Ibid, Aph. 35 et
ment probable queles idées du Novum Organum ont exercé une influence réelle sur l'esprit de Newton. Les ouvrages de Bacon étaient entrés peu à peu dans l’enseignement. Ils constituaient en Angleterre, à la fin du xvu° siècle, le traité fondamental de logique scientifique, et c'est sur eux qu'on s’appuyait pour faire pièce aux théories cartésiennes. Durant son long séjour à Trinity College !, Newton a certainement Iu, commenté, approfondi Bacon.? Il est très probable que dès cette époque il comprit qu’on pouvait tirer de la méthode expérimentale plus encore que n'avait fait son inventeur. Ce qui nuisail surtout aux recherches de Bacon, ce n’est pas d’avoir méconnu le rôle de l'expérimentation, ce n’est même pas d'en avoir ignoré les règles, c’est d’avoir prétendu les appliquer trop tôt à des questions trop compliquées. Bacon ne savait pas choisir, parmi les problèmes scientifiques, ceux qui étaient parvenus à maturité, ceux que sa méthode pouvait aborder avec fruit. C'est le mérite de Newton d’avoir compris qu'une méthode quelle qu'elle soit n’est pas applicable d'emblée à tous les cas. L’expérimentalion telle que la concevait Bacon, va être appliquée par Newton justement dans les cas où son emploi est Île mieux préparé. A l'esprit de méthode, que Bacon possédait déjà, Newton ajoute la clairvoyance, qui est une des caractéristiques du vénic.
Si l’on veut comprendre ce que la physique newtonienne doit aux méthodes de Bacon, il importe de préciser l'élément original que le Novum Organum introduit dans la science. Le but de Bacon n'était pas simplement la rénovation des sciences de la nature. L'Instauratio Magna a des prétentions plus hautes, elle s'applique tout aussi bien aux sciences morales, aux sciences philosophiques, qu'aux sciences physiques proprement dites. La véritable raison de l’état de faiblesse où sont demeurées toutes ces sciences n’est pas dans l'impuissance de
4. D'abord comme élève, puis comme Minor Fellow, Newton demeura attaché à Trinity College de 1661 à 1668. La qualité de Major Fellow lui fut décernée en 1668 et il profita jusqu'en 1696 de la petite pension attachée à ce titre,
2 Le nom de Bacon n'est cité nulle part dans les œuvres de Newton. Mais Descartes n'est pas nommé davantage, et pourtant certains théorèmes des Principes sont dirigés spécialement contre lui. Hooke et Boyÿle, que Newton cite souvent, étaient des admirateurs de Bacon.
l'esprit humain. Pour voir ce dont l'esprit humain, méthodiquement conduit, est capable, il suffit de considérer l'exemple des arts mécaniques !. Ces arts, « comme s'ils étaient animés d'un souffle vital », sont allés constamment en progressant parce que les nécessités de la pratique introduisaient un ordre fatal dans le perfectionnement de la technique. Au contraire les sciences théoriques sont restées stationnaires. Il y a eu dans l'antiquité même, des savants heureusement doués qui ont pressenti d'instinct des vérités importantes. Mais la plupart de ces vérités sont demeurées stériles, parce que, bien qu’elles fussent grosses de conséquences, il n'existait pas de méthode générale pour dégager ces conséquences. Ceux qui recherchèrent les premiers une pareille méthode eréèrent sous le nom de logique un art entièrement factice. Ils crurent possible, par le seul raisonnement, de parvenir des vérités connues aux vérités inconnues. Il y avait pourtant dans leur tentative une idée qui demeure exacte. C'est la nécessité qu'il y a d’aider Fesprit humain, de reculer les limites de ses facultés, si Fon veut le metlre en état de surmonter les difficultés sans nombre que présente l'étude de Fanature?. Malheureusement cette idée s’est trouvée « dépravée » par l'abus qu’en firent les dialeeticiens. Au lieu de prendre exemple des arts mécaniques, où le
progrès s’est fait par la voie empirique, les philosophes ont vou-
lu faire de toutes pièces une science syllogistique. De là vient qu'on ne trouve chez eux ni certitude ni démonstration, mais seulement des probabilités variables *, présentées toutes comme d'égale valeur.
On peut distinguer la manière de procéder de ces philosophes et la méthode que va leur opposer Bacon par trois caractères bien marqués *. D'abord, en ce qui concerne le commencement des recherches (énilia inquirendi) la méthode bacopienne est une méthode libre. Elle soumet à l'examen tout ce