‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 121 sur 223 · Y. Préface des Principes, IG8G · texte numérisé non relu

Y. Préface des Principes, IG8G

2. Jôid. « On s'est proi)OSé dans ci' traité de eonlribuer à cet objet, en cultivant les mathémaliques dans ce qu'elles ont de commun avec la Piiilosophie Naturelle ».

[.A IMIYSIOri': KXI'Kni.M'NTAIj: ET LllYl'OTIIÉSr. 417

l'envisager comme une première tentative, assez malheureuse, de réduction des phénomènes à un petit nombre de causes élémentaires. Les (( (pialités », les « facultés », les affinités » étaient autant d'hypotlièses schématiques autour desquelles venaient se g-rouper des classes de faits plus ou moins bien définis. Remarquons ((uun grand nombre de ces termes se retrouvent dans le vocabulaire de la science moderne. Les qualités de la matière, ses affinilés, sont des expressions dont personne aujourd'hui ne trouve à critiquer 1" usage. Et pourtant ces mêmes expressions ont valu à Newton «lardentes polémiques, et le gn-ief de fair(> retour aux chimères métaphysiques dAristote. C'est que Newton est justement l'auteur de la transformation importante (|ui s'est opérée dans le sens de cette expression : qualité de la matière, et notre langnic profite aujourd'iuii de la sécurité (pi'il lui a conquise.

Une qualité de la matière n'est à aucun deg-ré quelque chose d'occulte, il faut au contraire entendre par ce mot ce qu'il y a de plus intelligible dans les phénomènes. Lorsque Newton parle de la gravitation comme d'une (puilité inhérente à toute nuitière, il faut se garder de faire intervenir dans sa pensée la moindre idée de causalité. La gravitation n'est pas la cause qui produit le mouvenicnl de l'uiiixcrs. Luc [)areill(' cause nous est inconnue et indifférente. VMc n'est pas non plus une qualité dernière au-delà de laquelle on ne peut remonter. Tout porte à crcuiT au contraire ({u'avec le progrès inévitable des mesures nous serons amenés à voir dans la gravitation un phénomène à son tour très (■ompli(pu'>, et fondé sur une « (jualilé » plus sim|)le, p.ir conséquent ))lus essentielle de la matièi-.-. ponr Newton, les qualités matérielles sont avant tout des iinaliléaniani fentes (((ualit;it(>s manifesta''). Klles sont une représentation simi)le cl commode g-ràce à hupielle l'unité s'introduit dans une l'oiile de repr(''sentations connexes. Sé[)arées de loiilr i(l('-e de eausalité, elles iTont plus pour but d'explitpier le |.oinqiioi (les |)li(''nomènes, mais de f.iire comprendre et retenir leur genèse em|»irique. Ce sont bien Içs éléments simples dont toute; réalité découle. .Mais celte dérivation n't'sl pas occulte, elle ne ressemble |tas à rémanalir)n mystérieuse de l'ellVl sortant de sa cause, (^'est une pin-e genèse (Wplicalive, desci'iplive. Miathémaliipie « Li'S (pi;dit'''S de l.i malière ne doivent Itr.iii.ii. JT

pas être imaginées comme naissant de formes spécifiques, mais comme des lois universelles de la nature, par lesquelles les choses sont formées. De tels principes existent effectivement, l'expérience nous le montre, bien que leurs causes ne soient pas encore expliquées. De toutes façons, ce sont des qualités manifestes, et leurs causes seules demeurent occultes... '■ ».

Ainsi le moyen âge avait pressenti qu'il y a dans la réalité physique réduction possible, réduction nécessaire. C'était là une idée scientifique et qui devait porter ses fruits. Seulement les Scholastiques se sont trompés en essayant de faire cette réduction de la même manière qu'Aristote, c'est-à-dire en ramenant ce qui est positif, intelligible, vériiiable, à des causes métaphysiques et obscures. C'est sans sortir de l'ordre physique que la simplification du réel doit se faire. A la recherche des causes il faut substituer celle des lois et réserver le nom de « qualités » aux propriétés relatives exprimées par ces lois. De cette façon nous faisons faire à la pliysique un progrès important. Nous réintégrons dans la science expérimentale ce que l'on croyait supérieur à toute science. C'est l'opinion de Newton lui-même que la réduction de faits multiples à un petit nombre de faits primitifs « est un grand progrès dans la philosophie, même s'il reste à découvrir encore la cause de ces derniers - )). Cette cause se cherchera à son tour non dans le domaine transcendant, mais parmi des lois manifestes De la sorte nous ne sortirons jamais du domaine empiriquement connaissable, et pourtant nous parviendrons à une science de plus en plus systématique, parce que les « qualités » dont elle fait état seront la traduction de plus en plus exacte des faits.

