‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 99 sur 237 · Enirei. méiaph.j v · texte numérisé non relu

Enirei. méiaph.j v

3. Sur ce point, il faut lire surtout un fort beau passage du X® éclair^ cissemenlf Rép. à la 2* object.

être non plus la cause efficiente de cette connaissance, et que prétendre, par quelque détour que ce soit, trouver dans l'homme l'origine des idées qui réclaîrent, c'est le diviniser. Dieu seul peut opérer en nous la connaissance, et comme la façon la plus simple dont Dieu puisse rendre une créature connaissante, c'est de lui faire voir dans la substance infinie ce qui y est contenu, comme c'est en même temps la manière qui marque le mieux la dépendance essentielle de l'intelligence créée, puisque ainsi elle ne voit qu'autant que Dieu le veut bien, et qu'elle ne voit rien que Dieu ne le lui fasse voir, îl faut conclure de là que Dieu a dû employer ce moyen pour rendre les créatures capables de connaître et qu'il l'a employé.

Ainsi, Dieu toujours présent à notre esprit nous découvre ses idées éternelles, c'est-à-dire nous découvre sa substance en tant qu'elle est représentative des êtres créés et participable par eux : seul il peut nous éclairer, parce que geul il contient en lui tous les êtres d'une façon intelligible. Rien n'existe, rien n'est possible que par lui ; de même rien n'est connu qu'en lui et par sa lumière. Connaître un objet quelconque, c'est conntiître la substance divine qui le représente et dont il est une participation. De même que Dieu est, d'yne certaine façon, tout être,- de même la connaissance immédiate, mais confuse, que nous avons de Dieu, enve-

242 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRir III.

loppe toute connaissance. Penser les êtres créés, c'est pour Dieu voir sa propre substance se limitant : connattre les êtres créés, c'est pour l'homme limiter l'idée générale de l'être. « Nous ne voyons aucune chose que par la connaissance naturelle que BOUS avons de Dieu ; et toutes les idées particulières ne sont que des limitations de Vidée du Créateur^, i

C'est par la théorie de l'étendue intelligible que Ms^lebranche développe sa pensée sur ce point si grave. L'éteadue intelligible, archétype du monde matériel, est sans cesse présente à notre esprit. En elle et par elle, nous voyons toutes les choses matérielles* Elle explique la possibilité , l'essence et l'être ; c'est elle aussi qui explique la connaissance. Elle est la source et l'exemplaire des créatures ma^térieHes; elle est aussi la lumière des esprits en tant qu'ils connaissent le monde des corps.

Ce quil y a de plus curieux dans cette théorie de la vision en Dieu, c'est la manière dont Mdebranche explique la différence qu'il y a entre connaître, sentir et imaginer, et le toIq de l'étendue intelligible dans chacune de ces trois opérations^. Connaître, au sens propre du mot, c'est avoir une idée claire de la nature d'un objet et m découvrir tels et tels rapports par lumière

K Recherche de la Vérité, liv. III, part, ii, chap. vi. 2. Voyez Enlret, métaph, m, 4 et 5. — Entret. sur la mori^ i. — Rép, à Régis, oh. ii, et Eclairciss, vi et x à \b. RecK de la Vir.

et par évidence. Sentir, c'est apercevoir non plus l'essence même des choses, mais le rapport ^

qu'elles ont avec tfotre corps. Imaginer, c'est se représenter intérieurement ce rapport des choses à nous. La notion, la perception, l'image, voilà nom«més en langage moderne les trois faits différents que Malebranche distingue avec beaucoup de netteté, et il voit très-bien que ces trois choses si profondément distinctes, sont ordinairement liées ensemble ; que les pures intelleclions, comme il le dît, se mêlent aux sensations et aux imaginations, et que, d'un autre côté. Ton imagine quelque peu dans le même temps que l'on conçoit une vérité abstraite ^ Il rapporte donc ces trois faits à la même faculté, l'esprit, qu'il appelle sens ou imagination, lorsque le corps est cause naturelle de ses pensées, et entendement lorsque l'esprit agit par lui-même, ou plutôt lorsque Dieu agit en lui et que la lumière divine l'éclairé en plusieurs façons différentes, sans aucun rapport nécessaire à ce qui se passe dans son <5Qrps^» Mais Malebranche ne s'en tient pas à ces indications générales : il veut approfondir. C'est l'étendue intelligible qui expUque la connaissance proprement dite ou intellection ; c'est encore l'étendue intelligible qui explique nos sensations et nos

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