‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 97 sur 237 · Eniret, mâtoph , vin · texte numérisé non relu

Eniret, mâtoph , vin

2. Nous trouvons dans saint Thomas {Somme théologique j part. I^ quest. xm, art. 11) le texte très-remarquable que voici : «Le nom C^lui gui est {Qui est) est-il par excellence le nom propre de Dieu ? Go nom exprime, non pas une forme, mais l'être môme (ipsum esse). Puis donc que .rêtre de Dieu est son essence (quum esse Dei sU ipsa ejus essenlia)y et Dieu seul a ce privilège, ce nom est par excellence le nom propre de Dieu... Tous les autres noms présentent une signification moins générale, ou s'ils renferment au fond le même sens, ils y joignent toujours quelque autre idée par laquelle ils Vinforment et le déierminent d'une certaine manière (addunt aliquid supra ipsum secundum rationem, unde quodammodo informant et déterminant ipsum). Notre pensée ne peut, dans l'état de la vie présente, connaître Tessence divine en elle-même (ipsam secundum quod in se est)^ èl toutes les fois qu'elle détermine le mode sous lequel elle conçoit Dieu {quemcumque modum determinet circa id quod de Deo intelligil)y elle reste au-dessous de ce que Dieu est en soi {déficit a modo que Deus in se est). D'après cela, moins les noms sont déterminés, plus ils sont généraux et absolus, plus ils se disent de Dieu avec propriété. Aussi saint Jean Damascène dit-il que « le premier nom de Dieu, c'est Celui qui est; car ce nom renferme l'être tout entier, comme l'océan infini et sans bornes de la substance (pelagus infiniiùm et indeterminaium substanlix).» Tout autre nom détermine quelque mode de la substance ; mais celui-ci ne précise aucune manière d*étre. et, par son indétermination môme, s'étend à toutes, et c*est ainsi qu'il exprime l'océan sans bornes de la substance. Ce nom convient donc à Dieu par son universalité môme {propler universati" tatem). » Mais saint Thomas, un peu plus loin, dans le môme article^

Dans cette théorie de Malebranche, il faut remarquer deux choses surtout : Premièrement, Malebranche, comme Descartes, soutient qu'en Dieu l'essence et l'existence se confondent; secondement, à ridée de la perfection, Malebranche substitué ridée de l'être. Si donc il raisonne de la même manière que Descartes, c'est en apparence seulement; la forme de la pensée est la même, l'objet est différent. Ici se montre une fois de plus l'esprit de Malebranche avec ses aspirations et ses tendances. Parle-t-il des idées, il les conçoit, ce semble, comme les modèles intelligibles de tous les êtres particuliers ; puis, voulant approfondir, à toutes les idées il substitue l'étendue intelligible, pure abstraction qu'il identifie avec la réalité suprême, en -ce qui concerne le monde des corps; et néanmoins il échappe aux conséquences extrêmes de sa théorie, se retient sur les pentes fâcheuses où elle l'entraîne, et allant droit au panthéisme idéaliste, n'y aboutit pas. De même, parle-t-il de Dieu, Dieu c'est l'être

appelle la substance de Dieu, considérée en elle-même, incommunicable et, si Ton peut parler ainsi, singulière (et ut sic liceai loqui, singularem) . Il ne nomme jamais Dieu Tôlre en général, et il oppose môme quelque part Tétre divin, ens divinum^ et l'être en général, ens commune (I, quest. m, art. 4). Enfin il distingue avec soin : d'une part, l'infini au sens du grec aTreipcv, infini purement potentiel, et non actuel, qui n'est que la possibilité indéfinie de recevoir des formes et des déterminations, pur concept de Tesprit; d'autre part, l'infini véritable, qui n'est point Têtre incomplet et indéterminé en soi, mais au contraire, l'être parfait, principe actif de tout ce qui est, et en luimôme suprême et excellente réalité (I, question vu, art. 1 et 2).

parfait, être vivant et personnel ; puis, quand il veut sonder le mystère de la nature divine, il a peur de limiter Dieu eu le déterminant, il écarle toute pensée distincte, il ne regarde plus que l'idée de l'être tout court ; alors il lui semble qu'il est arrivé le plus près de la divinité qu'il est possible *. Va-t-il donc, comme Plotin, placer le premier principe par delà les régions lumineuses de l'intelligence, dans je ne sais quelles profondeurs inaccessibles où le regard impuissant se trouble et où un mystérieux contact, awdffnj peut seul mettre l'âme en possession de son divin objet, l'Un absolu, source de toute beauté et de toute vérité, de toute vie et de tout être, et lui-même insaisissable et ineffable, abîme sans fond, |3â0oç, d'où sort toute chose et où l'esprit se perd ? Ou bien si, en vrai cartésien, il se garde d'éteindre les lumières de la raison pour mieux s'unir à Dieu, va-t-il du moins admettre, 'Comme Spinoza, une substance universelle et indéterminée qui, prise çn elle-même, n'est ni ceci ni cela, et qui, considérée d'une autre manière, est tout ce qui est? Écoutez-le donc qui répète que tc l'être est » et que a l'être est un et toutes choses. » Voyez-le tendant, malgré son amour pour la connaissance claire, à égaler par l'indétermination de sa pensée l'infini de l'être, et inclinant à confondre la

Page 1