VNoy. Arülh. Univ., IT
équations et discuter ces équations. «Les équations sont ou les dernières conclusions auxquelles on arrive dans la résolution des problèmes, ou les moyens par lesquels on parvient aux équaüons finales.» Quelestle sens de ces équations, quelle est leur véritable portée ? On pourrait être tenté tout d’abord de croire que l'algèbre constitue un mode de raisonnement spécial qu’elle est, dans le sens où le croyait Descartes, une « méthode ». Alors les équations qui se suivent marqueraientles progrès successifs de la pensée et le terme où elles nous conduisent serait l'intuition proprement dite. Aux yeux de Newton, il n'en est rien. L'algèbre est une «notation » bien plutôt qu'une méthode. C'estun «discours analvtique » par lequelnous exprimons le sens des questions de la même manière que nous peignons nos pensées par le moyen de l'alphabet. Il s’en suit déjà qu'il n'y a entre l'algèbre ct le raisonnement ordinaire qu'une différence d'expression. A plus forte raison l'algèbre n’apporte-t-elle point à la géométrie de ressources vraiment nouvelles. C'estune des erreurs du Cartésianisme d’avoir pris pour une méthode véritable le mécanisme purement formel de lalgèbre. Son unique supériorité est dans la facilité de son emploi, comme il est plus aisé de se servir d'une langue souple et bien faite que de signes fortuits. |
Ainsi les lettres dont nous nous servons dans nos formules sont toujours destinées à une interprétation particulière ; l’algèbre consiste précisément à faire abstraction de cette interprétation pour traiter les lettres comme de purs symboles indifférents au sers qu’ils renferment. Cela n'empêche que la suite des transformations effectuées sur noséquations générales corresponde rigoureusement à la suite des raisonnements que l'esprit devrait faire sur les objets réels. L’analyste peut faire marcher de front son calcul et sa figure, et lire dans son analyse toute sa construction géométrique {. Un esprit hautement doué du sens géométrique pourrait se servir de la géométrie comme d'autres se servent de l'algèbre ; et souvent 1l arrive à Newton qui possède précisément le don de vision géométrique, de 4. Voy. Arith. Univ., p. 115 : « La résolution des questions géométriques s'achève toujours par les mêmes moyens analytiques qui servent à résoudre les questions purement numériques; la seule différence c'est que les lettres qui, dans les questions algébriques, désignent des quantités abstraites,
représentent ici des lignes connues ou inconnues. »
BLocu.
préférer le langage de l'étendue à celui de l'algèbre. Mais d'une manière générale c'est un fait d'expérience que lesymbolisme littéral est l'instrument le plus apte à préciser nos pensées. Seulement, de ce qu'il les précise et les condense, il ne faut pas conclure qu'illes remplace. La réduction du composé au simple dont Descartes faisait le mérite principal de l'algèbre, ne s'opère pas mécaniquement. Nous verrons bientôt au contraire que cette réduction est toujours et partout l'œuvre de l'esprit physique. Mais une telle réduction serait difficile sans les symboles auxiliaires que fournit l'algèbre. Elle ne réussit pas tout d'abord dans toutes les questions. Précisément parce que l'algèbe ne peut envisager des choses que l'aspect quantitatif lequel leur est commun à toutes, il faut, dans un cas donné, un travail parlüiculier de l'esprit pour dégager cetaspectalgébrique, pour rendre applicable à des ensembles concrets la notation littérale. Avant la discussion des équations, vient forcément la mise en équations, qui elle est une véritable méthode; la première ne demande à l'esprit que de se familiariser avec des notations commodes, l’autre exige que sous ces notations il s'introduise un sens réel.
La mise en équation d'un problème est le point délicat de la science. Descartes l'avaitcompris, etavait cru pouvoir résoudre la difficulté, d'une façon régulière, à l’aide d’une classification des idées. Puisque toutes nos idées se classent par leurs degrés de simplicité ou de composition, il ne reste, en face d’une question donnée, qu'à dégager l'idée la plus simple, et à y rattacher successivement les autres idées, jusqu'à ce que nous ayons exprimé toutes les conditions du problème. Ces conditions, traduites en langage algébrique, fourniront autant d'équations, qu'il faudra résoudre dans l'ordre même où elles ont été obtenues. Ainsi, du fait que Descartes admettait une liaison absolue entre nos idées, il admettait aussi que les équations d'un problème doivent se trouver déductivement et d’une seule manière.
Il est aisé de concevoir que Newton, plus voisin du nominalisme anglais que dela métaphysique cartésienne, ait refusé de partager cette manière de voir. D'abord la simplicité des idées n'est pas susceptible d'être traduite algébriquement. Lorsque J'écris une équation, toutes les lettres qui y figurent sont éga-
lement simples, sans qu'on puisse établir de différence entre celles qui représentent les quantités cherchées et celles qui représentent des inconnues auxiliaires. Bien plus, toutes les équations qui correspondent à des problèmes physiques, sont nécessairement Aomogènes par rapport à l'ensemble des quanütés qu'elles renferment. Il s'en suit qu'un même système d'équations, qui sert à déterminer les quantités æ, y, 3 lorsque les paramètres a, b, ce sont supposés connus, pourra aussi bien servir à déterminer les inconnues &, b, c au cas où æ, y, 3 seraient considérés comme donnés. Il n’y a donc entre les inconnues d'une part, les quantités connues de l’autre, aucune différence intrinsèque. L'équation nous renseigne seulement sur les rapports de toutes les quantités. « De là vient la maxime des géomètres, qu'il ne faut mettre aucune différence entre les connues et les inconnues. Maxime très vraie, puisque, si, dans une même question, on regardait successivement chacune des quantités comme l'inconnue, on arriverait toujours à la même équation! ».
Il ne faut donc pas considérer les inconnues comme pouvant se classer absolument par ordre de complexité croissante. Nous ne pouvons juger que de leurs rapports, et la mise en équation consistera seulement à énumérer l'ensemble de ces rapports. Il y a là, chez Newton, une idée qui ressemble à l'énumération carlésienne; mais au lieu de porter sur les idées, cette énumération devra porter sur les noms. Nommer avec précision les différents termes du problème, c'est le résoudre plus qu'à moitié?; un heureux choix des notations fait le secret des solutions les plus difficiles. Et ceci se comprend, si l’on accepte la comparaison que Newton fait sans cesse entre l'algèbre et le langage. L’algèbre n’est qu’un système de signes destiné à faciliter, mais non à guider la pensée. Souvent, en géométrie par exemple, la nature des objets qu'on éludie s'exprime presque sans effort au moyen du calcul. En Physique, en Mécanique, dans les autres sciences exactes, il n’en est plus de même. « Le discours par lequel l’état d'une