Préf. à la 1^« Ed. des Principes
Géométrie est donc fondée sur une pratique mécanique* ». 11 est évident aux yeux de Newton que la mécanique ne diffère de la géométrie que par le degré de complexité, et l'on en peut dire. autant de la physique comparée à la mécanique. La physique prolonge la mécanique, comme celle-ci fait suite à la géométrie. Après la mesure des longueurs, les anciens nont su introduire l'exactitude que dans la mesure des mouvements. Les nécessités de la pratique les avaient amenés à faire la comparaison des poids, et « ils cultivèrent cette partie de la mécanique dans leurs cinq puissances qui regardent les arts manuels. » On peut dire d'Archimède et de Ptolémée qu'ils sont les créateurs de la mécanique mathématique. Mais depuis l'antiquité, le domaine des observations s'est enrichi d'une manière rapide. La densité, la résistance des fluides, la capacité calorifique, la force électrique ont été successivement l'objet d'investigations exactes, et le moment est venu où la mesure mathématique peut sy appliquer. La Philosophie Naturelle va donc prendre la forme mathématique non parce que cette forme jouit de la vertu spéciale d'entraîner la certitude,, mais parce qu'il est naturel d'étendre au monde physique les modes de calcul qui ont fait leurs preuves dans le domaine géométrique et mécanique.
Il résulte de ce qu'on vient de voir que la physique mathématique ne doit pas s'opposer comme celle des modernes à la physique expérimentale. Le nom qui lui conviendrait véritablement est celui de physique positive. Newton est loin de séparer la physique en deux parts, l'une toute expérimentale et inductive, l'autre abstraite et mathématique. Pour lui la physique mathématique est la limite vers laquelle doivent tendre toutes les recherches expérimentales. Mais cette limite ne peut pas être atteinte, et quel que soit le progrès de nos connaissances, il reste un champ ouvert à des progrès ultérieurs, découverte de relations empiriques non encore réduites à la forme exacte, découverte de procédés de calcul permettant d'approcher davantage des lois réelles.
En d'autres termes, la Physique newtonienne possède le caractère essentiel d'une science positive, la possibilité de