‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 153 sur 208 · V. Préface des Principes · texte numérisé non relu

V. Préface des Principes

2. Ibicl. « On s'est proposé dans ce traité de contribuer à cet objet, on cultivant les mathématiques dans ce qu elles ont de commun avec la Philosophie Naturelle ».

LA PIlYSIQUl!: EXPÉRIMENTALE ET L'HYPOTHÈSE 417

l'envisager comme une première tentative, assez malheureuse, de réduction des phénomènes à un petit nombre de causes élémentaires. Les « qualités », les « facultés », les affinités » étaient autant d'hypothèses schématiques autour desquelles venaient se grouper des classes de faits plus ou moins bien définis. Remarquons qu'un grand nombre de ces termes se retrouvent dans le vocabulaire de la science moderne. Les qualités de la matière, ses affinités, sont des expressions dont personne aujourd'hui ne trouvée critiquer l'usage. Et pourtant ces mêmes expressions ont valu à Newton d'ardentes polémiques, et le grief de faire retour aux chimères métaphysiques d'Aristote. C'est que Newton est justement lauteur de la transformation importante qui s'est opérée dans le sens de cette expression : qualité de la matière, et notre langue profite aujourd'hui de la sécurité qu'il lui a conquise.

Une qualité de la matière n'est à aucun degré quelque chose d'occulte. Il faut au contraire entendre par ce mot ce qu'il y a de plus intelligible dans les phénomènes. Lorsque Newton parle de la gravitation comme d'une qualité inhérente à toute matière, il faut se garder de faire intervenir dans sa pensée la moindre idée de causalité. La gravitation n'est pas la cause qui produit le mouvement de l'univers. Une pareille cause nous est incomiue et indifférente. Elle n'est pas non plus une qualité dernière au-delà de laquelle on ne peut remonter. Tout porte à croire au contraire qu'avec le progrès inévitable des mesures nous serons amenés à voir dans la gravitation un phénomène à son tour très compli(jué, et fondé sur une « qualité » plus simple, par conséquent plus essentielle de la matière. Pour Newton, les qualités matérielles sont avant tout des qualités ^nani/cstes (qualitatcs manifesta;). Elles sont une représentation simple et commode grâce à laquelle l'unité s'introduit dans une foule de représentations connexes. Séparées de toute idée de causalité, elles nont plus pour but d'expliquer le pourquoi des phénomènes, mais de faire comprendre et retenir leur genèse em|)iri(|ue. Ce sont bien les éléments simples dont toute réalité découle. Mais cette dérivation n'est pas occulte, elle ne ressemble pas à l'émanation mystérieuse de l'effet sortant de sa cause. C'est une pure genèse explicative, descriptive, mathématique. « Les qualités de la matière ne doivent Bloch. 27

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pas être imaginées comme naissant de formes spéeiticjiics, mais comme des lois universelles de la nature, par lesquelles les choses sont formées. De tels principes existent effectivement, l'expérience nous le montre, hien que leurs causes ne soient pas encore expli([uées. De toutes facjons, ce sont des qualités manifestes, et leurs causes seules demeurent occultes... ^ ».

Ainsi le moyen âge avait pressenti (piil y a dans la réalité physique réduction possible, réduction nécessaire. C'était là une idée scientitique et qui devait porter ses fruits. Seulement les Sciiolastiques se sont trompés en essayant de faire cette réduction de la même manière qu'Aristote, c'est-à-dire en ramenant ce qui est positif, intelligible, vériliahle, à des causes métaphysiques et obscures. C'est sans sortir de l'ordre ])hysique que la simplification du réel doit se faire. A la recherche des causes il faut substituer celle des lois et réserver le nom de « qualités » aux propriétés relatives exprimées par ces lois. De cette façon nous faisons faire à la physique un progrès important. Nous réintégrons dans la science expérimentale ce que l'on croyait supérieur à toute science. C'est roj)inion de Newton lui-même (jue la réduction de faits multiples à un petit nombre de faits primitifs « est un grand progrès dans la philosophie, même s'il reste à découvrir encore la cause de ces derniers - ». Cette cause se cherchera à son tour non dans le domaine transcendant, mais parmi des lois manifestes De la sorte nous ne sortirons jamais du domaine empiriquement connaissable, et pourtant nous parviendrons à une science de plus en plus systématique, parce que les « qualités » dont elle fait état seront la traduction de plus en plus exacte des faits.

La méthod(^ de Descaries était elle aussi une méthode de réaction contre la physique de l'Kcole. On connaît les critiques, surtout ironiques, adressées par Descartes à la physique

1. V. Opt. Quœsf. XXXI, suh. fin. « Utique (pialitatos ipsic sunl nianifestiP, carumqiic causa» soliini occulta» ».

2. V. Opf. Quiest. XXXI. « PInlosophiîc naturalis prof^rossum impediunt istiusinodi (|ualitates (occluta»), idooque nuperis temporibus ivjcctie sunt... At rx p!ia*iU)m»Miis iiaturaMiuu vol Iria derivan» fconcralia niolus priacipia : et dcindi» oxplicart' qiiomadiuoduin proprietativs et actioiios rerum corporeaiMiin omnium rx principiis islis manifi»stis consequantur. id vero magnus esset factus iii philosophia progressas, etiamsiprincipiorum istoruin Causse nondum essent cognila^ ».

d'Aristote, et la manière dont ces critiques'furent développées par Malebranc/ieK Mais si les qualités occultes sont rejetées par Descartes, c'est pour une raison toute difTérente de celle qui guidera Newton. Nous venons de dire que ce dernier était choqué surtout du caractère métaphysique, partant hypothétique, de la physique de THcole. Ce que Descartes trouve défectueux dans les théories d'Aristote et de ses successeurs, c'est principalement le caractère imaginatif de leurs principes. Chaque fois qu'il s'agit d'expliquer les effets d'un agent naturel, les Sciiolastiques ont recours à une forme substantielle qu'ils s'imaginent précisément de façon à l'adapter à leurs démonstrations : « Le feu est un élément chaud et sec, c'est donc un élément qui assemble les choses de même nature, et qui se contient facilement dans ses propres bornes, et difiicilement dans des bornes étrangères. L'air est un élément chaud et humide, c'est donc un élément qui assemble les choses de même genre, et qui ne se contient pas facilement dans ses propres bornes, mais dans des bornes étrangères -.

De telles définitions sont sans valeur, parce qu'il est trop commode de les plier à des démonstrations différentes. Elles sont le produit de l'imagination et des sens, au lieu d'être posées par la seule raison. On comprend qu'en se laissant inspirer par ces idées confuses les Scholastiques aient trouvé nécessaire de supposer des « formes » nouvelles chaque fois que leur attention se portait sur un ordre de phénomènes non immédiatement réductibles aux ordres déjà connus. Les qualités calorifiques, frigorifiques, lumineuses, magnétiques, ont dû s'introduire successivement dans leur doctrine, parce que la sensation seule et l'imagination ne peuvent par ellesmêmes trouver aucun lien entre des phénomènes aussi disparates que ceux de la lumière et de la chaleur, par exemple. Mais c'est le propre de l'esprit scientifique d'introduire l'unité, par des définitions rationnelles, là où leâ sens ne voient que confusion. Descartes démontre qu'une seule qualité est véritablement inhérente à la matière, c'est l'étendue avec la propriété d'être mue. Lorsqu'au lieu d'observer les phénomènes

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