I.\ l'HYSIQL'i:; EXPKRI.MIÎNTALE ET LU YI'OTIIKSL
n'en pGuI tolérer. Mais il sutlii'ail (|ue dans un seul cas nous eussions constaté (ju un corps est rigoureusement indivisible pour (jue l'existence d'atomes insécables devint conciliablc avec la continuité Prenons maintenant une propriété qui soit susceptible de plus ou de moins, comme la viscosité ou le frottement. Ce serait pour Newton ime induction illéu:itimeque d'attribuer une semblable j)ropriété auxéléments constitutifs <le la matière. Toute matière Unie offre de la résistance, mais cette résistance décroit à mesure que la raréfaction augmente, .lusqu'ici aucune expérience ne permet daflirmer que la résistance d un lluid(^ demeure supérieure aune limite fixe (juandsa masse décroît au delà de toute limite. Ce serait un(^ induction liàtivc d'attribuer à létlier parexemph^ une résistance analogue à celle de la matière. Ici le principe de continuité nous oblige à conclure dans un autre sens que tout à l'iieure. Du moment qu'une (pialité peut décroître indéfiniment, il faut en inférer ({uCile disparaît à la limiUv
Les trois premières règles tie la mélliode de .Newton convergent vers le même but : induire d un certain nombre de faits expérimentaux la définition d'une propriété pbysi(iue, et rendre cette définition valable, n(»ii seulement dans le domaine des faits observés, (jui sont toujours complexes, mais dans le (joiiiainc des faits élémen/aires, (pii sont homogènes et appropriés au calcid. La première règle contient implicit(Mnent le principe d»' l'unité de la nature. t(d qu'il est admis à litre de • •royance par le plus grand noinbic {[{-s physiciens modernes. La seconde est I éipnvalent du principe d analogie, introduit ji;ir Jîacon dans les recherches empiriques, la troisièmeaftii-me dans le monde physique une continuité mathématique : 1 expérience peut donner lieu à des inductions limites, qui préparent la voi.\ au.\ intégrations ])ropremeiil dites. Les trois règles exprinii'iit doiic pliili'il la possibilité d'un |)assage de la physi(|ue (>xpériment;de à la pliysi(pie mathémati(pie (pi'elles ne fournissent (\r^ préce|)tes positifs soit de calcid soit d expérimciilalioii. ( hiel (pie soit cejxMidant leur caractère, ilest impossible de ne pas se deinnider si elles fournissent à la pliysiipie une base vraiiiH'iit solide. Le système scieiitifi(pie (|ue nous arriverons à consliiiire p.ir une a|iplicalion consciencieuse de ces règle.'^ possi'dera-t-il uik- certitude parfaite, ne .~era-t-il
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qu'un tissu de vraisemblances destinées à s'user tôt ou tard ?
L'idée que la certitude physique puisse être purement relative était à l'époque de Newlon un véritable paradoxe. Descartes par l'insistance extrême qu'il met à exclure de la science toute certitude qui n'égale pas celle de la géométrie, avait contribué plus qu'aucun autre à jeter le discrédit sur ce paradoxe. Chose curieuse, les ouvrages de Bacon imitent souvent le dogmatisme de Descartes. Ri(Mi qu'à la méthode de iRcole Bacon prétende substituer l'induction s exerçant sur les faits, il est persuadé que par cette induction nous sommes en état d'édi- 11er une science dont la certitude sera définitive et absolue. C'était donc au cours du xvii'^ siècle un axiome universellement admis que les vraisemblances, les connaissances probables, doivent être radicalement éliminées de la science et que la certitude n'existe pas là oii elle n'est pas tout entière.
Le premier grand physicien qui ait eu le soupçon d'une science se contentant de certitudes approchées est, semble-t-il, Christian Huygheiis. Bien que les ouvrages où il exprime ses idées sur la méthode physique soient à peu près contemporains des Princijies, il est vraisemblable qu'avant cette époque il professait déjà les mêmes idées ^ Sans que nous puissions dire si Newton a puisé dans Huyghens des inspirations, il est permis ,de signaler la coïncidence (jui a amené les deu.v plus grands physiciens du temps à introduire simultanément dans la science des considérations de probabilité et de relativité.
