‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 64 sur 223 · Principes, L. I, Scholie p · texte numérisé non relu

Principes, L. I, Scholie p

Li:S PRINCIPES DE LA MÉCANIQUE 221

leurs inégales. Les nombres trouvés confirmaient les premiers avec des erreurs qui ne dépassaient jamais deux pouces.

La conclusion naturelle de ces différentes expériences eût été de corroborer la théorie de Descartes et de confirmer, dans le cas du choc des corps, le principe de la conservation du mouvement. Pourtant Newton ne cite qu'accessoirement cette sii?nification de ses expériences. C'est surtout le principe de 1 égalité de l'action et de sa réaction qui lui paraît démontré par ses mesures. On a h\ un exemple curieux de la multiplicité ([interprétations dont certaines expériences physiques sont susceptibles. Selon les idées qui sont le plus en laveur ou dont la considération est la plus familière, la même expérience l)ourra m<Hlre en lumière des propriétés bien différentes. Un siècle plus tard, Scheele trouvera dans la combustion de 1 hydrogène ou « air indammable » comme principal produit de la réaction du « calorique », leau n étant quun produit secondaire. l>our Lavoisier et Laplace, au contraire c'est la formation de leau (pii est le phénomène essentiel, la chaleur dégagée n'est qu un accessoire. Il s'est passé quelque chose d analogue dans le cas qui nous occupe. La considération de la « quantité de mouvement » était essentielle au système de Descartes, pour qui l'idée d'action et de réaction n'était pas encore parvenue à maturité. Sous l'influence des travaux de Wren et de lluyghens. Newton était arrivé à comprendre l'importance de cette idée, en même temps que les quantités de mouvement lui semblaient de plus «mi plus accessoires. On comprend alors qui' le même phénomène, le choc des corps solides, étudié théoriquement i)ar Descartes et ses disciples, les ail amenés à construire une mécanique toute qualitative et souvtMil (>rronée, tandis que Newton abordani h- ()r()blème par la voie cî.xpérimentale en a tiré tout de suite le principe général de l'égalilé (\f l'action el de la réailion. et avec ce principe loule la mécanique rationnellt'.

Descartes ramenait 1 idée d'action à I i(lr(< <\o mouvement. <• est-à-dire au produit de le masse par la vilcase.'Si'wAon est le l)remier (\m ail vu (pi<' le |)i'iiicipc de l'égalité de lai-lioii cl de la réaction sappiiipie non au.\ mous cincnts. mais au.\ forces, c'csl-à-din^ au j)roduil (\r^ masses par ir.s acci'lcralioiis.

222 LA PIIILOSOPHIl': Dl-: NEWTOxN

L'existence des forces de réaction se constate non seulementdans le cas de la dynamique, mais encore dans le cas de la statique. Si par exemple le doigt presse la pierre, la pierre exerce en même temps sur le doigt une pression égale et de signe contraire. Tout corps qui en tire un autre est en même temps tiré par cet jaulrc. « Si un cheval tire une pierre par le moyen d'une corde, il est également tiré par la pierre. Or la corde qui les joint et qui est tendue des deux côtés, fait un effort égal pour tirer la pierre vers le cheval, et le cheval vers la pierre^ ». Dans tous les cas de ce genre, il y a équilil)re de forces. Tantôt ces forces ne produisent qu'un effort statique, comme dans le cas du doigt qui 'presse la pierre sans parvenir à la déplacer. Tantôt elles s'exercent j)endant le mouvement, comme dans l'exemple du cheval qui transporte la pierre. Dans les deux cas, le mot de réaction peut se prendre en un double sens. Ou bien on considère la force de réaction comme une cause qui s'oppose à l'action, ou on la fait résider dans ses effets qui sont inverses de ceux de la force imprimée. C'est la même ambiguité que nous avons rencontrée lorsqu'il s'est agi de définir la force d'inertie. On pouvait se rangera l'opinion vulgaire qui envisage la force d'inertie comme une cause préexistante dans le corps, ou adopter la définition de New^ton, pour qui l'inertie est toujours consécutive à la force et. révélée par les mouvements qu'elle produit. Il va sans dire (pie cette ambiguité est levée par Newton de la même manière lorsqu'il s'agit de la force de réaction et lorsqu'il s'agit de la force d'inertie. La force de réaction n'existe pas dans les corps comme une réalité antérieure au mouvement. Nous observons seulement que certaines conditions font naître dans les corps qui se touchent des mouvements inverses, et comme la mesure de ces mouvements se fait toujours par des nombres contraires, nous disons que les uns sont le signe d'une action, les aulresle signe d'une réaction.

On voit que le principe de l'égalité de l'action cl de la réaction est au fond la délinition précise du mot réaction, comme le principe de l'inertie est la définition précise du mot force. l^a force telle (pi'elle est admise du vulgaii'e ne serait jamais

Page 1