‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 185 sur 223 · Ed. Castillon, T. II, p · texte numérisé non relu

Ed. Castillon, T. II, p

2. 11 semble probable que cette manière d'éviter en physique les «bjectluns métaphysiques a été suggérée à Newton par l'ouvrage de U «f/is ; Mecltanica sive de Mohi tractatus meclianlcus (Londres 16t)9). Des celte époque Wallis écrivait que la cause de la gravité est inditfcrenle au sa\ant : « Gravitas est vis motrix deorsum, sive ad centrum terme, tjuounam sit, in consideratione phvsica, gravitatis principium. non hic inqur rimus. Neque etiam an qualiias dici debeal. aut corpons affectio. aut ,luo alio nominc censeri par siL Suflicit ut gravitatis nomme illam uitclligamus quam sersu deprehendimus. »

dagir par attraction ^ Nous pouvons donc dire que la qualité attractive est innée et inhérente à toute matière, en exprimant par là simplement l'ensemble des constatations journalières. Lorsque nous attribuons aux rayons lumineux des qualités (( innées » comme la réfra,ngibilité, la réflexibilité, etc., ces mots abstraits cachent des faits positifs et ont seulement pour but de faciliter le langage. Il en est de même dans l'astronomie. La gravité est une qualité innée à tous les corps que nous connaissons. Cela ne signifie rien de plus que tout à llieure. Il faut comprendre qu'il est inutile de rechercher à tout prix des explications métaphysiques en physique. Tout leffort doit porter sur un choix de définitions positives. En définissant la gravité une « propriété universelle », nous résumons aussi brièvement que possible l'ensemble des faits connus, nous écartons toute hypothèse, et nous nous mettons à l'abri des objections fondées sur la recherche des causes.

Newton aurait pu s'en tenir à cette fin de non-recevoir opposée à toute question sur l'essence de la gravité. C'était là une position inattaquable et parfaitement consolidée par l'ensemble de sa méthode. Parmi les interprètes les plus fidèles du newtonisme, il en est qui se rallièrent toujours à cette manière de voir, et se refusèrent à chercher dans des hypothèses le supplémentd'information que sollicitaient leurs adversaires. C'est ainsi que Co/es considérait les attractions (et celles-ci sont des forces fonction de la distance mais non nécessairement en raison sousdoublée de cette distance) comme des facultés d'actions qui appartiennent par nature à toute matière. Les forces attractives s'exercent à toute distance, immédiatement d'une matière sur l'autre. Elles n'ont point de substance physique ou mécanique qu'on puisse se proposer de découvrir. Elles proviennent directement de la volonté de Dieu, qui les a créées et qui les ■conserve.

Peut-être Newton lui-même fùt-il demeuré sur ce terrain

1. V. Principes, T. II, p. 179. « Dans cette pliilosopliie (expérimentale) on lire les propositions des pliénomônes, et on les rend ensuite générales par inducUon. C'est ainsi que rimpénétrabililé, la mobilité, la force des corps, les lois du mouvement et celles de la gravité ont été connues. Et il sullit que la gravité existe, (prolle agisse selon les lois que nous avons exposées, et qu'elle puisse explicpier tous les mouvements des corps célestes cl ceux de la terre. »

