Cf. Quœst. Optic, XXXI, sub fin
3. Ibid. « Hypothèses, in Philosophia qua; circa expérimenta versatur, pro nihilo sunt habcnda. »
en donne dos propriétés générales définies une fois pour toutes, susceptibles de se vérifier dans les cas particuliers. Dans les sciences physiques, l'analyse expérimentale part également des faits tels qu*ils sont donnés, et ne peut contenir d'autre vérité que relie qui appartient à ces faits. Elle décompose les j)bénoniènes observés en phénomènes élémentaires, et de la loi du fait élémentaire elle permet de remonter à celle du fait doimé. Mais, dans les matières de calcul comme dan? les matières d expérience, il est de l'essence des problèmes que la méthode analytique s'applique la première ^. Les constructions que la synthèse pourra fournir seront sans doute rigoureuses, solides, élégantes. Mais la part de vérité qu'elles peuvent enfermer sera celle que l'analyse y a mise. 11 serait absurde et contraire au but même de la science d'imaginer des synthèses al)strait<\s pour l'explication de phénomènes réels. C'est pourtant la faule fjue commettent les partisans dogrnati(pies des hypothèses. Quand ils opposent aux théorèmes de lait qui constitu(M)t XOptique de Newton des théorèmes hypothétiques, fondés sur des données arbitraires, ils cherchent à détruire» par voie synthétique les résultats établis au moyen de l'analyse. Ils font en somme scM-vir la synthèse à un usajrc exactement contraire à celui pour h^piel elle est faite. IVini auxiliaire de Tinduction ils foni de j)arli pris un a<lversaire irréconciliable. Il est trop évident, comme le dit Newton, que si l on ne veut limiter à rien le droit d'hypothèse, il ne restera plus ilans la science aucune vérité qui demeure solide -. Quelle que soit l'ingéniosité d'une explication, il sera toujours possible à un esprit subtil dimaginer une hypothèse qui la mette en (léfaiil, et si le physicien condescend à modifier la théorie que lui ont inspirée les faits pour la mettre d'accord avec ces
1. Ibid. « Qiicmadmodum in Matliomalica, ila eliam in Physîca, investigatio rtTum dinicilium ea methodo, qua* vooatur analytica , semper antecedoro débet eam qiijp appellalur synthetica. Methodus analytica est, expérimenta oapere, pluenomena observare, indeque conclusioues générales indudione inferre, née ex adverso ullas objeetiones admittere. nisi quic vel ab experimentis, vei ab aliis eerlis verilatlbus desumantur. »
2. Cf. Répome à Pardies, Phil.. Trans., 1672, p. 5014. « Si qiiis ex sois liyj)olhesiiim possihililute de verilalo renmi eonjeetiirani facial, non video qiio paetn quic(iuain ccrli in ulla scienlia determinari possil ; si quidcm alias al(pie alias hypothèses semper licet excogilare (pue novas difUcul» lates suppedilare viilebuntur. Quamobrem ab Ilypothesium contemplalîone. laïupuim improprio argumentn, hic abstinendum esse consui. «
LA I>IIYSIQUE KXPKRIMENTALE ET LFIYPOTHÈSE 473
fictions, sa tac lie ne finira jamais. Toujours des hypotlièses nouvelles surgiront (jui montreront la possibiitlé d'une erreur.
La sauvegarde du savant réside dans ce fait que la possibilité d'une erreur ne doit pas l'effrayer. Ce qui peut légitimement le préoccuper, c'est la question de savoir si une erreur a véellement été commise. Cett(î (juestion est en dehors du domaine de l'hypothèse et de la fantaisie. C'est l'étude patiente des faits qui seule pourra la décider. Si les observations ultérieures viennent à l'appui des lois analytiques que nous avons émises, elles seront la meilleure preuve que dans notre théorie, malgré les imperfections inévitables, se trouve quelque chose de conforme à la nature. Si au contraire la loi provisoire se trouve démentie à l'épreuve, les suppositions seront superflues pour en démontrer le néant: son insuffisance pratique suffit à la faire condamner.
