A. Sdv. orf/nnuiii L M
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los expériences grossières jouent un rôle analogue. Elles servent à dégager les notions primitives, — chaleur, élasticité, fluidité, etc — dont toutes les autres sont des conibinaisons. Revêtues d'une forme mathématique, elles permettent d'énoncer les lois élémentaires dont toutes les autres sortiront par le calcul. Néanmoins de pareilles expériences ne seront véritablement uliles que si elles peuvent se compléter par des expériences plus précises, plus rares, plus difficiles. La précision ne doH pas au début de la science, dépasser un certain degré. Mais il ne faut pas, une fois la science faite, quelle soit limitée à un certain degré. 11 est nécessaire que la méthode expérimentale nous fournisse des renseignements de de plus en plus complets, des données dont l'exactitude soit en rapport avec l'exactitude de nos connaissances.
Voilà pourquoi on ne peut accorder à Descartes que la méthode expérimentale ait pour unique objet d'aller « au devant des causes par les effets >>, c'est-à-dire de vérifier nos calculs. Car alors le même degré de précision devrait suffire dans toutes les expériences. La géométrie fournit sans erreur les conséquences compatibles avec nos prémisses, et si ces conséquences sont ambiguës, il suffira toujours d'expériences sommaires pour lever l'ambiguïté. Les expériences simples, vagues, presque qualitatives, subsisteront donc dans toute la physique de Descartes, et il est remarquable en effet que Descartes se contente, même dans les questions délicates, de vérifications toutes superficielles. Pour Newton au contraire il est de l'essence d'une méthode, — et cela est vrai de la méthode expérimentale comme de la méthode mathématique, — de s'appliquer dans des conditions différentes à la constitution des différentes parties de la science. L'expérimentation doit-être progressive, c'est-àdire qu'on ne peut se contenter à la fin de la science, dans les questions déjà étudiées en gros, de l'exactitude qui était bonne au début. 11 faut (juc la précision aille en croissant h mesure que nos connaissances s'achèvent, vi à partir d'un certain point de développement la science ne peut plus accepter d expériences dont l'exactitude soit moindre qu'un nombre donné. 11 résulte de là que toutes les expériences ])euvent, connu*' \o pensait Uescartes, être reçues dans la philosophie naturelle. Mais celle-ci n'en saurait faire usage sans ordre et indistincte-
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ment. Les expériences doivent se graduer d'an bout à 1 autre de la pliysiqiie. Le jour où la science sera près dôlre faite, elle ne pourra plus tirer de résultats nouveaux que d'expériences dont la précision sera près d'être illimitée.
Chez Xewton comme chez Jiacon rcxpéricuce n'a pas pour rôl(> uni(pic de vérilier la théorie, elle sert également à la suggérer. C est là un point (pii ne pouvait se concilier avec les idées de la pliilo.sophic cartésienne, puisipie la pliysi(iue de Descartes doit se construire logiquemenl , sans secours antérieur, en partant de la métaphysique.
Newton admet que la science, renonçant aux synthèses universelles, s'attaque sur des points différents aux problèmes naturels. La mécaniipn', lOpliipie, lélasticilé étudieni cliarnne indépendamment inie partie du réel. Il faul donc (pi'elles enqîruntent an n'-ei les pi'incipes (pii leur serxironl de base. La mécanique ralioimcdle a depuis longtemps su dégager de l'observation des faits un certain nombre de constatations générales qui ont pu être érigées en a.\iomes. Les autres sciences ont lardé davantage à poser ilétinitivement leurs principes. Cela lient pour la plupart d'entre elles à ce qu'elles ont méconnu I originalité de leur objet, et ont cherché à le réduire arbitrairement au rang d'objet mécanique. Gassendi et les atomisles modernes sontjustcment tombés dans cette erreur. Bien qu'ils lissent profession d'empirisme, ils n'ont pas su procéder à des expériences spéciales chaque fois qu'il s'agissait d'un ordre de phénomènes spécial. L'expérience mécanique leur suflisait, et en léteiulantà toute la physi(jue, ils ont fait ime généralisation arbitraiic, de tous points semblable à celles qu'ils reprochent à l'Kcole.
