‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 83 sur 237 · Rép, aux 5e» object · texte numérisé non relu

Rép, aux 5e» object

tères de la vérité absolue, qu'il démêle assez mal quand il s'agit des autres notions rationnelles, il les saisit d'une vue nette et les affirme sans hésiter quand il s'agit de la perfection. On pourrait dire que toute sa théorie de la raison est dans l'analyse de l'idée du parfait. Et c'est cette idée de la perfection divine qui produit dans son esprit et lui cache en même temps les inconséquences et les contradictions que nous relevions tout à l'heure. En effet, tout rempli et pénétré de l'idée de l'être parfait, il veut accorder l'indififérence absolue de la volonté et l'immutabilité absolue de la sagesse, parce que l'une et l'autre lui paraissent convenir à une nature parfaite. Selon lai, donner à la vérité une sorte d'indépendance à l'égard de la libre volonté du Créateur, c'est borner la toute-puissance divine : il ne peut concevoir que la volonté de l'être infini trouve dans son action une règle et comme une limite dans une vérité qu'elle .n'a pas faite, et, pour sauver la toute-puissance et la souveraine liberté de Dieu, il met dans la volonté créatrice une indifférence absolue et se la représente déterminant le vrai et le bien par un acte pleinement libre, sans choix, sans motif, sans, raison, en sorte que les choses sont vraies et bonnes parce que Dieu les a voulues, et, si Dieu avait voulu le contraire, c'est le contraire qui serait la vérité et le bien, tout ce que Dieu veut étant, quoi quece soit, vrai etbon, puisque

Dieu est l'être parfait. Mais à cause de cette perfection même, Descartes ne redoute pas dans les volontés divines une mobilité manifestement incompatible avec elle, puisque ce serait une marque de caprice, c'est-à-dire d'imperfection. Le souverain législateur qui établit la vérité avec une indépendance absolue, ne revient pas sur ses décisions, et elles participent, puisqu'elles viennent de lui, à la nécessité et à l'immutabilité de sa nature. « Dieu n'a pas voulu que les trois angles d'un triangle fussent égaux à deux droits, parce qu'il a connu

que cela ne poussait se faire autrement

Mais, au contraire, parce qu'il a voulu que les trois angles d'un triangle fussent nécessairement égaux à deux droits, cela est yrai maintenant, et il ne peut pas en être autrement ^ »

C'est ainsi que Descartes ^'explique la nature des vérités éternelles. Pour les lois du monde il les croit très-belles et très-sages, fondées sur la perfection divine elle-même. Aussi pense-t-il pouvoir les connaître a priori. « De cela que Dieu n'est point sujet à changement et qu'il agit toujours de même

1. Rép, aux 6^object, 11-13. —Voir encore dans les Principes^ liv. IV, l'art. 206. Descartes parlant de la certitude métaphysique, dit qu'elle se produit « lorsque nous pensons qu'il n'est aucunement possible que la chose soit autre que nous la jugeons. » ^t il ajoute « qu'elle est fondée sur ce principe très-assuré que Dieu étant souverainement bon et la source de toute vérité, il est certain que la puissance qu'il nous a donnée de discerner le vrai d'avec le faux^ ne se trompe pas, lorsque nous en usons bien, et qu'elle nous montre évidemment qu'une chose est vraie. »

sorte, nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles que je nomme lois de la nature et qui sont les causes secondes des divers mouvements que nous remarquons en tous les corps*, » et il ajoute: « Ces lois ou ces manières dérégler le mouvement, comme modes d'action de Dieu, participent à son immutabilité, et la représentent dans l'univers^. » Enfin il pense que la puissance et la bonté de Dieu étant infinies, nous ne devons point craindre de faillir en imaginant ses ouvrages trop grands, trop beaux, trop parfaits, mais que nous pouvons bien manquer, au contraire, si nous supposons en eux quelques bornes ou quelques limites dont nous n'ayons aucune connaissance certaine^.

Ainsi, nous le voyons, tout s'explique par la volonté toute-puissante de Dieu, les essences et les vérités éternelles, les existences et les lois de la nature. Cette volonté, souverainement libre et indifférente, est à elle-même sa propre règle, elle crée, en agissant, la vérité et le bien, et étant la volonté de l'être parfait, elle ne fait rien que de bon.

Malebranche n'est pas moins pénétré que Descartes de ridée de la perfection divine, mais il a sur la nature de la vérité une opinion toute différente. Il ne se laisse pas séduire par une théorie

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