Cf. Quœst, 0/)^,XXXI
i. V. PHncipes, L. III, Règle IV, Ed. Gaslillon, p. 5.
40X LA IMIILOSOlMIll-: I)K NICWTilN
I^es preiniiTS ou\Taj;;os de Newton iie sont ni cxcmjils d'Iiy polli*»ses ni systrniatiqiiemtMit hostil(»s à toute Ilypoth^sc*. } la vérité, dés sa dispute avec Ilooke et avec les Hollandais Newton avait allinné le caractère positif de Toplique nouvell* et |)rétendu que l'expérience» seule suffit à la légitimer. Li tliéorie des couleurs, disail-il, emploie exclusivement le rai sonn<Mnent inductif tel ([u'il a été décrit par Bacon et mis er œuvre, avec une sage réstM've, par Hobert Boyle. Llle i>eut se passer dliypothèses, ou plus exactement parlant, elle esl indifférente» aux hypolhèses. C est à ce signe qu'on rec«»nnail une doctrine vraiment scientilicjue.
Mal*^ré cette tendance positive. Newton ne s'éhîvait pas, à celle époque», d une manière absolue contre Thypotlièsc. 11 en recoimaissait Tusaufeà ses adversaires, il l'employait lui-même comme' 111 elirecteur. C'est h cette période que remontent vraisend)lablement l(»s ce)nceplions de Newton sur rémission de la liunièn», ce)ncej)tie>ns liypotheHiques s'il en est, et qui dans les éditions suceessives eleî YOplique élevaient tenir une place de plus en |»lus me)eleste. Du rang ele théorèmes elles passent à cedui ele simples a questions », e'*e»st-à-dire de suggestions scientiliques dénuées ele rigue»ur.
Si de VOptifjitti nu passe aux Principes, on constate un cbange»menl complet dans Tattituele de Newton vis-à-vis des hypothèses. Non sculeme'ut la certituele mathématique est mise en n.'lie'f par la forme même.» des déme)nstrations, mais Newton a soin crélimine'r, fùt-ee des scholies les plus reculés, tout ce qui nrst (jue siij>posllion. C'est un trait qui a vivement frappé les pn*miers connnentateurs ele Newton. Henri Pemberlon, Tartisan ele la troisième édition eles Principes, décrit dans ses Élémotts dn la Philosophie Xewlonienne - l'œuvre de Newton eonnne le j)remier e'xemph' elunet physique exempte d'hypothtses. Avant lui, dit-il, un petit nombre de philosophes ont pratiqué une méthoele raisonnable et eu le bonheur de répandre qin'hjue lumière sur les matière»s physiques. Mais la plupart
1. PourliJ (•(»iict'f»lit>n nowtonioninMlc IhypollitM'. consulter Ferel. liosenberger, haac Sewlon u. s. physik. Princ, 11» P.. eh. 3. p. 396, sqq.
2. Cf. View t)f Sir Isaiie Newlon's Piiilostiphy. London, 1728; traduit eo fraiivijis sous le litre : iJéiiienls de lii IMuInsttpliit* Newlonienno, Amsterdam, ITuj.
LA PIIYSIQUK EXPKRIMENTALK ET L'HYPOTHESE 469
de ceux qui ont écrit sur la physique ont procédé comme s'ils avaient renoncé à atteindre h* degré le plus modeste de la certitude. Leur habitude était de prendre les suppositions pour des vérités, dès qu'elles offraient avec la réalité une apparence de rapport. Il est vrai que les démonstrations dans la philosophie naturelle ne peuvent être aussi exactes qu'en mathématique. Kncore faut-il tenir le milieu « entre la préoccupation des hypothèses et la prétention de démontrer toutes choses avec une rigueur mathématique ». Toute la philosophie est fondée sur la méthode d'induction. Notre auteur donne une nouvelle force h cette méthode par le principe incontestable que tout résultat d'expérience demeure, malgré les hypothèses, vrai jusqu'à observation du contraire.
Comment s'est opérée dans l'esprit de Newton cette transformation qui l'a fait passer d'une tolérance générale de l'hypothèse à une condamnation systématique ? C'est ce qu'on ne peut comprendre que par des raisons personnelles, tirées de l'histoire des écrits de Newton.
Les découvertes optiques et astronomiques de Newton avaient rencontré dès leur apparition des contradicteurs acharnés: Pardies, Cassegi^ain, Liecas, Huyghens et bien d'autres se déclarèrent sceptiques devant les expériences de Newton, et s'en tinrent soit aux idées cartésiennes, soit aux hypothèses de Hooke. Dans la longue polémique que soutint Newton avec quelques-uns de ces physiciens, il faut reconnaître que les questions de priorité et de personnalité jouèrent le rôle le plus important. D'un caractère naturellement ombrageux et timide, Newton ne se hasardait à avancer un fait qu'après en avoir vérifié de toutes façons l'exactitude. Nous savons qu'il a tardé des années à publier les plus considérables de ses découvertes par un souci peut-être excessif de perfection. Mais une fois qu'il avait livré ses idées à la publicité. Newton n'admettait pas qu'elles pussent se heurter à des suspicions a priori. C'est un des caractères propres du génie qui vit isolé dans ses idées de ne pas comprendre que l'esprit vulgaire a besoin, pour se ranger à la vérité, du même travail préparatoire dont 1 inventeur s'est acquitté lui-même. Les préjugés, les points de vue acquis, ne disparaissent pas devant l'évidence sans le secours du temps, et la tendance naturelle (jue nous éprouvons en face
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d'une conception nouvelle, est de la Irouvcr fausse précisément parce qu'elle est nouvelle.