L'expérimentateur positif floit j)rocéder à des ex()ériences nuant de supposer aucune théorie. Il est même bon d admellrt^ a /n-iori <|ne les phénomènes étudiés sont irréductibles à ceu.x que nous connaissons déjà. Les observations auxquelles ils donnent lieu seront plus libres et |)lns impartiales '. (l'est seulenn-nt une fuis (pu' les exjx'riences sont laites et (pidn les
1 C'est aillai (|iie .Ni-wtoii ilil cxpressi-mont diiii.s les l'riiicipes (L. Il, S. 7, Scliolic, K.\|). 4| << avoir riilirpris les exprriciirrs «iiioii vient de ili'criic piiiir (Ircoiix i-ir les n-sistniices des liiiides avunl il'uvoir la lliéorie qui est exposée i-l djiiis les Propositions prérédentes u.
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a interprétées qu'il est loisible de vérilier si elles sont réductibles à des expériences déjà systématisées. A vrai dire, la lecture de y Optique, c-omnie celle des PriHcipe&^oxxrriùi, par la forme de l'exposition, laisser méconnaître les intentions de Newton. La suite mathématique des déductions semble ôter aux expériences toute valeur sugg-estive pour ne leur laisser ])ius qu'une fonction de contrôle. Mais il esl facile de voir que sous cette forme mémo, les expériences s'introduisent au cours du raisonnement et en fournissent réellement la matière. C'est en vain qu'au début du Livre III des principes, Newton affecte la rigueur déductive : il est ol)lig'é de mettre à la base de ses déductions ce (pi'il nomme des «p/iéno?,»i(}«<?sw, c'est-à-dire des faits particuliers destinés à suggérer la gravitation universelle. De môme dans l'exposition de ses découvertes optiques, c'est toujours par un système d (\\])ériences qu'il arrive à Ihypothèse de la dispersion, et si cette hypothèse semble naturelle, c'est qu'elle résume des propositions « de fait^ ». On peut en dire autant des théories rudimentaires que Newton donne de l'action chimique-. Ces théories ne sont pas déduites a priori et confrontées ultérieurement avec l'expérience. Quelque vagues et imparfaites qu'elles soient, elles ont été suggérées d'abord par l'expérience, qui seule peut donner des indications valables.
L'expérience intervient au début des théories pour en suggérer les principes. Elle reparaît lorsque ces théories sont faites, comme instrument de vérification. Entre ces deux moments la science se développe par l'emploi méthodique du calcul. Nous touchons ici au point où se rejoignent la physique expérimentale et la physique mathématique, et comme New^ton est le premier à en avoir nettement saisi les rai)ports, il convieni de montrer comment la certitude mathématicpie s'associe |)oiir lui à la certitude expérimentale.
Si la physique était mathématiqtn^ vn ce sens qu'elle partît de principes nécessaires, immuables, (>t (pfcllc les développât conformément au.\- lois géométriques, il esl clair (pie la certitude des principes suflirail à garantir sans restriction la certi- IikIc iiidélinie des conséquences. Telle est la conception niéta-
\. Cf. liesp. ad Kpisl. uinj. l'iiil. Timiiss ii" 06.» lia- iliia' piopositioncs facti .su lit ».
i. Cf. DeNaiura Acidorciii. iWi.
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])hysiquc (li> la physique, toile est la façon de voir de Descaries. Mais pour Newton l'idéal mathématique convient à la physique -ous luie double réserve. D'abord, ])Our que la rij^ueur n'exclue ])as l'objectivité, il faut que les principes mathématiq'ues de la physi<nu; soient emprimtés à le-xpéricnce. Ensuite, pour qu'une |)la((^ demeure libre à l'interprétation de faits nouveaux, il faut que la rigueur du lien déduclifne soit jamais assurée qu à un tlegré d'approximation délerminé, de façon qu'au delà de la précision acquise des lois i)lus approchées puissent apparaître.
