‹ La Philosophie de NewtonChapitre 60 sur 202 · Principes, L. I, Déf. I · texte numérisé non relu

Principes, L. I, Déf. I

fût doué de masse matérielle ou encore intervint par sa présence pour modifier la masse matérielle des corps. Mais s'il en est ainsi, que deviennent nos comparaisons de densités ou nos pesées ? En faisant de la masse un coefficient spécifique des corps, nous admettons expressément qu’elle est invariable d'un état à l'autre et suffit à caractériser le corps dans quelque milieu qu’il se trouve plongé. Maintenant nous entrevoyons la possibilité que cette masse elle-même soit variable, ou bien parce qu’elle comprend la masse d'un volume variable d’éther, ou bien parce que cet éther la modifie d'une manière inconnue. Nous approchons alors de la véritable pensée de Newton, qui est celle de beaucoup de physiciens modernes. La masse d'un corps ne nous est connue que par des expériences approximatives, et sa constance ne peut être admise qu'à titre conventionnel. Il en est de la masse comme de toute propriété physique. Elle peut se développer en fonction continue des paramètres qui définissent l’état du corps, et bien que Île premier terme de ce développement, qui est une constante absolue, soit généralement prépondérant, il y a des cas où les autres ne sont pas négligeables. II se peut par exemple que la masse dépende de la vitesse et que le terme d’où ressort cette influence soit négligeable aux vitesses ordinaires. Mais dans les cas exceptionnels où la vitesse approche de celle de la lumière, le terme du premier ordre peut devenir très grand. Nous assistons alors à ce fait paradoxal d’une masse qui augmente avec la vitesse et qui peut devenir infinie pour une vitesse finie !. On peut dire qu'un pareil paradoxe n'aurait pas surpris Newton. L’empirisme qui lui est familier le préparait à reconnaitre que la notion de masse, telle qu'elle est développée au début des Principes, n’a rien d'absolu. C’est une première approximation, qui suffit dans la mécanique ration-

1. C'est précisément ce quiest réalisé, d'après les travaux de Kaufmann et Max Abraham, dans la dynamique de l'électron. Le rapport < de la m

charge à la masse va en diminuant quand la vitesse v s'approche de V, vitesse de la lumière. Cela veut dire qu'en supposant la charge e constante, la masse »m augmente avec la vitesse et devient infinie pour v = V, comme le prévoit la théorie électromagnélique. — Voy. Kaufmann, Nachrichton der Ges. d. Wissenschaften zu Gôttingen, 1901 n° 2, et Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 13oct. 1902. Max Abraham, Surla Dynamique de l’Electron, dans lons, Electrons et Corpuscules, Paris, Gauthier- NillanS D #2 D

nelle, mais qu'une science plus complète peut trouver en défaut.

La définition des forces se place immédiatement après la définition des masses. L'existence de la force est, aux yeux de Newton, une donnée expérimentale qu’on pourrait se passer de discuter. Pour parler plus exactement, il ne faut pas croire qu'en admettant la force nous faisions une hypothèse. Nous exprimons seulement par un terme précis ce que nos sens constatent à leur manière, savoir l'existence du mouvement dans Ja nature. Mouvement et force sont deux termes corrélaUfs, qui répondent à la même réalité. Chaque fois que nous voyons un mouvement se produire, nous pourrons dire aussi : là agit une force, et chaque fois que nous recourons à une force c’est pour traduire le fait du mouvement,

Nous ne risquons donc pas de tomber, à propos des forces, dans aucune difficulté physique ou métaphysique. De pareilles difficultés peuvent apparaître lorsqu'on fait de la force une entité abstraite qui préside à l'accomplissement du mouvement. On la conçoit alors comme une cause dont le mouvement est un effet, et il est naturel qu'on soit amené à chercher comment cette cause se rattache à son effet. De là les objections des sceptiques, qu'une théorie comme celle d’Aristote ne pouvait réluter.

Mais Newton, guidé d'instinct versles conceptions positives, se garde de définir la force comme une cause agissante. S'il parle de son « action », de sa « vertu »!, ce n’est jamais que par métaphore et pour se rapprocher du langage commun. La vérité est que Newton se faisait de la force une idée purement mathématique. Il avait été frappé de ce fait que chez aucun de ses prédécesseurs, pas même chez Galilée ou chez Descartes, la notion de force n'avait été mise à la base de la mécanique rationnelle. Les moments, les quantités d'action, les quantités de mouvement étaient les concepts autour desquels on avait essayé d’ordonner la science. Pourtant le sens commun, qui est souvent la forme rudimentaire de l'esprit scientifique, nous fait voir dans les cas les plus simples l'importance de la notion de force. Assurément cette force est conçue par lui comme

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