V. Cantor, Gesch. d. Math
simples rivalités, a laissé ces méthodes stationnaircs. L^étude complète de cette querelle donne surtout des aperçus curieux sur la psychologie de Leibniz, de Newton et des principaux savants de leur temps. Mais elle fournit fort peu de renseignements sur les traits distinctifs du système de Newton et du système de Leibniz.
Ajoutons que même au point de vue de l'érudition, il n'y a pas (le véritable problème. La question de priorité est réglée d'une façon non ambiguë par la date des écrits et des publications des deux adversaires. Il est certain que Newton, 1res longtemps avant Leibniz (1669), a été en possession d'un système complet de calcul différentiel. Leibniz de son côté a publié ses premiers résultats à une époque ou ceux de Newton n'étaient pas encore connus du public (Lettre de Leibniz h Newton, 1677). Est-il besoin d'ajouter qu'aux yeux de l'histoire le mérite vrai d'une découverte ne peut jamais s'attribuer, par parts déterminées, à des individus quels qu'ils soient, puisque l'origine en demeure collective et la véritable genèse anonyme ?
Leibniz fit en 1673 un premier voyage à Londres, comme envoyé extraordinaire de la Cour de Mayence. Il fit la connaissance personnelle AOldenburg, avec qui il entretenait déjà une correspondance, et lui communiqua le seul résultat auquel il fiU arrivé à cette époque, la série numérique qui donne la quadrature du cercle ^ Deux ans plus tard, Oldemburg lui apprit par lettre que Newton venait d'inventer une méthode générale de quadrature, et la réponse de Leibniz (30 mars 1675j ne laisse aucun doute sur ce point que Leibniz n'avait à ce moment trouvé rien d'analogue ^ Au mois d'octobre 1676, Leibniz passa de nouveau une semaine à Londres et fut présenté à CoUins, que Newton avait tenu au courant de ses travaux. Il n'en a pas fallu davantage pour accuser plus tard Leibniz de plagiat. Il est cependant certain qu'il n'a pu recevoir de CoUins que des indications très vagues sur l'état des recherches de Newton. hAna-
i\ UMhniz. Math. Sdirifti^n, Berlin 1841), T. I, p. 58. Leibniz ne fait mention «lans «t^Ue lettre d'aucune invention personnelle et se contente de dire que la méthode de Newion, si elle est générale et commode, mérite certainement d'être prise en considération.
lysisper ^Eqtiationes Infînilas, qu'on a retrouvée en copie dans les manuscrits de Leibniz porte déjà sa propre notation, d'où résulte évidemment qu'il l'a reçue à une date ultérieure*.
Par l'entremise d'Oldemburg, Leibniz entra ensuite on relations directes avec Newton. C'est de cette époque que datent les lettres importantes de Newton à Leibniz (i3 juillet 167G, — 24 octobre 1676) où déjà Newton réservait ses droits de priorité - et les réponses de Leibniz (27 août 1676 — 21 juin 1677) où ce dernier prétendait déjà à une généralité supérieure '*. Il semble bien qu'à cette époque Leibniz ait été en possession de l'essentiel de sa méthode, et qu'il en doive les premières suggestions non pas aux allusions de Newton, mais àTétude approfondie de Fermât, de Wallis, de Barrow, de Sluse et de Iludde. C'est en 1684 et en 1686, en un temps où Newton faisait encore mystère de ses procédés de quadrature, que parurent dans le Journal des Svavans les deux premières publications de Leibniz touchant la méthode infinitésimale ^ Leibniz y rend hommage aux travaux éminents de Newton, et Newton en 1687, dans un Scholie des Principes rendit à Leibniz ses marques de courtoisie.
Il serait bien difficile de comprendre comment un désaccord quelconque aurait pu surgir entre deux esprits aussi conscienls de leur valeur, s'il ne fallait compter avec les rivalités d'écoles, qui ont toujours été la source des disputes scientificiues. Ce n'est pas Newton ni Leibniz, ce sont les disciples do Newton et les disciples de Leibniz, poussés par un zèle excessif ou une vue exclusive des choses, qui ont opposé Tune à l'autre deux méthodes faites en réalité pour se compléter. Que manquait-il à la méthode de Leibniz pour devenir l'égale de celle de Newton ? L'interprétation physique qui permettait à Newton de sou-