étroit, mais solide, sans les accusations passionnées qui furent portées contre les Principes. On lui fit grief de faire revivre, avec ses attractions et ses répulsions, les entités du moyen âge. Désigner la gravité, la dureté, la réfrangibilité, etc. comme des propriétés primitives de la matière, c'était, disait-on, revenir à la physique des qualités occultes. Ces objections injustifiées firent malgré tout grande impression sur l'esprit de Newton. 11 s'efforce de s'en dégager aussi bien dans V Optique que dans la seconde édition des Principes. Au cours dune lettre à Bentley, Newton s'exprime ainsi : « Que la gravitation puisse être essentielle, innée et inhérente à la matière, qu'un corps puisse agir sur l'autre à toute distance à travers l'espace vide sans nul intermédiaire, de sorte que l'attraction ne soit pas conduite de proche en proche d'un corps à l'autre, c'est, à mon sens, une telle absurdité qu'elle n'a pu venir à l'esprit d'aucun homme, tant soit peu versé dans les choses philosophiques ». Et dans sa préface de VOptique on retrouve la même idée : « Afin qu'il ne vienne à l'esprit de personne de croire que je range la gravité parmi les propriétés essentielles des corps, j'ai posé une question touchant l'essence de sa cause véritable ». Ainsi Newton a cessé de croire qu'on puisse se contenter d'éluder, par un stratagème de méthode, la difficulté que soulève l'essence de la force attractive. Il accorde qu'il faut se demander comment la gravitation peut se transmettre, et pour rendre compte de cette transmission il va faire appel à l'hypothèse de léther.

Déjà dans son mémoire de 1675, Newton donnait l'esquisse d'une théorie de léther, telle qu'on peut la concevoir pour expliquer la gravité. Comme la lumière, comme l'électricité, comme les forces vitales elles-mêmes, la force d'attraction <le la terre, que nous nommons gravité, est causée par la condensation continuelle d'un fiuidc éthéré. Si les corps combustibles ou fermentescibles ont la puissance de garder en eux une grande masse de fluide éthéré, on peut admettre aussi que le corps très considérable qui constitue la terre peut condenser sans cesse des masses d'éther considérables. Mais alors il faut qu'à chaque instant et de tous côtés le fluide éthéré allluo avec une grande vitesse pour remplacer celui qui disparaît, el les courants d'éther entraînent avec eux les corps matériels

vers le centre de la terre. Leur force sera inversement proportionnelle à la surface totale sur lesquels agissent les courants ^ De môme que la terre, le soleil peut aussi absorber de cette matière éthérée, et conserver de la sorte non seulement sa lumière, mais son action sur les planètes.

Dans les Qudsstiones Oplicœ, Newton revient sur l'idée d'un élher servant de véhicule aux attractions astronomiques-. Le milieu ôtliéré est représenté comme moins dense à rintérieur du soleil, des étoiles, des planètes et des comètes que dans les espaces libres qui les séparent. En partant du centre des masses planétaires, on voit l'éther devenir continuellement plus solide et plus dense. C'est g-ràce à lui que ces g-rands corps pèsent mutuellement les uns sur les autres, et que les parties de chacun d'eux pèsent sur le tout". N'est-ce pas en effet une règle générale, vérifiée dans toutes les observations hydrodynamiques, que les corps font effort pour se retirer des endroits où le milieu est plus dense pour se diriger vers ceux où il est plus rare ? Admettons alors que léther soit plus rare à l'intérieur du soleil qu'à sa superficie, plus rare à sa superficie qu'à une distance d'un centième de pouce, plus rare ici encore qu'à la distance d'un cinquantième de pouce, où il est plus rare que dans l'orbe de Saturne. Il n'y aura pas de raison pour que cet accroissement de densité ait une limite, lorsqu'on s'éloigne indéfiniment du soleil. La densité de l'éther, quand même elle n'augmenterait à de très grandes distances qu'avec une extrême lenteur, pourra néanmoins, si l'élasticité du milieu est assez, grande, pousser tous les corps, avec la force que nous appelons gravité, des parties où le milieu est le plus compact vers, celles où il est le plus rare.

Or la force élastique de l'éther est très grande, nous lesavons par la vitesse des vibrations qu'il propage. Le son se transporte d'environ 1140 pieds anglais à la seconde, ce qui fait cent milles en sept à huit minutes. La lumière qui nous, vient du soleil emploie à peu près le môme temps pour fran-

1. C'est-à-dire inversement |)roportionnelIe au carré de la distance, en: vertu de la formule S = 4 - R ^

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