Ou voit qu'il y a chez Newton une idée entièrement contraire à celle qu'on rencontre chez Descartes. La certitude physique est pour Descartes identique à la certitude mathématique. Ceci veut dire que le contraire du vrai est inconcevable, que nous ne pouvons pas plus révoquer en doute l'axiome physique que l'axiome mathématique. De là le soin que prend Descartes à mettre ses déductions physiques h l'abri des objections même les plus hasardeuses, comme par exemple celle d'un « malin génie ». II suffirait que cette hypothèse, pourtant bien vague et bien artilicielle, permit (h» soupçonner une loi d'erreur, j)our que la loi diU immédiatement être rejetée au rang des vraisemblances et des chimères. Newton n'eiU accepté en aucune façon qu'on imposât à la physique un contrôle aussi factice. Instruit par les polémiqties qu'il avait soutenues et par le parti pris de ses adversaires, il avait compris que pas une vérité physique n'est telle que le contraire en soit impossible. Aussi bien une objection qui montre seulement que notre théorie peut être en défaut n'est pas une objection dont on doive tenir compte. In pareil procédé de critique ne laisserait debout que la science mathématique. L'hypothèse, par cela même qu'elle est théoriquement toujours concevable, donne l'illusion d'être pratiipiement acceptable. Si l'on va au fr)nd des choses, il n*en est rien. Opposer aux faits (juela nature enseigne des conceptions (jue rien ne soutient, c'est oublier (|u<' TctTort de l'esprit doit
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tondre à se conformer aux faits cl non à plier la réalité aux chimères qu(* nous imaginons. Voilà pourquoi nulle hypothèse ne peut être oj)posée a priori, comme une fin de non-recevoir absolue, à une théorie expérimentale. L'hypothèse est un obstacle fictif, dont le savant expérimental a le droit de ne pas se soucier, lant qu'elle-même n'est pas modelée sur les faits.
Si Ihypothèse ne peut pas servir à faire la critique d*uiie thé()ri<' expérimentale, quel moyen avons-nous de tenter cette critique? Kn déniant aux hypothèses factices le droit de faire contrepoids à Texpérience, ne risquons-nous pas d*ériger les résultats d observation en dogmes expérimentaux ?
Il y a lieu de faire ici une distinction qui edt mise en œuvre constamment par Newton. Entre les hypothèses, une classification est à faire, d'après l'ordre de complexité qu'elles présen- Icnt. Il y a dvs hypothèses qui sont simples, commodes, naturelh's. Celli's-làà cha([ue époque de la science sont en nombre rrlativcment restreint. Ce sont celles qui correspondent sinon à la totalité des observations, du moins à des groupes de phénomèni^s suflisamment généraux. La théorie de l'émission, la théorie des ondulations, la théorie moléculaire de la matière reposent sur des hyj)othèses de ce genre. A côté de celles-ci il en est d'autres, <pii sont à la fois plus compliquées et plus l)arti(ulières. Kilos proviennent (h* ce qu'on a tenté trop tôt (raj)[)li(pi('r h'S hy{)othèses générales à certains faits qui pour se plier à nos idées ont sollicité d(îs conventions supplémentaires. Alors ces hypothèses se sont enrichies d'hypothèses accessoires, et ont Uni par constituer un système (pi'on ne peut plus modifier ni compléter. La théorie cartésienne de la matière subtile, des élénïents spliériqucs, allongés, cannelés, repose sur ini ensendjle d hypothèses de ce genre.
Loi'S(pi une théorie j)hysique nouvelle se présente à l'esprit, d(Mix difficultés peuvent surgir. Ou bien cette théorie va à rencontre (l(»s hypothèses compliquées et bizarres qui ont été créées |)our des «-as s|)éeiaux, et alors le savant ne doit pas s'arrêter à vkA obstacle; la seule conclusion quil soit légitime de tirer est non pas (\\u\ la théorie .soit fauss(», mais que les hy|)othèses adverses sont en défaut. Ou bien nous obtenons des résultats incom[)atibles avec les hypothèses générales et vagues (|ui forment à chaque moment le cadre de la science.
