‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 184 sur 223 · V. .lonrnal des Savants, Fév. 1689, p · texte numérisé non relu

V. .lonrnal des Savants, Fév. 1689, p

2. V. Journal des Savants, avril 1G'J5, p. 145-157 : Spécimen Dyuuinicum pro admirandis Naltira; Lef/ihus circa Corporum vires el mtitiias acliones deleijendis el ad suas causas revocaïutis, Auclore G. G. L.

comme telle et pouvant s'exercera distance, c'est le résultat du jeu naturel des forces centrifuges.

II II y g hens oppose aux découvertes de Newton des arguments du même ordre. Dans son Discours sur la cause de la Pesanteur, lu en 1089 devant la Société de Londres', tout en reconnaissant que la loi de Newton avait permis à ce dernier des développements matliématiques de haute valeur, il craint qu'elle n'avance en rien la question de savoir en quoi consiste la cause de la gravité. Cette cause ne peut se tirer d'une règle de mouvement ou d'un principe mécanique. 11 faut la chercher dans la constitution physique de la matière qui remplit l'univers. Il faut tenter de corriger la doctrine de Descartes de façon à rendre à la matière subtile le véritable rôle d'agent de la pesanteur. Iluijghens pense qu'il est possible d'aller plus loin que n'allait Newton dans la déduction des lois astronomiques. Au lieu de supposer des actions à distance, il doit être possible, en combinant la théorie des tourbillons avec celle de la force centrifuge, d'arriver à faire voir que la gravitation se propage de proche en proche et n'échappe pas aux lois de la mécanique générale. Ainsi Leibniz et Huyghens sont d'accord pour reprocher à la doctrine de Newton une faute de méthode : Newton a commenté avec succès les conséquences mathématiques de l'hypothèse de la gravitation, mais il a négligé de faire voir comment cette gravitation agit réellement.

Aux critiques de Leibniz et de Huyghens vinrent s'ajouter bientôt celles de Flamsleed, qui portaient sur des questions de priorité, les plus pénibles de toutes pour Newton. Parmi ses propres élèves. Newton rencontra des astronomes et des physiciens hostiles à sa conception de la gravitation, parce qu'ils la trouvaient superlicielle et prétendaient y substituer une théorie moléculaire. Déjà aigri par les luttes qu'il avait menées pour la défense de son optique, Newton se décida à adopter une attitude qui coupait court à toute polémique et lui permît de développer les conséquences de la gravitation sans rechercher les causes intimes de cette dernière. Deux voies s'olfraicMit ici à Newton. Il pouvait d'abord, restant fidèln à l'esprit positif de

1. Ecrit cil |)arlic dc])uis 1669 el lu à celte époque devant l'.U'. des Sciences de l'aris.

sa doctrine, se contenter d'affirmer la gravitation comme un fait au delà duquel il est inutile de remonter, et exclure toute recherche des causes de Tinvestigation scientifique. Il pouvait aussi, faisant une concession au goût des explications mécaniques, rechercher la cause de la gravitation dans l'existence hypothétique d'un éther, véhicule de toutes les attractions, et montrer que cet éther est du même genre que l'éther optique. La faute de Newton est d'avoir adopté successivement les deux attitudes. De Là la confusion qui n'a pas cessé d'être faite entre la partie positive et la partie hypothétique de son œuvre. De là aussi le retour qu'on trouve sans cesse dans ses derniers ouvrages de l'optique à l'astronomie et de l'éther lumineux à léther cosmique.

Dans le Scholie Général qui termine le second livre des Principes^, Xewton semble indiquer que l'essence de la gravitation est une question dont on peut se désintéresser-. Que doivent rechercher les sciences physiques en général et l'astronomie en particulier ? Elles doivent nous fournir des formules précises, aisées à manier par le calcul, permettant de condenser et de prévoir des séries d'observations. Avec la loi de l'attraction newtonienne, nous possédons une formule de ce genre. Cette loi sert de lien entre les trois lois de Kepler, et chaque confirmation expérimentale du mouvement elliptique est une confirmation indirecte de l'attraction. Mais alors, si la loi de Newton est vérifiée expérimentalement chaque jour, ne peut-on dire qu'elle exprime une propriété de la matière ? En disant que toute matière possède naturellement la faculté d'attirer les autres matières, nous énonçons sous forme abstraite et d'une manière qui n'engage à rien, un fait d'expérience. L'étendue, hi mobilité, linertie, n'ont pas plus de titres à être regardés comme des propriétés irréductibles de la matière que la faculté

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