Alors il devi(Mit possible qiu^ la certitude ^géométrique soit (■ompalil)l(\ sous certaines conditions, avec une certaine» mesure d'iiie\aclitud(\ liCS axiomes foiidanieiilaiix de lascience ^(jnt des ;q)pro.\imations d'un certain Ordre, et la valeur prati(jue des conclusions (pii <mi découlenl déj)(>nd de l'ordre de cette approximation. On peut supposer cet ordre si élevé (ju'on voudra, il arrivera un moment, dans la synthèse de la sciencGj où dans les conséquences très éloignées se manifestera l'insufli- -aiice des prémisses. C'est en effet le ])ropre de la méthode nialhémati([uenon seulementdc maintenir dans tout le cours dit ealcid les erreurs qui ont été commises dès le début, mais de les iiiulli|ilier par la répétition des opérations. Les petites erreurs commises dans les théorèmes successifs vont en s'ac- : cumulant jusqu'au dernier, et si celui-ci est assez éloigné des principes, elles Uniront par prendre uii(> valeur très grande. I)«i la sorte, loin de se corriger elle-même, une méthode j)uremenl géométrique; (init nécessaircuiient par mettre en évidence l'imperfeclioii (\r. ses axiomes. Arrivée à ce point, elle n'a d atUre ressource (pie d'abandonner le système erroné pour reconstruire, sur nouveaux frais, un système plus comphH. Mais celui-ci est coiidamiK' par sa nature à disparaître de la même façon, si bien i|iii' la ceililud(» géométricpie, privilège apparent dune physique d('(bicl ive, cède la place à uno hésilalioii coiil iiiiielle e( à la simple vraisemblance.
Il n'est (jii lin moyen de remédier à ce mal, c Cst de placer re.\|)érience non seulemeni an drbul, mais h chacune des étapes delà science. Si, tout en parlant <ra.\iomes expérimenlaux, la |)liysi(pie préleiidaif s'ériger en système j>ar la seule force du calcul, elle pourrait conduire à des contradictions
que le raisonnement ne saurait lever. Il y a des problèmes où kl discussion algébrique amènerait à admettre des densités négatives \ des forces imaginaires, etc., là où la nature ne peut reconnaître que des grandeurs réelles positives. Toute quantité mathématique nest pas interprétable physiquement, et il y a dans le théorème le plus rigoureux une part de convention qui peut se trouver en défaut. C'est précisément là ce que nous voulons éviter lorsque nous disons que l'expérience est nécessaire comme instrument de vérification. Pour Newton comme pour les modernes, une vériiication expérimentale nest pas une seconde preuve destinée à sassocier à la preuve théorique. La valeur des vérifications ne vient pas de cette idée que deux preuves valent mieux qu'une, car rien nautoriserait à s'en tenir là et à ne pas vérifier la vérification elle-même. Une expérience de contrôle a essentiellement pour but de montrer qu'à V ordre (f approximation dont on est convenu de se contenter, la valeur pratique des axiomes ne s'est pas démentie. SU en était autrement, il faudrait redresser les ])rincipcs dont nous sommes partis, c'est-à-dire pousser jusqu'à une approximation supérieure la détermination des expériences fondamentales.
On comprend alors que VOptique de Newton présente un ordre incompatible avec les tendances géométriques de l'esprit cartésien, et pourtant parfaitement conforme à l'esprit de la physique moderne'. Newton avoue quil y a dans son ouvrage action et réaction des démonstrations les unes sur les autres « Toutes ces choses, dans la mesure où je les ai observées, suivent despropositions quiterminent le troisième livre, mais elles contribuent aussi à démontrer la vérité de ces propositions''. » Les expériences sur les lames minces et les anneaux colorés \ sont la suite naturelle des théorèmes sur la dispersion, et en même temps elles servent beaucoup à en assurer la valeur. Il y aurait là, si la physique de Newton était purement géométrique, un cercle vicieux évident, le cercle disparaît si Ion