‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 98 sur 237 · Entret, métaph., n · texte numérisé non relu

Entret, métaph., n

généralité suprême avec la suprême réalité.* Qu'il est près de tomber dans la commune erreur des faux mystiques et des idéalistes de tous les temps ! Mais attendez : saint Augustin le retient et le ra* mène. Gomme saint Augustin, il a foi en son âme et foi au Dieu vivant : il ne perd pas de vue cette âme, il la sent et la connaît d'une connaissance expérimentale, avec ses misères, mais aussi dans son incontestable réalité, et il demeure attaché par Famour vivant au Dieu vivant. Aussi, malgré toutes les témérités de l'esprit de système, il évite le panthéisme, où l'abus de la géométrie et un faux mysticisme devaient Je conduire. Son Dieu, c'est l'être parfait, tout-puissant, tout sage, tout bon ; et l'on dirait qu'en parlant de l'être indéterminé, il n'a voulu que marquer par des expressions fortes l'incompréhensibilité divine et l'impuissance où nous sommes de nous faire de Dieu une idée exacte.

L'unique objet de la connaissance, selon Malebranche, c'est Dieu, nous venons de le voir. Reste à chercher ce qu'est pour lui Ja connaissance ellemême.

Dieu étant l'unique objet intelligible, connaître.

c'est connaître Dieu. Si l'idée est Dieu, la perception qui découvre l'idée est une vue de Dieu; si Dieu est seul visible, l'âme qui voit quelque chose voit Dieu* Considérez les êtres créés : ils ne sont intelli« cibles que par la substance divine qui les représente et à laquelle ils participent ; considérez l'esprit capable de connaître : il ne connaît que dans la lunaière de la substance divine, ou plutôt il ne connaît •que cette substance divine elle-même ; à elle seule il est immédiatement uni, elle seule agit en lui pour y opérer la connaissance. Car il faut bien comprendre que, d'après^Malebranche, la connaissance suppose de la part de l'objet connu une action sur le sujet connaissant ; nous l'avions déjà remarqué, mais il importe de le rappeler ici *. Donc Dieu seul est connaissable et connu ; Dieu seul rend l'âme capable d(3 connaître et connaissante. L'idée qui éclaire l'esprit est divine ; la perception qui découvre l'idée est une modification de l'esprit humain, mais produite par l'action divine. Dieu, cause formelle de la connaissance, en est encore la cause efficiente. C'est lui qui est connu dans tous les êtres, et on pourrait presque dire que c'est lui qui connaît en nous.

1. C'est ce- qui est fortement exprimé dans une lettre au P. Lamy, déjà citée au commencement du présent chapitre, p. 145 : « Pour présenter ou représenter passivement, il faut contenir réellement, et pour représenter activement il faut que ce qui contient réellement, nous affecte. »

Malebranche examine les diverses explications que l'on peut donner du fait de la connaissance, et aucune ne lui paraît satisfaisante, hormis la vision en Dieu ^ Toutes supposent en l'homme une puissance qu'il n'a pas, ou attribuent à Dieu des voies compliquées qui ne conviennent point à l'être parfait. Si l'âme connaît par elle-même, elle est à elle-même sa propre lumière et sa propre raison, ce que l'on ne peut pas penser sans quelque espèce (T horreur ^. On veut qu'elle crée les idées ou qu'elle découvre en elle-même, en se considérant, les idées des choses : folle prétention des deux côtés. Comment l'âme créerait-elle ces idées supérieures aux êtres existants, modèles des êtres, mille fois plus nobles et plus parfaites que le monde même? Et comment, d'autre part, n'étant point l'être universel, pourrait-elle trouver dans la considération de sa substance propre et de ses modifications les essences des choses^? Est-ce donc parce qu'elle pense les objets qu'ils sont intelligibles, et est-ce elle qui les rend possibles? Il est trop clair que non. 11 faut donc bien comprendre que l'âme n'étant point la cause formelle de la connaissance, parce qu'elle n'est point l'être universel, ne peut pas

1. Rech» de la Vér,, liv. III, part, ii, ch. i-vi,et E clair cissemerU J,

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