Dans te cas 1 objection est réelle, car si nous contredisons ces hypothèses, cela veut dire que nous contredisons en môme temps l'ensemble de faits positifs dont ces hypothèses sont la représentation. Newton a eu affaire h cette difficulté lorsqu'il a constitué sa théorie de la lumière. Ses premières observations sur le spectre étaient contraires aux conceptions courantes louchant la nature de la lumière. Il ne pouvait a priori considérer ces conceptions comme non avenues, et ériger indépendamment d'elles une théorie originale, puisque les hypothèses traditionnelles sur la lumière, bien qu'elles n*eussent pas de valeur absolue, étaient un schématisme assez commode et s'étendaient à des faits assez nombreux pour qu'on ne pût les abandonner sans raison. Aussi Newlon réfute-t-il avec soin, et une à une, les différentes hypothèses classiques de son temps. Tous les théorèmes de Y Optique qui ^vèchA^niV Experimentum Cruels sont consacrés à faire voir que les hypothèses classiques ne rendent pas compte de certains faits. A cet égard, Newton fait grand cas de la critique des hypothèses. H est essentiel, quand on découvre un domaine expérimental nouveau, de voir si ce don)aine est régi par les mêmes lois que les autres. Mais une fois que par un Experimenlum Crucis on est arrivé à se persuader de l'existence de causes nouvelles, on se trouve en possession d'une certitude de fait qu'aucune hypothèse ne î)eut plus ébranler. On pourra partir de cette certitude pour corriger les hypothèses admises, loin (pi'il faille inventer des hypothèses nouvelles, nécessairement compliquées et factices, pour rétablir l'accord avec les idées courantes. Ainsi le physicien doit se préoccuper de savoir si les faits qu'il observe sont ou ne sont pas réductibles aux faits pour lesquels ont été créées les hypothè.ses générales de la science. Mais une fois celte (juestion résolue, ce ne sont pas des hypothèses spéciales, presque toujours artilicielles, qui doivent l'arrêter dans ses inductions. L'hypothèse peut servir de guide au savant j)our lui indiquer dans quel sens chercher un Experimenlum Crucis. Mais lorsque l'expérience a décidé en faveur de lois nouvelles, les hypothès(\s anciennes ne doivent pas revenir sous forme d'objections ou de réfutations.
Il résulte de ce qui précède qu'on s(* méprend trop souvent sur la portée véritable de l'empirisme de Newton. Lorsqu'on
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piviul texte <le la fomiuIcMiosPrmctpes.'wliypolhcsos non finço*, pour faire de Newton un adversaire a priori de riiypolhèsc,on eonnnet une erreur historique. Ce ne sont pas les hypothèses en ,u:énéral. ce sont It^s liypothèses /?c/< rcs que bannit Newton, et par ce mol il faul entendre les hypothèses qui sont inventées arhitrain^ment pour faire pièce à une théorie expérimenUile. C'est donc l'usage <le Ihypothèsc comme instrument de criti- <pie, plutôt que son utilité en général que Xewton nie absolument. 1/hypotlièse |)eut être légitime à certains égards, mais elle est ccrlaincMiient illégitime comme moyen de polémique, conune lin (W n(>n-rec(»voir opposée sans preuve à des aflirmalions raisonnéos. La formuler hypothèses non fingo » ne traduit en somme (pie la déconvenue éprouvée par son auteur dans Tc^xposé d(* ses recherches. Là où II espérait que le récit (hvses expériences entraînerait l'adhésion immédiate du monde savant, Newton s'était h(Mu-té au mauvais vouloir des dogmali- (jiiescMdétésrlhypothèses. C'està ccuxquesa formule s'adresse et c est aux hy|>()lht'ses dogmatiques qu'il en veut. Mais à cùlé du rôle dogmatiipie. l'hypothèsi^ ne peut-elle pas jouer un rôle suggestif? S il (^sl «langereux d(» l'opposer aux faits, n'est-ilpas possible d(» l'utiliser dans la coordination des faits? C'est la (piestion (pi'il nous r<\sle à résoudre si nous voulons pénétrer LUI co'ur de la conet^ption newtonienne de l'hypollièse.
De n)énie (pie Newton n'acc(»pte pas qu'on lui oppose les hypothèses des autres, il se refuse à présenter sa théorie comme une hypothèse îuialogue aux autres, comme une réfutation dogmatique d'autres dogmalismes « Je préférerais, écrit-il, à Pardies*, si je n'avais pas des raisons démonstratives de le croire vrai, réjHidier mon système conuiKî vain et futile que le défendre* comme n\w hypalhèse i{\\\ soit mienne. » 11 y a pourtant dans ['u'uvre de* Newton une partie essentielle qui n'est faite que d'hypothèses. Nous voulons parler de l'appendice fragmentaire qui termine \' Optique et qui est intitulé <c Qua^stiones ». Déjà souvent nous avons eu l'occasion (h* faire allusion à ce passage, dont la forme est complètement dilTérente tant de la forme d<\s Principe:^ que de celle du reste de VOptique. Ces questions alTectent régidièrement la fomn» dubitative: « Est-il