Ce phénomène s'est vérifié d'une manière remarquable à Tépoque de Newton. Jamais peut-être des découvertes plus simples, plus faciles h saisir, n'avaient été présentées au public avec un tel appareil de démonstration, d'explication, de vérification. Jamais pourtant on ne vil plus d'acharnement dans la défense des théories anciennes et dans la réfutation préconçue du système qui les ruinait. Le mode d'argumentation généralement employé contre Newton était le suivant. Vous expliquez, lui disait on, la mécanique céleste, l'optique physique, par des lois nouvelles. Ces lois sont fondées d'après vous sur des faits constants, et ne le cèdent en certitude à aucune autre loi généralement admise. S*il élail possible d'envisager votre conception d'une façon tout à fait indépendante, nous pourrions peut être la discuter en détail afin d'en découvrir le j)oinl faible. Mais tant de minutie est inutile, car nous avons a priori des raisons de croire que vous vous trompez. La théorie de llooke, la théorie de Descartes, ne sont pas des systèmes qu'on puisse négliger en face d'une physique comme la vrttre. Ces théories ont été établies, non seulement sur des faits constants, mais a/>rè.s- élimination méthodique de loutes les théorie.< contraires. Elles ont conunencé par faire une classification des différentes conceptions logiquement possibles. Parmi celles-ci, elles ont exclu progressivement toutes celles qui allaient soit à rcMicontre des j)rincipes, soit à l'encontre des théories admises. Klles se sont de la sorte établies par Vabsvrde, et il n'y a pas de raison qui puisse nous faire renoncer à une théorie dont le contraire est absurde.
Kn partant de là, Pardies et Lucas se refusent à discuter la conce])tion de Ntîwton comme une conception pouvant être vraie ou fausse : elle est nécessairement fausse puisqu'elle est incompatible avec ce qui est vrai a priori. C'est contre cette méthode de critique que Newton s'élève, d'abord ironiquement, puis avec une irritation qui va en croissant à mesure que l'objection se renouvelle. Il est impossible d'admettre, écrit-il en 167!2, l'efiicacilé d'une métho(l<* physique, si l'on n'a pas fait une énumération complète de toutes les manières possibles d'ex[)liquer h»s phénomènes. La véritable méthode d'investîga-
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lion (les choses est celle qui les étudie par rcxpérience. La théorie que je propose n*est pas inférée seulement de ce que les choses no peuvent pas se passer autrement, elle n'est pas le résultat d'un argument a conlrario appliqué aux suppositions de mes adversaires. Elle dérive d'expériences positives et directement concluantes. 11 n*est qu'une seule manière de la criliquer, c'est de faire voir que les expériences ne répondent pas à la théorie que j'en donne K Mais les hypothèses, quelles qu'elles soienl, ne peuvent pas avoir de valeur critique. On peut réfuter tout ce qu'on veut par des suppositions convenables, tandis qu'on ne peut rien établir positivement sans rex[)ôrience aidée du calcul.
La même hostilité contre les hypothèses se retrouve à la fin de VOpligite -. « Los hypothèses doivent être considérées comme rien dans la Phlosophie Naturelle-*. » Le sens qu'il faut attribuer à cette formule est encore un sens polémique. C'est au point de vue de la réfutation d'une doctrine que l'hypothèse est sans valeur. Croire réfuter les expériences de Newton, et en particulier l'expérience « cruciale » par laquelle il montre que le fait de la dispersion doit s'expliquer par l'inégale réfrangibilité des couleurs, en disant que d'autres hypothèses permettent aussi de les interpréter, c'est violer l'ordre des recherches physiques. Kn physique, comme en mathématiques, nous possédons un double instrument d'appréhension du réel, la « méthode analyticjue » et la « méthode synthétique». En mathématiques, la méthode d'analyse est celle qui part des faits, c'est-à-dire du donné géométrique, pour retrouver sous
1. V. Phil, Trans., 15 juill. I67i. n. 85. « Liceal mihi hac occasione tibi signiHcare nequaquam censcre me'efficacem eam esse déterminant se verilaUs raUonem qiià diversi examinanlur modi, quibus phaenomena explicari possunt. nisi ubi perfecla fucrit omnium istorum modorum enumfraUo. NosU genuinam proprietates rerum invesUgandi mcthodum esse qua iilae ab experimentis deducunlur. Ac jam ante tibl dixeram Theoriam a me proposilam eviciam mihi fuisse, non quidem inferendo rem ita se habere, quia haud se habeat aliter, videlicet non eam deducendo durilaxat a conirariorum suppositionum confulalione, sed ipsam ab experimentis positive et directe concludentibus derivando. Vera itaque ratio eam examinandi haec erit, si consideremus scilicet num expérimenta a me proposita illas Theoriai partes, quibus accommodantup, rêvera prol>ent D.