V. H. Poincaré, Science et llypolkèse
i. Cf.Lect. opiic. L. IL P. IV, obs. XII,
4. Cf. Lecl. optic. L. IL !'. IL « Alque li<ec qiiidom pluenomcna ox |)roprietatibus istis consoquunlur (ut vides) ucfessaiiu, et (;onvi'iiiiiiil cuin eis, eliam ad miiuilissimas usque circunislantias, ncque id solum, vonim etiàm ad eas ipsas vicissini comprobandas confi-riml prinuilliini ».
LA PHYSIQUE l'XPKRIMENTALt: ET L'HYPOTHÈSE 437
observe que la déduetion matliématiquo doit se modeler sur l'expérience. La loi de la réfraction, telle que ladmettait Descartes, conduit à prévoir que l'image du soleil fournie par un prisme doit être circulaire. En fait elle est oblongue. Donc, « puisque nos prévisions répuj^nent h l'expérience, cesl que noire principe répugne à la vérité '. » Les expériences nouvelles que tente Newton font voir que la loi de Descartes est une ai)proximation dont il ne faut pas abuser. Elle est plus vraie IH)uiune lumière monochromatique que pour la lumière blanche et si luii tient compte de cette distinction, la déduction géométrique redonne des résultats exacts.
En poussant à lextréme lidée de Newton, on pourrait presqiii' (lire que la certitude mathématique se ramène à la certitude expérimentale. Elle n'est en effet jamais complète, mais s'accroît à mesure que les véritications augmentent en nombre et en importance. Ceci s'applique d abord aux principes, mais surtout aux conséquences qu'on en peut tirer. Les conséquences
même mathématiquement déduites de principes t'eny/es, doivent être vérifiées à leur tour. On pourrait à la rigueur choisir arbitrairement (gratis assumere) les axiomes de la physique mathémalifpie, pourvu qu'on s'astreignit à en vérifier simplement toutes les conséquences-. Si nous préférons des axiomes certains, c'est-à-dire contenant déjà une grande part de vérité expérimentale, c'est que les vérillcations s'en trouveront abrégées et facilitées d'autant. Mais dans un cas comme dans l'autre le rùle des faits demeure le même. I\ir ce qu'ils comportent d'aisément saisi.ssable, ils permettent de. contrôler la valeur de nos théorèmes; par ce ipi'ils comportcnl .riiHomni. ils donnent lieu à des suggestions nouvelles d'où nai.ssent de.- théorèmes nouveaux.
Les vérilications expérimentales qu'emploi(^ Newton sont visiblement inspirées de l'esprit baconien. On sait linqiortance qu'attachait lîacon à la méthode de varialion des exjiérienccs. L expérience i.solée n'est jamais décisive, et s'v lier c'est ris(itier
1. Cf. Lecl. ijplic. Ed. Clark. -, Ldiuiics 17:J'.l. p. 8;i. « Sel |.riii> ii|iMi,'n;tl «•.Kpcricntia', orgu piLsIi-riiis ivpiiKriiit vcriliili ».
2. Cf. Lecl. oplic. p. 118 .. Ciini a vriitalc (iior IIiooithuu vi.\ iniiitiim (lis.Tcparo \ iricaliir, iiiliil vi-iidis swm in pia-sriilia .irnilis a.ssiiiiuTc. Poslhac forlc vcl i'.\|)criiiitia .onlirnialxi, \r\ si falMim iii\ ciin... iuriij;aiu ».
m LA PHILOSOPHIE DE NEWTON
de « glisser vers les conjectures, les probabilités et les idoles». Pour que l'induction soit vraiment assurée, il faut qu'elle porte sur une série d'expériences où, le phénomène Fondamental restant le même, les conditions accessoires varient. La « forme » que recherche la science jouit précisément de la propriété de rester invariable quand les circonstances changent.
Bien que les « formes » de Bacon ne soient plus l'objet dr hi science newtonienne, on Irotivc dans les ouvrages de Newton un<* ap[)lication constante de la règle de variation, (l'est ainsi que le premier livre de Voptiqueixiou'ynivi^ été cité, et à juste titre, connue l'application type de la méthode baconienne. Après avoir découvert l'existence du spectre, Newton procède à une suite d'expériences, destinées à révéler l'origine de cette anomalie : un objet circulaire donnant une image 6 ou 7 fois plus longue que large. 11 fait les hypothèses les plus variées sur la cause possible du phénomène, éloignement du prisme, position particulière de la lentille, dimension de la fente, etc. A chacune de ces hypothèses, même les moins vraisemblables. Newton fait correspondre une expérience où, toutes choses restant égales d'ailleurs, U agit soit sur le prisme, soit sur la fente. Malgré la variation des conditions de l'expérience, le résultat fondamental demeure le même. Alors seulement nous sommes en droit de eon(dure que la dispersion, est une loi naturelle (pii vient se superposer aux lois de la réfraction.
Une fois la loi trouvée, il tant en développer les conséquences mathématiques et vérifier ces développements par des expériences nouvelles. Ici ce n'est plus la méthode de différence, c'est la méthode des variaUons concomitantes que Newton va généralement préférer. Cette méthode se trouve déjà chez Bacon, au moins à l'état implicite, dans son idée des Tables de Comparaison ^ Les tables doivent contenir tous les cas où la propriété dont on cherche la « forme » se trouve « en plus on en moins ». Si par exemple nous étudions la chaleur et que nous en pressentons l'origine dans l'existence de mouvements cachés, il iaudi'a classer lous l(>s cas où ces mouvements cachés sont plusou moins violents, et voir si laehaleur([uiy correspond est. elle aussi, plusou moin.s intense. En optique^ Newton a supposé,