le monde, il n'a pas seulement les yeux sur un modèle parfait auquel il conforme par son action toute-puissante et souverainement bonne la réalité nécessairement défectueuse : mais le détail même des choses, mais tous les êtres particuliers avec leur essence propre et dans leurs rapports innombrables entre eux, il les a présents à sa pensée ; il n'applique pas seulement des règles éternelles et il ne fait pas en les appliquant une œuvre dont il ne connaissait, avant de l'avoir faite, que les principales lignes et le dessein général : tout ce qu'il produit, il le voit de toute éternité; toute créature est éternellement en idée avant d'être effectivement, et de cette manière toute créature est éternelle, éternelle dans l'intelligence divine qui la voit, et dans la puissance divine qui la crée. , ' < Si vous étiez capable, dit saint Augustin, d'entreprendre quelque bel ouvrage de sculpture, et

que vous en prissiez là résolution, il faudrait commencer par en former le dessein dans votre idée, et ce dessein serait comme la production que concevrait et qu'enfanterait votre esprit ; car c'est par là que commencent tous les ouvrages que nous voyons sur la terre ; il faut qu'ils soient déjà faits dans l'idée de l'ouvrier avant qu'il travaille sur la matière dont il se sert pour les exécuter. Il les voit et les examine dans son idée comme s'ils étaient déjà faits extérieurement *. > Voilà qui est clair, et c'est à Dieu créateur que saint Augustin applique cette comparaison. « Dieu a une connaissance trè»* claire et très -secrète de toute chose... Dieu connaissait tout ce qu'il devait créer. Cette connaissance que Dieu a des choses est telle que les choses étaient même déjà, et qu'elles subsistaient en lui d'une manière ineffable avant qu'elles fussent créées ^. »

« Il n'y a personne assez stupide pour croire que Dieu a fait les choses qu'il ne connaissait pas; si donc il les connaissait avant de les faire, avant qu'elles fussent faites, elles lui étaient connues de la manière dont elles vivent éternelles et immuables dans sa sagesse ; et par conséquent supérieures à ce qu'elles seraient après la création. Comment donc les ètre^, avant d'être créés, étaient-ils connus

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