‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 129 sur 183 · V. Quaest. Opt. XXVIIl · texte numérisé non relu

V. Quaest. Opt. XXVIIl

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mais que ce passago ne peut jamais se réaliser actuellement. Il n'existe pas un raisonnement déterminé, une preuve particulière qui nous permette de franchir Tespace qui sépare un fait d'expérience, fût-il aussi clair que le cogito, d'une connaissance de l'absolu. A plus forte raison serait-il absurde de poser dès le début de la science une pareille connaissance de l'absolu, et de prétendre en tirer par la seule déduction les conclusions particulières à l'expérience donnée. Nous devons en toutes choses tenir com[)te avant tout des faits.

Or parmi les faits il en est un que nul savant ne songera h contester, c'est que la science, aussi loin qu'on suppose poussé le progrès continu dont elle est susceptible, laisse un domaine ouvert, ne donne jamais une explication dernière. Si une métaphysique demeure possible, c'est dans ce domaine quil faut la cher(!her. A la limite (\\trème du lerrain actuellement conquis par la science, nous rencontrons des confins mal connus, où la connaissance des causes mécaniques n'a plus lieu. Peu importe que ces contins eux-mêmes reculent sans cesse devant nos efforts, nous rencontrons toujours, à la limite des explications dont nous sommes sûrs, quelque chose d'incertain qui réclame une explication métaphysique. En ce sens il est juste de dire que les causes secondes mènent nécessairement à la recherche d'une cause première.

L'erreur de Descartes, identique à l'erreur d'Aristote, a été de penser que cette cause première pouvait être connue d'un seul coup (slatim). Ils ont cru qu'on pouvait une fois pour toutes établir les fondements métaphysiques de la science, et sur ces fondements construire comme sur le roc. La vérité est que les causes métaphysiques sont de celles dont on approche sans cesse sans arriver à les atteindre jamais*. Elles sont comme ces limites de quantités évanouissantes dont le calcul infinitésimal offre l'exemple et auxquelles on est nécessairement conduit sans que l'esprit puisse les saisir d*un regard. Plus nous avançons dans l'élude systématique des lois physiques, plus nous nous approchons de problèmes comme celui-

i. V. Quœst. Opt. XXVIII. « Utiqup si verus oinnis factus in hac philosophie progressus non quidcm slatim nos ducil ad causie primœ cognitionem et ccrte propius propiusque nos ad earn pcrpctuo adducit,oaque res permagni est a^stimanda. »

ci : « Comment se fait-il que la nature ne lasse rien en vain ? A quelle fin ont été créées les comètes, etc. ?* » Ces problèmes se posent à nous avec une insistance d'autant plus grande que nous les avons plus néglijçés d'abord pour n'envisager que l'aspect m6cani(juc des choses. « C'est l'oflice et le but de la philosophie naturelle, non seulement d'expliquer le mécanisme du monde, mais encore et surtout de s'élever par le raisonnement des elTets aux causes, jusqu'à ce que nous arrivions à la cause preniière, qui sans aucun doute n'est pas mécanique 2. »

Comme on le voit, Newton est placé très nettement au point de vue opposé de celui de Descartes. C'est en s'élevant des elTets aux causes, et non en suivant la voie inverse, qu'il espère approcher de plus en plus de ce qu'il nomme la cause première. D'oii sait-il que cette cause première existe ? Quelle est la notion ({u'il s'en forme? Nous avons déjà dit que sur ce point Newton ne discutait pas. Il acceptait sans hésitation l'existence d'un Dieu vaguement conçu. L'originalité de son système est d avoir mis ce Dieu, non au début, mais à la fin de la f)hilosophie. Il a libéré de la sorte la science positive de toute contrainte et ch» toul préjugé, en même temps qu'il ménageait un passage continu des derniers aperçus de la science aux premières aspirations du sentiment.

Ce passage est déjà indiqué dans lesQuxstïones optiae. Il y est fait allusion aussi dans le Scholie général des Principes. On sait avec quel soin Newton se défend en général d'afïirmcr quoi que ce soit sur la nature intime de l'éther. L'éther est un exemple de « bonne hypothèse », ce n'est pas autre chose, et un physicien scrupuleux ne peut même pas affirmer que l'éther lumineux soit identique à l'éther de la gravitation, ou celui-ci à l'éther magnétique. Mais il eût été surprenant que Newton gardât jusqu'au bout une semblable réserve. Là où il pouvait développer ses hypothèses sans risque de porter atteinte à la valeur démonstrative de ses ouvrages, il est naturel qu'il ait énn's des vues i)lus hardies et plus dogmatiques.

Parmi ces vues, la plus intéressante sans contredit est celle

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