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V. Lect. Opt. L. I, P. IL, Prop. VI et VIT

de grandeur. Nous savons par l'expérience des anneaux que la teinte prise par une lame très mince en lumière naturelle peut être prévue lorsqu'on connaît l'épaisseur, et réciproquement. On pourra de la sorte, par l'examen des couleurs naturelles, se faire une idée de la dimension des molécules, en assimilant celles-ci en première approximation à des lames minces.

Mais ici une ambiguité apparait. Il nous sera impossible, malgré les apparences, de trouver une mesure absolue des dimensions moléculaires. Il faudrait pour cela que la couleur correspondante fût elle-même classée d'une manière absolue dans l'échelle chromatique des teintes. Or nous ne savons rien a priori de la place exacte qu'occupe dans cette échelle une couleur naturelle donnée. Nous connaissons seulement sa place relative entre les couleurs environnantes. C’est ainsi que le bleu du ciel, le vert des plantes, le gris des nuages peuvent appartenir indifféremment au premier, au second, au troisième spectre, ou même à des spectres de rang plus élevé. Selon ce rang, le calcul permettra de déduire, pour la grandeur de la molécule, des nombres divers. Aucun de ces nombres ne s’impose absolument, puisqu'il y a toujours un certain arbitraire dans le choix que nous avons fait. Les dimensions moléculaires trouvées de celte façon n'ont donc qu'une valeur relative, et il faut se garder de croire qu'on a atteint ainsi l'élément ultime.

Newton revient à maintes reprises sur cette relativité de la notion de molécule. Si par exemple on prétend calculer à l’aide des phénomènes d'optique le rapport qui existe dans un corps quelconque entre les pores et les pleins, on arrive à des résultats bien différents selon l’ordre des couleurs pris comme point de départ!, Le rapport en question, qui est égal à 7 si l’on s'arrête au troisième ordre, devient égal à 15, à 31,à 63, si l’on passe au quatrième, au cinquième, au sixième ordre. Dans chacune de ces déterminations nous faisons une hypothèse, savoir que la molécule obtenue est vraiment la dernière, celle qui se comporte comme un solide insécable. Mais la comparai-: son des résullats fait voir ce que cette hypothèse a d’arbitraire.

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La molécule n'est qu’un terme provisoire, auquel nous nous arrêtons par suite de conventions de calcul, mais au delà duquel il est toujours possible et parfois nécessaire de remonter. En fait nous appelons molécule une masse matérielle relativement petite, mais l'estimation de cette petitesse dépend et de l’état de nos connaissances et de l’objet que nous avons en vue!. On s'explique alors que Newton fasse usage de la notion de molécule, mais d'une manière tout à fait différente de ce que font Démocrite où Lucrèce. Il l’'envisage toujours comme une notion précaire, jamais comme le principe immuable de toute explication physique. « Il peut se faire que les particules les plus exiguës de la matière cohèrent entre elles par des attractions extrèmement fortes, qu’elles constituent des particules plus grandes, dont la force d'attraction soit plus faible, et qu'un grand nombre de ces particules plus grandes, cohérant entre elles de la même façon, constituent des particules plus grandes encore dont la force d'attraction soitencore plus petite, et ainsi de suite d’une manière continue (continuata serie), jusqu'à ce qu'on arrive enfin aux particules les plus grandes d'où dépendent les opérations chimiques et les couleurs naturelles ; ces particules par leur conhésion naturelle constituent finalement les corps dont la grandeur tombe sous les sens. »

Ainsi la molécule n’est pas pour Newton ce que l'atome est pour les matérialistes grecs, ce que la molécule elle-même est demeurée dans toutes les métaphysiques mécanistes, l'élément constitutif du réel, au delà duquel il n’y a plus rien à chercher. Molécule et atome sont des termes relatifs, comme ceux de force, de masse, ou de mouvement. S'il y a chez Newton quelque chose qui rappelle les systèmes mécanistes, ce ne peut être l'hypothèse absolue que ces derniers prennent comme point de départ. C'est par sa méthode, c'est surtout par ses

1. Les déterminations absolues des grandeurs moléculaires telles qu'elles ont été faites, par des méthodes diverses, dans la physique moderne n’échappent pas aux observations précédentes. L'accord satisfaisant qui existe entre elles et qui tend naturellement à inspirer confiance ne prouve pas que nous ayons fait des mesures absolues, mais que nous arrivons par différentes branches de la physique à un même degré de subdivision dans le réel.

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