V, Préface des PrincipeSy
2. Ibid. « On s'est proposé dans ce traité de contribuer à cet objet, en cuHivant les mathématiques dans ce qu'elles ont de commun avec la Philosophie Naturelle ».
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l'envisager comme une première tentative, assez malheureuse, de réduction des phénomènes à* un petit nombre de causes élémentaires. Les « (pialités », les « facultés », les afïinités » étaient autant d'hypothèses schémaliques autour desquelles venaient se <^rouper des classes de faits plus ou moins bien définis, llemanpions qu'un i^rand nombre de ces tiîrmes se retrouvcMit dans le vocabulaire de la science moderne. Les qualités de la matière, ses afïinités, sont des expressions dont personne aujourd'hui ne trouve à critiquer l'usage. Et pouilant ces mêmes (expressions ont valu à Newton d'ardentes polémiques, et l(» grief de faire retour aux chimères métaphysicjues crAristote. C'est (pie Newton est justement Fauteur de la transformation importante (pii s'est opérée dans le sens de cette expression : qualité di» la matière, et notre langue profite aujourd'hui de la S(?curité qu'il lui a conquise.
Une (jualité de la matière n'est à aucun degré quehpie chose d'occulte. Il faut au contraire entendre par ce mot ce qu'il y a de plus intelligible dans les phénomènes. Lorsque Newton parle de la gravitation comme d'une qualité inhérente à toute matière, il faut se garder de faire intervenir dans sa pensée la moindre idée de causalité, l^a gravitation n'est pas la cause qui produit le mouvement de l'univers. Une pareille cause nous est inconnue et indilTérente. P'Ile n'est pas non plus une qualité derni('re au-delà d(* la(|uell(* on ne peut remonter. Tout porte à croire au contraire qu'avec le progrès inévitable des mesures nous serons amenés à voir dans la graviUilion un phénomène à son tour 1res compliqué, et fondé sur une « qualité » plus simple, par conséquent plus essentielle de la matière. Pour N(îwlon. les qualités matérielles sont avant tout des (jHaUtésmaH'fcslca (cpialitates manifest;»^). Klles sont une représentation simple et (M)mmod(* grâce à laquelle l'unité s'introduit dans une foule de représentations connexes. Séparées de toute idée de causalité, elles n ont plus pour but d'expliquer le pounpioi des phénomènes, mais ch^fain* comprendre et n^tenir leur genèse empiri(pi(\ Ce sont bien les éléments simph^s dont toute réalité découle. Mais celt(* dérivation n'est pas occulte, elle ne ressemble pas à Témanation mystérieuse de TelTet sortant de sa cause. C'est une pure genèse explicative, descriptiv(î, mathématique. « Les qualités de la malière ne doivent
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pas ôtrc imaginées comme naissant de formes spécificjues, mais comme des lois universelles de la naluiv, ï)ar lesqucdlcs les choses sont formées. De tels principes existent eff<»ctivemenl, rexpériencc nous le montre, bien (jue leurs causes ne soient pas encore expliquées. De toutes fâchons, ce sont des qualités manifestes, et leurs causes seules demeurent occultes... * ».
Ainsi le moyen Age avait pressenti qu'il y a dans la réalité physique réduction possible, réduction nécessaire. C'était là une idée scicntiliquc et qui devait porter ses fruits. Seulement les Scholastiques se sont trompés en essayant de faire cetle réduction de la môme manière quWristote, c'est-à-dire en ramenant ce qui est positif, intelligible, vériliable. à des causes métaphysiques et obscures. C'est sans sortir de l'ordre physique que la simi)lification du réel doit se faire. A la recherche des causes il faut substituer celle des lois et réserver le nom de « qualités » aux propriétés relatives exprimées par ces lois. De cette façon nous faisons faire à la physique un progrès important. Nous réintégrons dans la science expérimentale ce que Ton croyait supérieur à toute science. C'est l'opinion de Newton lui-même que la réduction de faits multiples à un petit nombre de faits primitifs a est un grand progrès dans la philosophie, même s'il reste à découvrir encore la cause de ces derniers - )). Cette cause se cherchera à son tour non dans le <lomaine transcendant, mais parmi des lois manifestes De la sorte nous ne sortirons jamais du domaine empiriquement connaissable, et pourtant nous j)arviendrons à uiie science de plus en plus systématique, parce {[ur les « (pialilés » dont elle fait état S(îront la traduction de plus en plus exacte des faits.
La méthode» (h* Descaries était elle aussi une méthode de réaction contre la physique de l'Ecole. On connaît les critiques, surtout ironiques, adressées par Descartes à la physique
1. V. Opt. Quspffl. XXXI, .sul). fin. « Uliquo (jualitiilcs ipsaî sunt manifosla^ caniiiHiuc causa* soluin oocnIt.T ».
2. V. Opi. Qutvst. XXXI. - IMiilosopliia» iiatiiralis projL^n'ssiim inipediunt istiusmodi (luaiilales (ôccluti(')J(JcoqiK; niiperis leniporibus ivjerUT sunt... At ex phaMiomt'iiis nalnrjciluo vel tria dorivaiv p:cnt»ralia moins prijioipia ; et (k'irulo oxplicare quomailinoduiu pro|)ri(»latt»s ol acUoiu's roniin corporcaruni omnium ex prinripiis islis manifi'slis consccpianlur. id vno ma^nus c'sset factus in philosophia pro^ivssus, etiamsi principiorum istorum Gausîc nontlum o^aonl oognita» ».
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d'Aristolc^ cl la manière dont ces critiques furent développées par Malebranche^. Mais si les qualités occultes sont rejetées par Descartes, c'est pour une raison toute différente de celle qui guidera Newton. Nous venons de dire que ce dernier était choqué surtout du caractère nriétaphysique, partant hypothétique, de la physique de l^cole. Ce que Descartes trouve défectueux dans les théories d'Arislote et de ses successeurs, c'est principalement le caractère imaginatif de leurs principes. Chaque fois qu'il s'agit d'expliquer les effets d'un agent naturel, les Scholastiques ont recours à une forme substantielle qu'ils s'imaginent précisément de façon à ladapter à leurs démonstrations : « Le feu est un élément chaud et sec, c'est donc un élément qui assemble les choses de même nature, et qui se contient facilement dans ses propres bornes, et difficilement dans des bornes étrangères. L'air est un élément chaud et humide, c'est donc un élément qui assemble les choses de même genre, et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères ^.
De telles définitions sont sans valeur, parce qu'il est trop commode de les plier à des démonstrations différentes. Elles sont le produit de l'imagination et des sens, au lieu d*ôlre posées par la seule raison. On comprend qu'en se laissant inspirer par ces idées confuses les Scholastrques aient trouvé nécessaire de supposer des « formes » nouvelles chaque fois que leur attention se portfiit sur un ordre de phénomènes non immédiatement réductibles aux ordres déjà connus. Les qualités calorifiques, frigorifiques, lumineuses, magnétiques, ont dû s'introduire successivement dans leur doctrine, parce que la sensation seule et l'imagination ne peuvent par ellesmêmes trouver aucun lien entre des phénomènes aussi disparates que ceux de la lumière et de la chaleur, par exemple. Mais c'est le propre de l'esprit scientifique d'introduire l'unité, par des définitions rationnelles, là où les sens ne voient que confusion. Descartes démontre qu'une seule qualité est véritablement inhérente à la matière, c'est l'étendue avec la propriété d'être mue. Lorsqu'au lieu d'observer les phénomènes