C'estdans la préface du Traité delà Lumière que Iluyghcns a condensé ses idées sur la nature de la certitude physique. Les démonstrations qu'on trouve dans cet ouvrage n'ont pas, dit-il. une certitude aussi g'rande ([ue celles de géométrie. Il y a entre les procédés du physicien et ceux du mathématicien une différence essentielle. Celui-ci part de princij)es qui sont regardés comme la certitude absolue et il se contente d'en déduire les conséquences incontestables; tandis que l'autre pari de principes dont la vérité est toujours provisoire et proportionnée au degré de confiance que nous inspirent les conclusions. Celte différence a sa raison d'être dansladiffércnccmôme des objets. La géométrie étudie des objets immuables sur les([uels il n'y a
!. V. Cil. Huyglu'ii.s, |)réf;ic(' du Traité de hi Lumière, 1690.
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pas infiniment de choses à dire. Le physicien au contraire parle d'objets changeants, qui peuvent s'envisager d'une manière phis ou moins complète, avec une exactitude plus ou moins urande.
Mais la probabililé dont la physique se contente n'est pas sans valeur. Il est souvent possible de la développer au point quelle le cède de peu à la cerlitude. C'est le cas lorsque les conséquences déduites de la supposition de certains principes s'accordent do 1res près avec l'expérience. La probabilité augmente de poids avec le nombre des véritications, et elle atteint son maximum lorsqu'une loi provisoire nous permet de faire des vérifications inattendues. Quoi ((u'il en soil, la probabilité physique demeure toujours relativiv Si la coïncidence dv ik)S calculs avec les faits amène cette probabilité à se rapprocher de la certitude, elle en reste toujours séparée par un trait distinctif : la certitude des géomètres, une fois acquise, ne peut plus se perdre. Aulieu de cela, la vraisemblance physique, quelque voisine qu on la sup[)ose d'une certitude a priori court toujoiii-s le risque de recevoir, de la découverte d'un fait nouveau, une atteinte imprévue. Elle est relative à l'étal, de la science et à la jH-écision des observations. II est impossible que la physi(|ue pr(''t(ii(le jamais à une assurance absolue, puisque chaque fois (pic nous aflirmons quelque chose, nous négligeons en même temps autre chose.
La prudence et l'esprit |)Ositif de lliiygliens vont se retrouver dans les ouvrages de Xewtijii. Il est r(Mnar([uable que la j)rélenlion cartésienne à égaler la cej'titude mathémalicpic uc se rencontre ni dans les Principes, ni dans VO/>li</ue, ni dans les premiers écrits de Newton. A aucun moment. Newton na l'ail profession de dogmatisme el na j)rétendu donner, par la méihod(> indiiclive. plus que de hautes probabilités. On est souvent porté à mi'connaitre ce caractère du Xewtonisme parce (pic c Csl ini (le ri'iix (pii on! disparu le |)his vite eluv les disciples et les successeurs de Xewlon L'enlliousiasme e.xcité p.ir la théf)rie de la gravitation, ci Ile (\i'> marées, celle du son. ccllcdes conlenrs, l'nl ini enlIioiisiasnKî essentiellcmenl dogmali(pie. (^nnme il ai'rive S(»n\ cnt dans lliisloire des sciences, le.s (•lèves el les admirateurs l'orc(''rent les j)aidles du maiire. et remplac('renl par- des assertions brutales les véiit(''S ipi il a\ail Iti.HCK. ::<)
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émises sous réserve. Enfin, Ion avait trouvé une physique capable défaire pièce à la théorie cartésienne. Chacun sentait que la science de Bacon était trop vide de résultats pour lutter contre la science abstraite, mais on somme féconde, de Descartes. L'apparition dune [)hilosophic neuve, où le talent mathématique était mis au' service d'une expérimentation habile, réalisait les vœux de tous les empiristes. Aussi les contemporains et les disciples de Newton, ce qui formait à la lin du XVII* siècle l'Ecole Newtonienne, accueillirent-ils la méthode des Principes comme un instrument d'une valeur absolue. Avec une hardiesse et une ténacité qui ne firent pas peu pour le succès du Newtonisme, ils affirmèrent que Newton seul était en possession des véritables règles expérimentales, que Newton seul avait su en tirer des conclusions irréfragables, que seul il avait fixé à la science la voie dans laquelle est le succès.
