‹ La Philosophie de NewtonChapitre 139 sur 202 · V. De Nalura Acidorum, Phil. Trans. 4692. L · texte numérisé non relu

V. De Nalura Acidorum, Phil. Trans. 4692. L

4. « Calor est agitatio parlium quaquaversus. Nihil est absolute quiescens secundum parles suas, et ideo frigidum, præter atomos, vacui scili-

est susceptible, comme l’affinité chimique, d’être réduite aux causes moléculaires t. Comme onle voit, les exemples ne manquent pas de cas où Newton semble préférer à tout autre une explication mécanique.

Malgré l'usage qu'en différents endroits Newton peut faire du mécanisme, nous ne saurions nous ranger à l'opinion de Lange qui voudrait faire de la physique newtonienne, comme de la physique cartésienne, une tentative de mécanisme systématique. La théorie de Descartes peut à la rigueur, bien qu’elle s'oppose sur bien des points à celle de Gassendi, être donnée comme un exemple de mécanisme. Elle satisfait aux deux conditions sans lesquelles il nv a pas de mécanisme possible : d'une part les propriétés dela matière sont toujours des propriétés géométriques, d'autre part il n'y a pas dans la nature de continuité véritable, le continu n'est que l'apparence sensible de phénomènes réeliement discontinus. Pour Descartes en effet les qualités de la matière se ramènent à la seule étendue, et les différentes espèces de matière forment des classes hétérogènes, ne pouvant se transformer les unes dans les autres.

Chez Newton au contraire il n'existe pas de propriété purement géométrique de la matière. La figure, le volume, sont déjà des propriétés physiques, c’est-à-dire révélées par l'expérience. Il en est de même de l'impénétrabilité, de la dureté, de la résistance’. Aucune de ces qualités ne peut se ramener aux attributs de la seule étendue, et la vérité est qu'elles nous sont connues seulement par de lentes inductions. Nous sommes si loin de comprendre @ priori que l'impénétrabilité de la

cet expertes. » — Ceci est à rapprocher des « mouvements intestins » dont parle Bacon et des « mouvements insensibles » de Leibniz.

4. Déjà dans les Principes, il semble que les phénomènes calorifiques soient regardés comme des variantes des phénomènes mécaniques. Ainsi Newton ne fait pas la distinction entre l'idée de masse mécanique et celle de capacité calorifique (Cf. L. I, Prop. VIT, Cor #). Voltaire s'est rendu compte de la confusion qui régnait sur ce point dans les idées de Newton.

9. Cf. Opt. Quæst. XXXI. « Duritia universæ materiæ simplicis proprietas haberi potest. Saltem hoc nihilominus evidens est, quam impenetrabilitatem ipsam materiæ esse universam proprietatem. Nam omnia corpora quæ quidem nos experientia DOVIMUS, vel sunt duria, vel durescere possunt, neque vero alia ulla certa ratione novimus corpora universa impenetrabilia esse, nisi quod experientia amplissima nos id docuit, sine ulla unquam oblata exceptione. »

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matière est la raison profonde des autres propriétés, qu'en bien des cas nous partons de ces propriétés pour conclure au fait de l'impénétrabilité. D'une manière générale les différences de configuration ne suffisent pas à expliquer toute la physique. Elles sont tout au plus un symbolisme commode qui permet de coordonner les faits. Le travail, la tension, la chaleur, toutes les formes de l'énergie physique ont une individualité expérimentale qui ne se réduit pas aux attributs géométriques. Il faut les admettre comme des faits distincts et les analyser comme tels.

La continuité, qui est essentielle au système de Newton, est elle aussi incompatible avec le mécanisme. Nous ne pouvons prélendre ramener tous les problèmes à des problèmes d'équilibre ou de mouvement, que si l'univers est fait exclusivement d'atomes et de vide. Alors dans‘ un phénomène quelconque, le physicien recherchera l'élément dynamique, c'est-à-dire un jeu de molécules ‘qui se choquent et se déplacent, et si le mécanisme est vrai, il faut qu'un nombre limité de réductions permette de passer d’une propriété physique quelconque à cette image dynamique. Or pour Newton, nous l'avons vu, le nombre des propriétés de la matière est pratiquement illimité. il dépend de l’état de nos connaissances et de la précision de nos instruments. De plus, toutes ces propriétés sont continues, c’est-àdire qu'on peut les supposer diminuées ou augmentées à l'infini sans qu'on arrive à les faire disparaître ou à les ramenerà d’autres. Ainsi la résistance de la matière peut aller en dimiauant autant qu'on veut dans les espaces célestes sans qu'on alleigne la pure étendue‘. La solidité des corps peut croître indéfiniment sans nous conduire jamais à des molécules absolument rigides. I en est de même de toute réalité physique. Elle peut varier entre des limites infinies, mais il est impossible qu'elle se transforme en une réalité d’un autre genre. On ne peut done admettre l'idée mécaniste qu'un esprit très subtil, voyant les choses comme elles sont, ne trouverait que géométrie partout. Il verrait toutes choses plus en détail que nous, mais il retrouverait partout comme nous, à côté des propriétés mécaniques, l'infinie variété des qualités physiques.

Cf. Principes, L. HI, Prop. VI, Cor. 3

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‘On peut aller plus loin. I y a chez Newton non seulement autre chose que le mécanisme, mais de véritables arguments contre toute métaphysique mécaniste. L'idée profonde des doctrines mécanistes est que la manière d'être de la matière sensible dépend de celle d'une matière insensible, dont elle estcomposée. Ramener toutes choses au mouvement, c'est ce que le physicien ne peut faire qu'en considérant les corps naturels comme formés de corpuscules invisibles soumis aux mêmes lois que les masses ordinaires. Ces corpuscules ou molécules sont les éléments derniers de la réalité. Les propriétés qu'ils possèdent sont absolues (dureté, élasticité, etc.) et le caractère relatif des propriétés sensibles vient du mélange des éléments. Les éléments sont insécables, ce sont des atomes, parce que s'ils se comportaient comme les corps divisibles ils requerraient à leur tour une explication. C’est là le trait commun à tous les malérialismes. Ils reculent la difficulté que soulève l'origine des propriétés de la matière dans le domaine d'une matière sublile, intangible, indivisible, et font de la molécule ou de l'atome l'élément immuable des € COTPS ».

S’attaquer à l'immutabilité de l'atome, c'est donc le meilleur moyen de renverser les théories moléculaires. Se refuser à accorder une existence absolue non seulement à la matière composée mais à ses particules, c'est ôler à la réduction qu'essaye le mécanisme toute validité. Or ou trouve chez Newton au moins d'une manière implicite, une véritable critique de l’idée de « molécule ». Nous faisons allusion au second livre de l'Optique, où Newton parvient à la notion de molécule à l'aide des phénomènes d'interférence®. Il est clair que l'idée de molécule ne pouvait satisfaire un esprit comme Newton st elle ne s'accompagne pas d'une détermination numérique servant à fixer les dimensions de l'élément. Il ne suffit pas de dire avec les atomistes grecs que la molécule est une masse très petite, il faut que nous soyons fixés au moins sur lordre de grandeur qu'on doit lui attribuer. Or les phénomènes de coloration des lames minces et une foule d'autres phénomènes optiques peuvent justement servir, d'après Newton, à préciser cet ordre

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