‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 131 sur 223 · I. V. l'riiicipe.i. Ed. (!;is'illnn. 'T. II, p · texte numérisé non relu

I. V. l'riiicipe.i. Ed. (!;is'illnn. 'T. II, p

LA PHYSIQUK EXPÉRIMENTALE ET LIIYPOTHESE iol

(le la physique, ces rèj^les ne peuvent avoir pour but dèti-e directement applicables à clia([ue cas. Nécessairement abstraites etvides de contenu elles ne peuvent servird'instruments (le recherches. Leur utilité consiste surtout à donner des habitudes d'esprit.

La première règle énoncée par Newton rappelle l'axiome fameux de l'Ecole : Eniia nun esse prœter necessUatem multipUcanda. « Il ne faut admettre de causes que celles qui sont nécessaires pour expliquer les phénomènes, car la nature ne fait rien en vain, et ce serait faire des choses inutiles que d'opérer par un plus grand nombre de causes ce qui se peut faire par un plus petit. )>

L'origine de cette règle doit se chercher dans des raisons historiques. La première publication des découvertes de Newton touchant l'inégale réfrangibilité des couleurs avait suscité (le vives critiques. Ilooke, qui avait été chargé par la Société lioyale de faire le rapport dusage^ sur la communication de Newton, conclut à la ihiessc de jugement de son auteur, à l'ingéniosité de ses expériences, mais à la fausseté de son hypothèse. Newton, disait-il, s'est contenté dune théorie purement superticielle du plKMiomène. Il a fait correspondre à chaque coulein- un indice de réfrangibilité, et il a cru pouvoir dire que la (liffér(Mire des indices était la cause de la différence des couleurs. Kn réalité cette cause demeure, comme avant, inconnue. L inégale réfrangibilité nest qu'un « accident» -, elle Il est pas r « essence » du fait à expliquer. Une théorie véritable doit tenir compte de l'essence matérielle des rayons lumineux et ramener les ciïets de dispersion à un jeu d'actions niécani(|ues.

Newton s'élè\c avec vivacité contre ce genre d objections dans iHK! lettre ({ui parut encore dans le courant de l'année lt)72 '. Quelle que soit Ihypothèse mécanique par laquelle on

1. NewiOM avait fait le S février ItiT-J la leL-liirc de sa Tliéorio do la Liimit'ivct des Couleurs dans une S(!'an(i'(lc la.Soci(il(l' Koyaled(^ Londres.

-. On lroii\(î la intînic objeclion l'opiudMilo dan.s les l'hil. Tr<ins. dti -I jnillcl IGT3, n» 90, p. 6080, sous le litre : Ejjistola nnper seripla Luteliie l'arisiorun» ab ingenioso quodani viro, in (jua cotitinentiir animadversiones iioiiniilla' in Newioni dncU-inani de Cdlutihn.s. L"aulenr de celle lellre w'rM aiilre (|ue lluyyhens.

:;. V. Phil Traits, ir «S.

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explique la lumière, et en supposant qu'elle puisse rendre compte du fait de la propagation rectilig-ne, on sera amené à chercher l'origine de la dispersion dans une variation de grandeur, de forme ou de mouvement des particules qui composent les ravons. On sera donc conduit à cMivisager la lumière naturelie comme un asseml)]agc de « rayons dissemblables », et puisque cette dissimililudc primitive (primigenia^ inequalitates) fait que les rayons diffèrent en .même temps par leur couleur et par h>ur réfrangibilité, je ne vois pas pourquoi, dit Newton, ceux qui adiièrent aux hyj)othèses moléculaires chercheFaient dautres causes à ces effets. L' « essence » matérielle de la lumière est à la fois hypothétique et obscure, et tout ce qu'on en pourra imaginer reviendra à lui attribuer une qualité identique à celle que lui attribue Newton : le pouvoir de se réfracter inégalement suivant la couleur.

Il ressort de là que la règle de Newton, d après laciuelle il ne faut pas feindre de causes inutiles, a surtout une valeur polémique. C'est pour couper court une fois pour toutes aux objections de ceux qui laccusent de faire coimaître non les essences, mais les-accidents des choses, que Newton se refuse à admettre des essences, là oîi les accidents permettent d'expliquer les faits. On peut rattacher au même ordre d'idées la déclaration que fait Newton au début de son Système du Monde^. Là aussi il se heurte à des objections factices contr(> la loi de la gravitation universelle, llien ne })rouve, lui dit-on, (jue l'attraction cosmique soit /a seule force qui s'exerce entre les planètes. Assurément la loi de la gravitation suffit à rendre compte des mouvements célestes, mais ne se poiu'rait-il pas que dans le monde solaire s'opèrent des translations d'ensemble dont la gravitation ne tient pas compte ? Il est possible, répond Newton, que des forces de translation existent, mais la situation relative des planètes n (mi reçoit aucune modification sensible. Or nous ne nous préoccupons dans nos recherches que de la cause d'effets sensibles. Une force dont l'action ne sm-ait i)as saisissable doit être considérée comme précainM'l r(>jetéc comme telle-. Elle n'a nul rapport avec les phêudmèiics. C'est une

1. Cl. De Mundi Sy-sl. Kd Castillon, (.»i). Miilli. T. 11. j». 11.

2. Cf. De Mundi SysL, p. 11. " Uejiciafur ii^iliii' luijiisiiiodi vis omnis, ul infCciria, el ad (•(l'I.iniiu |ilia'niimi'iia iiil sprclaiis ».

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