La méthode de Descaries était elle aussi une méthode de réaction contre la physique de l'Ecole. On connaît les critiques, surtout iioiiiqucs, adressées j)ar Descartes à la ])hysique

1. V. Opl. Quucst. XXXI, sub. fin. « UUqnc (juiililales ipsfo suiil niaiiif'eslse, earumque causée solum occulta? ».

2. V. Op/. Qi/scst. XXXI. '< Philosopliifo uaturalis prourc.'^.siini impcdiunl istiusuiodi (lualitatcs (occluta^), idcoque nuperi.s Iciiiporibu.s rcp'cla' sunl... AI ex pluonomciiis naturceduu \v\ Uia dcrivare generalia luolu» piincipia ; et (k'inde- e.xplicarc (lucMuidiuoduiii |)roprietal('s et acliones rcruin coiijoreariiiu oiiuiiuni e.\ piiiHi|)iis istis luauifestis cousccpianlur. id vero niagnus esset factus in j)iiiio.su|)lna |)roj^ressus, etiani.si |)iiii(ipiiiriiiii Lsloruni Gausse iioihluni e.sseiif ciignita" ».

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d'Aristole, cl la manière dont ces critiqiies'furent développées par Malebranclie^. Mais si les qualités occultes sont rejetées par Descartes, c'est pour une raison toute différente de celle qui guidera Newton. Nous venons de dire que ce dernier était choqué surtout du caractère métaphysique, parlant hypothétique, de la physique de iKcole. Ce (pie Descaries trouve défectueux dans les théories d'Arislote et de ses successeurs, c'est principalement le caractère ima<,^inatif (le leurs principes. Chaque fois qu'il s'agit d'exj)li(iuer les effets d'un agent naturel, les Scholasliques ont recours à une forme suhstantielle qu'ils s'imaginent précisément de façon à l'adapter à leurs démonstrations : « Le feu est un élément chaud et sec, c'est donc un élément qui assemble les choses de môme nature, et qui se contient facilement dans ses i)ropres bornes, et diflicilement dans des bornes étrangères. L'air est un élément chaud et hiunide, c'est donc un élément qui assemble les choses de même genre, el qui ne se conlienl pas facilement dans ses |jropres bornes, mais dans des bornes étrangères -.

De telles défmilions sont sans valeur, parce qu'il est liop commode de les plier à des démonstrations différentes. Elles sont le produit de l'imagination et des sens, au lieu d'être posées par la seule raison. On comprend qu'en se laissant inspirer par ces idées confuses les Scholasliques aient trouvé nécessaire de sup])0scr des « formes » nouvelles chaque fois <|iie l(Mn- alteniion se portait sur un ordre de phénomènes non inimédialemenl réductibles aux ordres déjà connus. Les qualités calorilicpies, frigorili(pies, lumineuses, magnétiques, ont dû s'introduire successivement dans leur doctrine. i)arce (pie la sensation seule el l'imaginalinii ne pcMiveid par ell(>smêmes trouver ancnii lien eiilic des phénom('nes aussi disparates que ceux de la lumiî're el de la elialeiir. par e.vemple. Mais c'est le pruprc de I (•sj)rit scienlili((ue d'inirodinre riinih'-, par des délinilions rationnelles, là où les sens ne voient que confusion. Dcîscarles démontre ({u'une seule qualité est véritableiiieid irdiéi'enle à la matière, c'est l'étendue avec la propiif'-b- d èlrc mue. Lorsqii au lieu d'observer les pliénom(Mi(^s

1. lleck. de la vérité, I-, VI, l|« I'. Cli. II, III. V. -. Uccli.ttela vt-rih-, \:i\. Itiniillii-r, T II |i. in'J.

avec rinstniment défectueux que sont nos sens, nous recons truisons l'univers par les seules forces de la raison, 1 étendue est la seule qualité que nous soyons partout obligés d'admettre. Elle ressemble par un point aux qualités occultes, c'est qu'elle est une qualité ultime à laquelle nos facultés d'analyse s'arrêtent. Mais elle s'en distingue très notablement, d'abord parce qu'elle est claire et distincte, et ensuite parce quelle est destinée à demeurer unique.

La physique de Descartes n'apprend que peu de chose sur sa façon de concevoir la méthode expérimentale. 11 semble que Descartes ait mis un soin jaloux à dissimuler autant que possible le rôle de l'expérience dans la coordination des faits. 11 ne la fait intervenir que pour décider entre des solutions théoriques également séduisantes a priori. ^ « Aller au devant des causes par les effets », telle est la formule par laquelle il caractérise la fonction scientifique de l'expérience. Elle signifie que la méthode expérimentale est purement subsidiaire, et qu'il faut l'employer seulement dans les cas où une question demeure géométriquement indéterminée.

Il y a plus. Quelle que soit l'importance pratique que Descartes donne aux expériences, on ne peut dire qu'il y ait chez lui l'idée d'une méthode expérimentale. Méthode implique évidence, et l'observation ne peut jamais donner lieu à des intuitions évidentes. Elle est abandonnée à l'instinct du savant. Les artifices expérimentaux sont toujours précaires, il n'y a pas de règle qui préside en tous cas à la conduite des expériences. Aussi malgré certaines affinités indéniables, 'n'est-ce pas de Descartes que Newton relève. Descartes, comme Newton, s'oppose au moyen âge, car la conception fondamentale du moyen âge, la recherche des choses transcendantes, équivaut pour lui à la négation de la science. Mais la physique newtonienne est seule indépendante de toute métaphysique. Descartes, malgré le mépris qu'il affecte pour ses prédécesseurs, n'a pas suivi une voie radicalement nouvelle. A la métaphysique confiise des scholastiques, il substitue non l'analyse des faits, mais iu)e métaphysique encore, plus claire et plus distincte. Au lieu de cela la physique de Newton s'édifie indépendamment de toute

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