Usant d'une ironie qui cache souvent un exclusivisme outré, les disciples de Newton accueillent par une lin de non-recevoir tout ce qui n'est pas conforme soit à la méthode, soit aux résultats de leur maître. C'est aux Principes et aux Principes seuls qu'il faut demander la certitude physique. Cette certitude égale en puissance celle de l'algèbre ou de l'arithmétique. Keill et Freind, deux des adeptes les plus fervents du Newtonisme, affirment qu'il y a dans la méthode de leur maître non seulement le développement ingénieux des tendances de Galilée "et de Kepler, mais quelque chose d'absolument nouveau, une induction sui generis, plus précise et plus sûre que celle de Bacon.
Newton ne doit pas être considéré comme responsable du dogmatisme qui caractérise son Ecole. Pour des raisons historiques faciles à concevoir, Newton ne voyait pas ce dogmatisme d'un œil défavorable, car il lui cré;iit une arme puissante contre le dogmatisme de ses adversaires. Sans jamais appuyer ni -désavouer ses élèves, il est certain (|uil trouvait proilt à les laisser aller plus loin (pie lui-même dans l'affirmation des certitudes. Mais pour son propre compte jamais Newton ne se hasarde à attribuer à aucune de ses découvertes la certitude géométrique dont se vantait Descartes. Même en ce qui concerne la gravitation universelle, on peut voir par certains j)as-
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sages de l'Optique ^ ({u'il considi rail celle loi universelle comme une loi purement provisoirc/susceptible de dilîérencialion ultérieure, et pouvant donner lieu à des certiludes nouvelles. La méthode expérimentale, telle que Xewton la conçoit, est vraie et elle est uUle. Mais le genre de vérité quelle peut déceler est, comme l'avait compris Huyghens, une vérité con- (lilionnelle. Ce n'est pas l'assurance immuable de la déduction, c'est la vraisemblance de plus en plus grande des lois iuduclives qui caractérise la physique newtonienne. La qua- Irième règle des Principes va nous faire voir sous quelles conditions cette vraisemblance est acquise.
« Dans la Philosophie expérimentale, les propositions tirées par inducllon des phénomènes, doivent être regardées, malgré les hypothèses contraires, comme exactement ou à j)eu près vraies jusqu'à ce que quelques autres phénomènes les contirmenl entièrement ou fassent voir qu'elles sont sujettes à des exceptions. Car une hypothèse ne peut affaiblir les raisonnements fondés sur l'induction tirée de l'expérience-. » Par cette règle, Xewton pose à la fois des bornes à la certitude physique el une limite à la critique qu'on peut lui faire subir. Les vérités expérimentales sont certaines tant qu'elles répondent approximativement aux faits. Aucune atteinte ne peut être portée à leur valeur par des hypothèses non encore vérifiées.
La théorie de l'hypothèse est à peine esquissée dans le troisième livre des Principes. Mais c'est un sujet sur lequel Newton s'est vu obligé de revenir à maintes reprises, et parmi les opuscules insérés sous forme de lettres dans les Pkilosuphical Transaclions, c'est à peine si l'on en trouverait un où Newton n'ait pas expressément alilirmé son horreur pour l'hypothèse et soutenu qu'elle est incompatible avec la vraie méthode expérimentale. 1)<^ là la légende qui a eu pour effet de le représenter i'omme un adversaire systématicjue de l'hypothèse, u Hypothèses n«jn lingo », c'est la déclaration qu on a tirée des Principes jjour en faire la clef de la méthode newtonienne. Il importe de voir ce (jue ct'lte idée (-(julient de juste, en même temps que la part dexagéraliou donl elle est entachée.