‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 62 sur 223 · Cf. Principes de la Philosophie, U" partie · texte numérisé non relu

Cf. Principes de la Philosophie, U" partie

la présence de l'air apporte à l'isoiemcnl mécanique d'un système. Nous savons aujourd'hui que même dans le vide un corps n'est pas à l'abri du rayonnement. Malgré cela nous sommes plus affirmalifs que Newton. Nous pensons que le principe de non-action à distance s'applique à tous les cas, même au ravonnement. Cette hardiesse nous vient non de Newton, mais des idées théoriques de Faraday et de Maxwell ^

Ces physiciens, loin de se contenter d'admettre le principe de non-action à distance dans les cas où l'expérience le suggère, sont allés jusqu'à l'ériger en axiome dans les cas où elle semble les contredire. Il est curieux que les tendances cmpirites aient pu s'allier av(^c une vue si hardie, l'^araday, puis Maxwell, ont porté leur attention sur les phénomènes magnétiques ou électriques qui constituent le domaine d'élection des actions à distance. L'attraction d un courant sur un courant, lattraction d'un pôle sur un élément de courant étaient considérées jusqu'à eux comme des forces s'exerçant à distance. En montrant que le milieu diélectrique ou magnétique est le véritable siège des forces électromagnétiques, Maxwell a ramené toutes les lois de l'Electromagnétisme au principe des actions de contact. Cette généralisation est faite a priori. L'idée qu'une force i)ùt agir là où elle n'est pas semblait à Maxwell théoriquement absurde. L'expérience prouve indirectement qu'il avait raison. On peut dire qu'il était plus physicien que Newton, mais il faut ajouter qu'il était plus métaphysicien que lui.

Le principe de Végalilé de faction et de la réaction est un de ceux qui sont le plus importants dans la mécanicjue de Newton. Il est facile d'en comprendre la raison si l'on se reporte au n'de proj)re des principes. Ils ont pour but, non pas de fournir simplement un résumé des faits, mais de procurer dans chatiui," cas les équations du problème. Le principe de l'égalité de l'action et de la réaction est admirablement appro|)rié à ret usage. Il donne, par son énoncé même, une relation d'égalité entre certaines grandeurs, alors que tous les princij)es analysés jusqu'ici nous apprenaient seulement que ces grandeurs

1. V. Miixuill, Militer and Motion, § 41. « Chaque fois que nous rencontrons un changomcnt dans lo mouvement d'un cor|)s, nous pouvons ramener ce cliaii^'cmcnt à une action qui met ce corps en rapport avec un autre, c'est-à-dire à un contact w.

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€xistent. Il suffira de considérer comme connu l'un ou l'autre des deux termes de la relation, pour que celle-ci puisse sinlerpréter comme la véritable équation du problème. C'est ainsi qu'on établit les lois du choc des corps, en supposant connues les forces développées par le choc. Le principe de l'égalité de l'action et de la réactiou devient de la sorte l'instrument essentiel de la mécanique mathématique.

Parmi ceux qui ont le mieux pressenti avant lui le principe de l'égalité del'action et de la réaction, Newton cite, outre Galilée, le Chevalier Christophe Wren, J. Wallis et Hiujgens ^. Newton ne cite nulle part Descartes et l'on pourrait croire que les théories cartésiennes ont été sans influence sur son esprit. Mais il suffit de lire le Corollaire lli des Lois du mouvement et de voir le rôle prépondérant qu'y joue la notion de « quantité de mouvement », pour se persuader que la mécanique de Descartes n'a pas été étrangère à Newton.

Descartes, nous sommes obligés de le reconnaître, n"a pas connu le principe de l'égalité de l'action et de la réaction sous sa forme générale, l^idée qu'il se faisait de « l'action ■» était assez confuse, et comportait un mélange des notions de masse, de direction et de vitesse. Mais Descartes a insisté fortement sur un cas particulier de la loi del'action et de la réaction, où, malgré l'inexactitude de son langaQ-e, il a été l'initiateur de la vérité. Nous voulons parler des lois du choc des corps, telles qu'on les trouve exposiies par exemple dans les Principes de la Philosophie '■.

Descartes explique que la rencontre de deux corps solides peut donner lieu à plusieurs alternatives. D'abord le corps choqué peut être incomparablement « plus fort » que le corps choquant. En d'autres termes, la quantité d'action mise en jeu dans la rencontre est insuffisante pour modifier l'état du premier corj)S, tandis qu'elle est suffisante pour modifier celui du second. Tout se passe comme si le premier corps ne subissait pas d'action. Le corps le plus faible est dévié, son mouvement change de « détermination », non de « quantité ». Dans ce cas Descartes méconuait entièrement le principe de l'égalité de

\. l'rnic'ipes, L. \, Scliolic, p, 28.

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