V. Quipst XXIV
:5, Cf. Hircli. Ilislory of (he Royal Sociehj, ï. III. p. i^53.
LES ORIGINES DE LA THEORIE DE LÉTIIER G2o
certains fluides traversent et d'autres ne traversent pas une paroi déterminée. Quoi qu'il soit de ces différentes Jiypotlièses, et du degré de vraisemblance que Newton leur attribue, une chose ressort clairement des allusions physiologiques de Newton : c'est que l'élher n'était pas pour lui une conception spéciale, créée uniquement pour répondre aux besoins de l'optique. La physiologie elle aussi a besoin d'éthers, et il n'est pas certain qu'elle puisse se contenter de ceux qu'on utilise en physique.
Mais quel que soit l'intérêt des phénomènes électriques, magnétiques, physiologiques, en ce qui concerne l'origine de la notion d'éther, il est un ordre de phénomènes beaucoup plus simple, puisqu'il rentre dans la mécanique rationnelle, et qui j)ourtant a contribué davantage à la formation de cette notion. Naus voulons parler des phénomènes astronomiques et de la loi de la gravitation universelle.
Nous avons fait voir plus haut que l'optique d'une part, l'astronomie de l'autre, étaient la double source où les précurseurs de Newton ont puisé leur conception de i'éther. Newton a suivi sur ce point l'exemple de la tradition. Il a éprouvé lui aussi le besoin de chercher un point de contact entre l'optique et l'astronomie. Ce point de contact, c'est l'hypothèse de l'étiier. Disons tout de suite que sans l'intérêt puissant attaché à cette hypothèse par l'astronomie newtonienne, il est probable que Newton n'eût pas orienté son optique dans le sens que nous avons indiqué. Les théories de l'émission, les théories corpusculaires, seraient sans doute demeurées prépondérantes cliez lui, comme elles l'avaient été d'abord, s'il n'avait pas l>ressenti dans les théories de I'éther un moyen de passer des j)roblcmes mécaniques aux problèmes optiques. Newton, qui avait commencé ses recherches optiques bien avant que le système de la gravitation ne fût mûr dans son esprit, ne pouvait se douter à l'avance qu'entre ces disciplines apparemment distinctes il dût exister des points communs. C'est peu à j)eu, par le développement mathématique de l'astronomie et le développement expérimental de ropticpie, qu il fut amené à admettre un milieu hypothétique, siège à la fois des forces cosmiques et des ondes lumineuses. Une fois ce rapprochement l'ait, il devait réagir sur les conceptions optiques de Newton. Du
lîi.ocii. 40
moment que lélher joue en mécanique céleste un rôle in\Jispcnsable, c'est une indication qu'il doit avoir sa place dans l'optique.
Ce sont des raisons de polémique qui ont poussé Newton à approfondir en optique la théorie de Téther. Des raisons du même genre l'amèneront peu à peu à faire de cette théorie une parlie intégrante de la mécanique céleste.
La loi de la gravitation universelle avait été assez mal accueillie dès l'origine, à la fois par ceux qui rejetaient les principes de la philosophie newtonienne et par ceux qui les admettaient. Les disciples de Descartes reprochaient à Newton de ne rien expliquer par sa loi de la gravitation. En quoi sommesnous renseignés sur le mécanisme du monde lorsque nous savons que tous les corps matériels s'attirent en raison directe des masses et en raison inverse du carré de la dislance ! Cette loi, en admettant qu'elle soit vraie, traduit les faits d'une façon terre à terre, mais ne permet nullement de s'élever à leur cause. Combien Descartes avait mieux compris l'essence de la philosophie naturelle, lorsque dans ses Principes et ses Météores il donne la théorie des mouvements planétaires. C'est en partant des tourbillons et des pressions que ces tourbillons suscitent, que Descartes s'élève à l'explication de la pesanteur, du mouvement des astres, de l'aplatissement de la terre, de la révolution des satellites, etc. Partout il fait appel à la pénétration de la matière subtile, qui en s'insinuant d'une force plus ou moins grande dans les pores des corps matériels y détermine une îendance à tel mouvement où à tel autre. Il est possible qu'il aitnégligé la recherche mathématique des lois. Mais au moins ses explications font connaître la cause efficace des phénomènes. 11 permet de suivre, à travers le milieu matériel, le transport des actions et des mouvements. 11 ramène tous les effets physiques à des effets de pression ou de contact, c'està-dire aux effets mécaniques les plus simples et les plus aisés à connaître.
Même si l'on reste placé au point de vue strict de Newton, il semblait difiicile à beaucoup de ses contemporains de mettre d'accord sa théorie (h; la gravitation avec la négation des actions à distance. ]3ire (pic les i)Ianètes s'attirent mutuellement en raison directe des masses et en raison inverse du
carré des distances, n'est-ce pas affirmer que l'état d'une planète peut immédiatement être affecté par l'état d'une autre planète, malgré l'intervalle immense qui les sépare ? Or c'est là une chose impossible, aussi bien lorsqu'il s'agit de corps énormes comme sont les masses planétaires que lorsqu'il s'agit des corps terrestres, pour lesquels tout le monde est d'accord. C'estjustement une des originalités de l'astronomie newtonienne d'avoir montré qu'on peut assimiler les forces cosmiques aux forces terrestres, et Newton va contre ses propres principes lorsqu'il admet ensuite une attraction universelle s'exerçant directement d'un astre à l'autre.
C'est sur cette objection que se fonde l'hostilité de savants comme Leibniz et Huyghens à la mécanique céleste de Newton. Leibniz publia ses idées sur la gravitation peu de temps après l'apparition des Principes, sous le titre : Tenlamen de Moluum Cœlesliiim Causis^. Bien qu'il ne fasse aucune allusion à Newton, il est certain que Leibniz connaissait dès ce moment les travaux faits en Angleterre sur la question de la gravitation, et l'on peut remarquer que six ans plus tard, dans un mémoire inséré au Journal des Savants, Leibniz conserve le même silence à l'égard des découvertes newtoniennes '-.
Ce qui empêche Leibniz d'adhérer aux théories de Newton, c'est qu'elles ne pénètrent pas au fond de la question. Newton s'est contenté d'une physique descrtptive, où les lois jouent le rôle d'explications. Leibniz, plus métaphysicien et plus dogmaticjue, prétend donner des mouvements planétaires une explication fondée sur la Monadologie. La matière céleste est le siège d'une «circulation harmonique ». Cette circulation ressemble aux tourbillonnements de Descartes, avec cette différence que Leibniz en déduit, par l'application des théorèmes sur la force centrifuge, la deuxième et la troisième lois de Kepler, comme aussi la loi de la gravitation newtonienne. Si les planètes s'attirent en raison inverse du carré des distances, cela ne tient pas à une qualité innée appartenant à la matière