V. Météores. Discours VIII
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logie. Si parfois Dobcarles iiivu(iu(.' rexpérieiicc, c'esl à titre (l'exemple mais non d'arg-ument. L'expérience peut venir à l'appui (l'une explication particulière, jamais Dcscarlcs n'aurait song(î à la mettre à la base mCune de la science.
Newton au contraire, — c'est un des points sur lesquels nous avons insist(3 — , fait reposer dès le début de sa mécanique les axiomes du mouvement sur des faits dexpérience. Ces faits sont accessibles à l'observation vulgaire, et le savant se charge seulement de leur donner une portée générale. Pour cela il fait expressément appel aux lois de l'analogie et de l'induction. M ta loi de l'inertie ni celle de l'égalité de l'action et de la réaction, ni aucune de celles que nous avons analysées, ni' jjouvent se tirer toutes faites du cerveau du mathématicien. Si les conditions expérimentales étaient autres, il est hors de doute que les lois mécaniques seraient autres aussi. La seule fonction de l'esprit mathématique est de donner à ces deriiic-res inie forme nîaniable. Ainsi lempirisme est le premier caractère des principes de la philosophie naturelle, et cet empirisme n'est pas seulement une tendance ou une habitude d'esprit de Newton, c'est une manière de penser systématique, (pi'il croit la seule utile. Aux certitudes a priori de Descartes, ipie Newton réduit au rang d'hypothèses, doivent se substituer des formules empiriques, plus stables et moins arbitraires.
Nous savons peu de choses sur les recherches mécaniques de Leibniz, et il ne semble pas qu'il y ait lieu de lui attribuer beaucoiq) d'expériences originales. Mais les principes directeurs de la mécanique jouent un assez grand rôle dans son système pour (ju'on puiss(? diflicilement les séparer soit de ses théories mathématiques, soit de ses théori(^s j)hilos()phi(jues. Le principe de la moindre action, par exemple, est étroitement lié à la théodicée de Leibniz, et pour un esj)rit aussi compréhensif ne faisait qu'un avec le « principe du meilleur ». De même le {)rincipe de la conservation de la puissance vive avail à ses yeux un aspect métaphysicpie en même temps cpiun aspect mécani(pie et pouvait aussi bien se déduire de considérations morales (pie de considérations géomélritpies. (]'(>sl là |)récisénieiil le caractc're de tous les axiomes de la niéi-aniipie IcM'biiizieiiiie. <)n jxMil les déduire « /îr/OTMles principes généraux de 1.1 raison, et les retrouver ensuite ])ar la voie ex|)ériment,ite. U1.0C11. 17
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En ce sens, la science de Leibniz est moins déduclive que celle de Descartes. Elle n'estime pas la forme géométrique seule utilisable pour trouver la vérité, mais elle pense que ce que lexpérience nous suggère peut se démontrer plus clairement" par la voie rationnelle. Pourtant il serait illusoire de chercher chez Leibniz un commencemeiU de mécanique expérimentale. Si lexpérience a quelque valeur pour lui, c'est dans la mesure où elle traduit, sous forme confuse et sensible, les vérités évidentes à l'entendement. 11 faut reconnaître ({ue Leibniz comme Descartes met à la base des lois mécaniques les axiomes de la métaphysique.
Newton est le premier qui ait songé à constituer d'une manière tout à fait indépendante la mécanique comme science positive. Assurément elle perd par là une apparence d'universalité et de nécessité dont Leibniz et Descartes faisaient le plus grand cas. Mais l'histoire n'a-t-elle pas fait voir que les prétentions systématiques du cartésianisme devaient péniblement survivre à Descartes et que la partie féconde des axiomes de Leibniz pouvait être admise sans la Monadologie ? La vérité est que les principes de la mécanique, — et la môme chose peut se dire des autres sciences — , ont tout à perdre en recherchant une certitude supérieure à ce que l'expérience peut donner, ils n'arrivent qu'à prendre une forme dogmatique sans proht pour les applications réelles. Au lieu de cela, si nous renoaçons avec Newton à construire le monde sur des lois qui sont nôtres pour l'étudier expérimentalement d'après les lois qui sont les siennes, nous constituons d'abord une science positive, c'està-dire une science correspondant aux faits et ne pouvant se critiquer que par les faits ; ensuite nous rendons possible l'emploi du calcul, qui est un langage fait de relations et incapable d'exprimer une connaissance absolue. En résumé, admettre comme Descartes et Leibniz la possibilité d'une explication mécanique de l'univers, mais au lieu de réduire cette explication à quelques propositions métaphysiques vagues, la constituer effectivement sur des bases solides, tel est l'objet de la mécanique de Newton. Rendre les vérités fondamentales de la science à la fois positives et relatives, tel est le moyen employé pour atteindre cette fin.