‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 128 sur 183 · Cf. Traité de VEAistence de Dieu. éd. ITiî, j · texte numérisé non relu

Cf. Traité de VEAistence de Dieu. éd. ITiî, j

priori, sinon comme axiomes clairement énoncés, du moins comme tendance invincible.

Newton appartient exactement à la môme disposition d'esprit. Pour lui aussi les vérilés fondamentales de la métaphysique et de la religion sont au delà des atteintes <lu doute, ou du moins Tidée ne s'est jamais présentée à lui d'un doute s'él(*vant jusqu'à ces objets. A la différence d'un esprit comme Descartes, pour (jui le doute méthodique s'étend d*abordà toutes choses, et ne se limite que par sa propre impuissance. Newton n'a jamais songé à soumettre à une critique métiiodicpie les principes essentiels de la foi. Il y a même plus. Jamais Newton n a songea la possibilité dune opposition entre les r(»ligions révélées et ce qu'on pourrait appeler la foi naturelle. Les croyances métaphysiques chez lui revêtent d'emblée la forme chrétienne. S'il s'écarte sur quelques points delà tradition authenti(|ue<lerfiglise, ce n'est pas par un rationalisme hardi quis OITuscpie des obscurités. Les bizarreries que contient parfois sa <loctrine sont (*IIes-mêmes empruntées à une orthodoxie, au dogmatisme particulier reçu dans le milieu où il vivait. En d'autres termes, Ne» w ton, malgré son goût des choses théologiqu(»s, peut-éire à cause de ce goût, est resté un croyant au sens le plus ordinaire du mot. La religion ne s'est jamais posée à lui comme uri problème, mais comme un fait, et c'est parce que la religion implicjufî toujours une part de métaphysique qu il va être amené à compléter par la métaphysique l'ensemble (le sa Philosophie Naturelle.

Si la métaphysicjue de Newton n'était que l'expression naïve de ses croyances et de» son éducation, elle cesserait de nous intéresser. On pourrait alors ranger son auteur dans cette catégorie assez nombreuse d'esprits qui ont su diviser leur pensée en deux parts, pratiquant la méthode positive en matière de science» et lidèles à l'autorité en matière de croyance. Mais Newton appartient à un temps où des distinctions si radicales n'étaient pas possibles. A peine libérée par Dcscarles des contraintes de la tradition, la pensée philosophique, chez Descartes lui-même, avait cherché à reconstruire un lien systématique entre le monde donné et l'absolu. A plus forte raison Locke, Newton y et tous les penseurs dont ils furent les maîtres, sentaient-ils le besoin d'un lien de ce genre. Un sys-

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tème scientifique, si parfait soit-il, ne donne pleine salisfaclion à l'esprit que s*il ménage une transition facile à des intuitions d'ordre supérieur. Le soin même que prend Newton d'éliminer, au cours de la science, tout ce qui n'est pas positif, le laissera plus libre de rattacher la science dans son ensemble, par des liens qui cessent d'être positifs, à un ordre nouveau.

C est un dos traits essentiels de l'esprit cartésien de placer les vérités métaphysiques à la base de toutes les autres. Ce trait n'est pas particulier à Descartes, on le retrouve dans toutes les doctrines où l'on admet une certitude unique, absolue, certitude qu'il faut posséder d'abord sur les objets les plus simples avant d'en rechercher les conséquences dans les matières plus compliquées. Le platonisme commence par une métaphysique d'idées, l'épicurisme par une métaphysique d'atomes, le cartésianisme par une métaphysique du moi. Tous trois, malgré les différences profondes qui les séparent, ont cette tendance commune d'envisager la science comme un corollaire d'intuitions premières : toute connaissance particulière est réellement fondée sur la métaphysique, si l'on entend par là qu'à chaque moment de la science, la certitude est directement rattachée à quelques axiomes primitifs. Cette tendance est la tendance métaphysique par excellence. Elle attribue aux vérités métaphysiques une importance si grande qu'il est impossible de rien entreprendre sans elles. Les sciences particulières, même les plus modestes, manquent de méthode et de direction si elles ne prennent pas leur point de départ dans les résultats de la métaphysique. Celle-ci est à proprement parler la science unique, universelle. Les autres disciplines ne font qu'accroître le contenu de certaines idées dont la vérité nous est connue tout d'abord. Entre la métaphysique et les sciences positives il n'y a donc pas partage d'attributions. La métaphysique englobe dès le principe toutes les autres sciences, celles-ci se développent à côté d'elle, en se nourrissant d'elle.

On peut concevoir une autre attitude. Ce serait celle du positiviste parfait, qui se refuse à admettre aucun rapport entre les sciences et la métaphysique. Sur toute métaphysique possible, la science présente un avantage immense, c'est celui d'exister et de se subvenir à elle-même. Il est un fait que les métaphy-

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sicicns los plus obslinùs ne peuvent contredire. Les scienc<*s. en se contentant de la certitude qui leur est propre, vont plus vite et plus loin que les systèmes métaphysiques les plus certains. Pourquoi ne pas renoncer alors à toute connaissance transci'ndante, ou si Ton désire faire une concession à l'imagination et au c(i ur, pourquoi ne pas reléguer la métaphysique en dehors de la science dans une région où elle sera à la fois inattaquable et inoiïensive ? Ce devait élre l'idée du demipositiviste que sera Kant, c était déjà h l'époque de Newton l'idée de certains physiciens qui tendaient à une séparation complète de la physique et de la métaphysique. « Certains physiciens ont développé des hyf)othèses qui expliquent tous les phénomènes par des causes mécaniques, et ont rejeté dans la métaphysique la contemplation de toutes les autres causes*... » 11 y a là ime allusion certaine à Bacon et à ses imitateurs, c est-à-dire à tous ceux qui établissaient un partage entre les causes Ihiales et les causes efficientes, celles-ci revenant de droit à la science, les autres étant réservées à la croyance. La métaphysique, au lieu d'être comme chez Descartes intimement mêlée à la physique, est située en dehors d'elle. Des esprits plus hardis diront même qu'on peut s'en passer.

Newton ne pousse pas la hardiesse à ce point. S'il n'est pas métaphysicien à la manière de Descartes, il le demeure d'une manière qui lui est propre. Nous allons retrouver ici un des traits caractéristiques de la philosophie newtonienne, savoir l'esprit de continuité.

Il est impossible qu'il y ait séparation brutale entre le domaine naturel et le domaine transcendant, cela serait contraire à la loi de continuité. Il n'est pas moins impossible que le rapport entre ces deux domaines soit celui qu'a admis Descartes, un lien de dépendance a priori de la science par rapport à la métaphysique. La métaphysique n est pas au cœur de la science, elle n'est pas non plus en dehors d'elle ; Texpressiou la plus correcte serait de dire qu'elle est à la limite de la science. Il faut entendre par là qu'on peut passer de la connaissance des faits positifs à une connaissance plus haute,

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