‹ La Philosophie de NewtonChapitre 151 sur 202 · De Dign. Præf. Gener · texte numérisé non relu

De Dign. Præf. Gener

2. V. Partis Instauralionis secundæ delineatio el arqumentum (ex Impetibus philosophicis ab Ed. Grutero editis, Amsterodami, 1653).

3. Ibid, « Finis autem hujus (nostræ) scientiæ, ut res et opera, non argumenta el rationes probabiles, inveniantur et judicentur ». ‘

4. Ibid. « Differt autem nostra a logica vulgari, {um aliis rebus, tum

præcipue tribus : videlicet initio inquirendi, ordine demonstrandi, atque fine et officio ».

qui n’est pas un fait clairement établi. Les scholastiques se contentent de faire commencer la science « aux paroles de leurs maitres » et de développer d’une manière verbale les aperçus dogmatiques qu'ils acceptent sans contrôle ‘. Ensuite la marche des démonstrations (ordo demonstrandi) est exactement inverse dans la méthode de Bacon de ce qu'on trouve chezles logiciens de l'École. Au lieu de s'attaquer du premier coup aux vérités les plus élevées, la science nouvelle procède craduellement, imilant la prudence à laquelle se conforment les artisans sérieux. Enfin le but ou la destination de la science (finis et officium) vont être pour Bacon d'inventer et de juger, non pas seulement des choses vraisemblables, mais des choses réclles, des moyens effectifs. C'est la nature qui offre d'abord l'objet concret auquel doivent s'appliquer nos recherches. Rien ne sert d'inventer des théories subtiles, st ces théories ne conviennent pas à la réalité donnée. Aider l'esprit à travailler, mais non sur des questions abstraites, tel est Le but que Bacon assigne à sa réforme scientifique. Ea méthode expértmentale doit s'appliquer toujours aux faits qui peuvent intéresser Ja vie.

La tendance explicitement marquée chez Bacon à rapprocher la «technique » de la «science » et à prendre les procédés de l'artisan comme modèle de ceux du théoricien se retrouve sans changement chez Newton. En est-il de mème de l'induction baconienne, et peut-on dire que la physique de Newton soit de tous points l'application des règles formulées dans le Novum Organum ?

Beaucoup de commentateurs de Bacon, frappés de l'influence qu'exercèrentses ouvrages sur les savants anglais duxvuf siècle, ont cru que la méthode expérimentale n'a plus fait de progrès après lui. C’est ainsi que pour Bouwillel? l'originalité de Boyle, de Hooke, de Newton,consiste seulement à avoir suivi les traces de Bacon. « La méthode de Newton ne diffère en rien, pour le fond, de celle de l’auteur du Novum Organum. Les grandes vérités qu'a démontrées Newton avaient été presque toutes soupçonnées ou même clairement exprimées par Bacon...

1. Dans le De Dignilate, Bacon allaque avec autant de vivacité que Descartes la méthode d'Aristote et le traditionalisme. 2, Œuvres philos. de Bacon, L. Il, Introduction.

L'induction de Bacon se confond entièrement avec la méthode d'analyse décrite par Newton. »

Il y a dans cette opinion une exagération manifeste. La méthode expérimentale, comme toute méthode, ne peut pas se juger sur l'énumération pure et simple des préceptes dont elle se compose. Il est important d'en dégager l’esprit, et pour cela de comprendre le but qu'elle poursuit. Ilest certain qu'on rencontre chez Newton la mise en œuvre des règles scientifiques que Bacon avait énumérées le premier. L'art d'instituer, de contrôler, de comparer les expériences n'est pas conçu avec plus de rigueur par l’auteur des Principes que par celui de l’Instauratio Magna.Mais le but poursuivide partet d'autre est loin d’être le même. Bacon n'est qu'expérimentateur. Il rejette la logique abstraite au rang des chimères et pense que son emploi ne saurait qu'entraver les progrès de la science. Entre l'expérimentation et l’argumentation, il n'a pas l’idée qu'il existe un passage, et il doute que l'induction opérée sur les faits puisse se compléter par des constructions rationnelles. C'est qu'à l’époque où écrivait Bacon, les mathématiques ne possédaient encore que des méthodes fragmentaires et n'avaient réussi que par accident dans l'explication des phénomènes physiques. Nous avons fait voir dans le chapitre précédent que la physique de Newton est mathématique, et qu'elle doit sa grande nouveauté au développement qu'y reçoit l’idée de mesure. Si maintenant nous passons à l'étude des méthodes employées par Newton pour mettre des expériences certaines à la base du calcul, il ne faut pas oublier que cette partie expérimentale de la science a pour raison d’être la partie théorique. L'observation, l’expérimentation, l'induction, ne consüiluent pas une méthode expérimentale, qui puisse à aucun moment se suffire à elle-même. Elles constituent la phase expérimentale, et si l'on veut, préparatoire d’une méthode qui n est réellement complète qu'après l'application des mathématiques. Ainsi lorsque nous parlons de la méthode expérimentale à propos de Newton, nous employons une expression qui, pour être exacte, demande à être commentée. La physique de Newton es{ assurément inductive, mais elle n’est pas inducüve au sens baconien, c’est-à-dire que les procédés purement expérimentaux ne suffisent pas à la construire entièrement.

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