‹ La Philosophie de NewtonChapitre 165 sur 202 · V. Principes, L. II, Règle IV, Ed. Castillon, p. à · texte numérisé non relu

V. Principes, L. II, Règle IV, Ed. Castillon, p. à

Les premiers ouvrages de Newton ne sont ni exempts d’hypothèses ni systématiquement hostiles à toute hypothèse. A la vérité, dès sa dispute avec Hooke et avec les Hollandais, Newton avail affirmé le caractère positif de l'optique nouvelle et prétendu que l'expérience seule suffit à la légitimer. La théorie des couleurs, disaitl, emploie exclusivement le raisonnement inductif tel qu'il a été décrit par Bacon et mis en œuvre, avec une sage réserve, par Robert Boyle. Elle peut se passer d'hypothèses, où plus exactement parlant, elle est indifférente aux hypothèses. C'est à ce signe qu on reconnait une doctrine vraiment scientifique.

Malgré cette tendance positive, Newton ne s'élevait pas, à cette époque, d'une manière absolue contre l'hypothèse. Il en reconnaissait l'usage à ses adversaires, il l'employait lui-même comme fil directeur. C'est à cette période que remontent vraisemblablement les conceptions de Newton sur l'émission de la lumière, conceptions hypothétiques s’il en est, et qui dans les éditions successives de l’Oplique devaient tenir une place de plus en plus modeste. Du rang de théorèmes elles passent à celui de simples « questions », c'est-à-dire de suggestions scientifiques dénuées de rigueur.

Si de l’'Optique on passe aux Principes, on constate un changement complet dans Pattitude de Newton vis-à-vis des hypothèses. Non seulement la certitude mathématique est mise en relief par la forme même des démonstrations, mais Newton a soin d'éliminer, fût-ce des scholies les plus reculés, tout ce qui n'est que supposilion. C’est un trait qui a vivement frappé les premiers commentateurs de Newton. Henri Pemberton, l'artisan de la troisième édition des Principes, décrit dans ses Æléments de la Philosophie Newtonienne ? l'œuvre de Newton comme le premier exemple d'une physique exempte d'hypothèses. Avant lui, dit-il, un petit nombre de philosophes ont pratiqué une méthode raisonnable et eu le bonheur de répandre quelque lumière sur les matières physiques. Mais la plupart

1. Pour la conception newtonienne de l'hypothèse, consulter Ferd. Rosenberger, Isaac Newlonu.s. physik. Princ., Ie P., ch. 3, p. 396, sqq.

2. Cf. View of Sir Isaac Newton's Philosophy, London, 4798 ; traduit en

français sous le titre : sléments de la Philosophie Newtonienne, Amsterdam, 1755.

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