‹ La Philosophie de NewtonChapitre 175 sur 202 · V. Opt. Quæst. XXXI · texte numérisé non relu

V. Opt. Quæst. XXXI

2. S'il faut en croire Coste (Newton. Op. Math. Ed. Castillon, T. IT, Préface p. XXVIIL), ce serait même Newlon qui aurait inspiré à Locke son explication de l'origine de la matière. Dieu a défendu que rien ne pénètre dans certaines parties de l’espace et non dans d'autres. On sait quel malentendu souleva cette opinion chez ceux qui voulaient y voir une atteinte à la spiritualité essentielle de l'âme, mise sous la dépendance de l'arbitraire divin.

giques. Newton ne dédaigne pas des exemples de ce genre, mais ils passent au second rang chez lui. C’est ainsi qu’à la fin de l'Optique il compare l'équilibre vital à l'équilibre du système solaire. C'est ce dernier qui, à ses yeux, est l'exemple le plus merveilleux de la stabilité universelle. L'idée de Newton est ici fort précise, bien plus frappante que l'idée vague des anciens sur l'harmonie des mondes et la régularité des mouvements célestes. Newton a attaqué le problème cosmique par la voie mathématique, et c'est d’une manière mathématique qu'il va traduire cette idée de régularité des mouvements célestes, confusément entrevue depuis l'antiquité. Le problème de l'attraction d’un astre par un centre fixe, par exemple parle soleil, a comme on sait été complètement résolu dans les Principes !. Mais ce problème extrêmement simple aurait pu n’avoir aucune application, car jamais dans la nature un astre ne se déplace sous l'influence d'un centre unique, il est toujours soumis à l'attraction simultanée de plusieurs centres, mobiles comme lui, qui subissent aussi son influence. C'est le problème du mouvement « troublé », dont la solution complète est inextricable. Si donc, en fait, les actions perturbatrices que subit un astre avaient été du même ordre de grandeur que l'attraction solaire, si même les différentes actions perturbatrices avaient été en général comparables, le mouvement réel d’une planète se serait écarté notablement du mouvement Keplerien. A la place de la régularité parfaite, qui est considérée comme caractéristique du système solaire, nous aurions eu l'irrégularité parfaite, et la prévision fût devenue impossible.

Au lieu de cela c'est un fait d'expérience que toutes les principales planètes se meuvent dans des orbes fort peu excentriques, que ces orbes sont fort peu inclinées sur l’écliptique, et enfin que les actions perturbatrices sont généralement du premier ordre par rapport aux actions principales. Ce triple fait est au point de vue mathématique entièrement inexplicable. Si l'on calcule la probabilité pour que des planètes lancées au hasard prennent justement les mouvements périodiques que possèdent les planètes réelles, on trouvera une probabilité infiniment petite. Pour qu'une régularité infiniment improbable

1. V. plus haut: la Gravitation Universelle et la Mécanique Céleste.

ait pourtant été réalisée, il faut done faire appel à des causes spéciales. Ces causes « ne peuvent être mécaniques! », car elles auraient dû agir uniformément, et la régularité devrait se retrouver partout. Or 1l existe des mouvements astronomiques irréguliers ; tels sont les mouvements des comètes « qui se font dans des orbes fort excentriques et dans toutes les partes du ciel ». Si donc le système solaire présente une telle Stabilité, 1l faut bien reconnaître que cette stabilité est excepüonnelle, et par suite reconnait une cause qui n’est pas mécanique.

Newton ne fait nulle difficulté d'admettre ici une cause finale. La stabilité, la régularité du système solaire, proviennent pour lui d’un être supérieur, qui a « arrangé cet univers ». Une preuve supplémentaire nous est fournie par l’état d'isolement du système solaire au sein des autres mondes. « Les étoiles fixes ont été mises à une distance immense les unes des autres de peur que ces globes ne tombassent les uns sur les autres par la force de leur gravité. » Ici l'appel aux causes finales esl manifeste. Newton considère que chaque problème cosmique, pris isolément, est susceptible d'une explication mécanique. Mais la raison qui fait que tous ces problèmes ne s’enchevêtrent pas les uns dans les autres, la raison qui crée à proprement parler l'ordre dans l'univers, n'est pas mécanique, elle réside dans un arrangement providentiel.

Il faut faire observer ici que le « finalisme » de Newton n’a pas fait école après lui. Le principal argument de Newton en faveur de l'arrangement providentiel de l’univers est en:somme le suivant : le hasard seul n’a pas pu faire que les vitesses des astres se distribuent de telle sorte qu'ils décrivent des trajectoires à peu près circulaires, à peu près indépendantes les unes des autres. Et en effet il faut reconnaître que la tentative de Descartes avait mal réussi, d'expliquer par le seul mécanisme la formation d'un monde identique au nôtre. Les connaissances physiques et surtout l'instrument mathématique n'étaient pas suffisamment parfaits à l’époque de Descartes pour qu'une pareille tentative eût chance de succès. Newton a fait faire à la physique, il a surtout fait faire aux mathématiques un progrès

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